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Monde

Crise au Venezuela

Venezuela. Guaido profite du drame en décrétant « l’État d’alerte » et l’arrêt de l’envoi de pétrole vers Cuba

Droit dans la ligne des déclarations du gouvernement Trump, Guaido a déclenché « l’État d’alerte » au sujet de la panne d'électricité sur tout le pays, qui en est à son cinquième jour consécutif, et a cessé l'envoi de pétrole vers Cuba..

Juan Guaidóle président auto-proclamé soutenu par les impérialistes, au premier rang desquels on trouve les États-Unis, a rencontré lundi l’Assemblée nationale, contrôlée par l’opposition, et comme il l’avait déjà annoncé sur les réseaux sociaux, a décrété un « état d’alerte » du fait de la panne d’électricité prolongée qui traverse une grande partie du pays depuis déjà 4 jours, et que le gouvernement Maduro attribue à Guaido, qui serait à l’origine d’un sabotage de la centrale hydroélectrique de Guri. Guaido avance une autre hypothèse : celle d’un effondrement interne du système lui-même, en raison du manque d’entretien, d’investissement dans les infrastructures et de détérioration qui a été signalé pendant des années par les propres travailleurs de ce secteur. Alors que le pays vit au rythme des fake news ces dernières semaines, il est impossible pour l’heure de savoir qui dit vrai.

Guaidó n’a aucune possibilité d’appliquer son « état d’alerte »,, qui serait une forme d’" état d’urgence " de 30 jours, puisque les Forces armées ne montrent toujours aucun signe de rupture avec le gouvernement de Maduro. La mesure symbolique a pour objectif, une fois de plus, de promouvoir une fracture dans les rangs militaires qui permettrait la chute de Maduro et pour Guaido d’accéder au pouvoir, et ce en profitant du grand drame national que vit le peuple vénézuélien pour faire sa politique et accélérer l’offensive de coup d’État appuyée par l’impérialisme Nord-Américain.

Une fois de plus, la droite locale, l’impérialisme Américain et le Groupe de Lima (regroupement de pays sud-américains défendant les intérêts des États-Unis) ont immédiatement profité de la situation dramatique pour se mettre à l’offensive. Le 23 février dernier, ils avaient déjà monté une manœuvre avec l’opération dite " d’aide humanitaire ", organisée directement depuis les États-Unis, dont l’échec fut complet. C’est pourquoi Guaido a également appelé ce mardi "à trois heures de l’après-midi, tout le Venezuela dans les rues.” Il s’agit de provoquer une mobilisation massive, de caractère réactionnaire, pour soutenir les plans de coup d’État et l’ingérence américaine.

Sur les réseaux sociaux, les partisans de Guaidó militent pour l’application de l’article 187 de la Constitution, encouragés par Guaidó lui-même, qui à d’autres occasions s’est déjà vanté de cet article en faisant référence à l’intervention de février. Cet article attribue à l’Assemblée nationale, dont Guaidó est le président, le pouvoir d’appeler à une " intervention militaire étrangère ", sans plus attendre. Bien qu’il ne semble pas qu’ils puissent l’appliquer dès maintenant, et qu’ils la gardent plutôt pour un moment décisif, sa seule invocation montre qu’ils préparent le terrain pour une nouvelle offensive avec une plus grande ingérence des États-Unis.

Avec les États-Unis et contre Cuba

« Nous avons décrété qu’il n’y aura plus d’envoi de pétrole à Cuba, ils ne vont pas continuer à s’endetter sur l’argent du peuple vénézuélien […], et non seulement nous le décrétons, mais nous demandons aussi une coopération internationale pour rendre cette mesure effective », a-t-il dit au milieu de la session législative « urgente » appelée en réponse au black out dont le pays est frappé. Un signe clair de l’orientation du leader de droite Guaido. Cette « coopération internationale » ne veut rien dire d’autre que les blocages des navires pétroliers en direction de Cuba, mesure qui ne peut être mise en œuvre que par les États-Unis.

A travers différents accords de coopération (Petrocaribe, Barrio Adentro), le Venezuela et Cuba échangent du pétrole, des professionnels de la santé et ont d’autres types d’accords, tous dénigrés par les États-Unis et la droite continentale, habitués à disposer librement des ressources naturelles d’un pays au profit des grands monopoles et à transformer des droits universels comme la santé et l’éducation en biens accessibles uniquement à ceux qui peuvent se les payer.

Guaidó a invoqué son besoin « urgent » du pétrole brut qui est envoyé quotidiennement à Cuba pour faire face à l’urgence qui a commencé jeudi dernier, lorsqu’une méga panne a laissé presque tout le pays sans électricité. Ce sont là encore les mêmes méthodes que lors de l’affaire de « l’aide humanitaire » : profiter de la catastrophe économique et sociale pour justifier et impulser sa politique en faveur des intérêts impérialistes.

Il a également déclaré que la mesure d’interruption de l’approvisionnement vise à empêcher l’« ingérence » de Cuba dans les affaires intérieures du Venezuela, ainsi que le contrôle présumé que l’île exerce sur les services de renseignement et les forces armées. Ces déclarations peuvent être confondues avec celles de Mike Pompeo, directeur de la CIA, qui avait déclaré la veille que le problème de l’impérialisme en Amérique Latine n’était autre que celui de l’impérialisme cubain dans la région. Mais que font alors actuellement les Etats-Unis, principal pays impérialiste du monde, si ce n’est de l’ingérence ?

"Messieurs des Forces armées, vous connaissez l’ingérence de Cuba dans le renseignement et le contre-espionnage, nous n’allons donc pas continuer à financer indirectement la participation des Cubains pour soumettre nos Forces armées ", a ainsi expliqué Guaido.

Cet alignement automatique sur le discours des porte-parole de Trump n’est rien de plus que la confirmation de l’unité d’intérêts entre le putschiste Guaidó et l’ingérence américaine, avec le soutien de la droite régionale et du groupe de Lima.

L’objectif est clair : Attaquer Cuba en coupant l’une des rares sources de ressources dont dispose l’île à la suite du blocus imposé par les États-Unis il y a un demi-siècle. Washington cherche à mettre fin aux conquêtes de la révolution cubaine qui persistent encore, c’est même un objectif central de la politique dure de Trump.

Le blocus imposé à Cuba par l’impérialisme américain et ses alliés doit être rejeté, sans que cela signifie un soutien politique au gouvernement de Maduro, à celui de Miguel Diaz-Canel, actuel président cubain, ou à la bureaucratie du Parti communiste cubain. Rejeter toute tentative d’intervention impérialiste qui ne ferait qu’aggraver les difficultés de vénézuéliens et accroître la dépendance du Venezuela vis-à-vis des États-Unis, cela ne signifie pas le moindre soutien politique au gouvernement de Maduro, qui n’a fait qu’aggraver une situation désespérée, au milieu du grand drame national qui se vit, en appliquant des politiques d’austérité qui font porter le poids de la crise sur les travailleurs. Ce lundi soir, il annonçait déjà un « nettoyage » de l’entreprise électrique, pour cause de ce qu’il appelle un « sabotage interne ». Ceci pourrait signifier qu’il prépare des actions répressives contre les travailleurs qui luttent ou dénoncent la situation, comme ils l’ont déjà fait par le passé.




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