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Edito

Victoire écrasante pour Hamon. Suffisante pour battre la droite dans quelques mois ?

Photo : Francois Mori/AP/SIPA Après sa petite gifle dans les Côtes-d’Armor, Manuel Valls a pris une grosse veste, dimanche soir, au deuxième tour de la primaire de la Belle Alliance Populaire. Avec lui, c’est l’ensemble du quinquennat qui a trinqué. Avec plus de 58 % des voix sur les bureaux ayant fait remonter leurs résultats à la rue de Solférino, peu avant minuit, dimanche soir, c’est donc Benoît Hamon, ex-ministre de Hollande puis député frondeur après s’être fait débarquer du gouvernement qui portera les couleurs du PS aux présidentielles de 2017.

lundi 30 janvier 2017

C’est un énorme camouflet pour Valls mais également pour l’exécutif actuel et l’ensemble des ministres qui s’étaient rangés derrière la candidature de l’ex-Premier ministre. Avec un score dépassant les 58 %, c’est la voix de la fronde qu’ont choisie les électeurs de gauche, renvoyant Valls à sa circonscription de député de l’Essonne. De là à faire de Hamon un vrai réformiste social-démocrate comme on n’en fait plus depuis un siècle, il y a un pas. Néanmoins, et en dépit de son CV d’ancien rocardien et social-libéral, Hamon a su se poser en candidat de la gauche du possible qui n’a pas renoncé à faire rêver et qui entend faire l’inventaire du quinquennat.

Un nouvel espoir ?

Dès la publication des résultats, ses lieutenants se succédaient sur les plateaux télé avec les mêmes petites fiches et les mêmes éléments de langage pour défendre leur champion. Selon Pascal Cherki, son porte-parole, hors de question de réaliser « une synthèse de congrès », en accommodant le programme de Hamon à la sauce social-droitière de Valls. En revanche, personne dans l’entourage du candidat ne souhaite rompre complètement avec l’héritage Hollande-Valls. Hamon a d’ailleurs promis représenter, après « François Mitterrand, Lionel Jospin, Ségolène Royal et François Hollande [nos] attentes de progrès et [nos] espoirs de justice ». On laissera Hamon libre de prétendre incarner « nos » espoirs. Une chose est sûre, avec un tel arbre généalogique, nous n’avons pas les mêmes définitions du progrès et de la justice.

La Gauche Plurielle en perspective

Hamon, donc, n’insulte pas l’avenir et ne souhaite pas couper les ponts avec Valls et les siens. En se replaçant dans le sillage de Mitterrand et de Jospin, celui qui fut très longtemps chef de cabinet de l’ex-ministre du Travail de la Gauche Plurielle souhaite surtout remettre au goût du jour l’aubrysme, à savoir porter ce que l’actuelle maire de Lille et ancienne n°1 du PS a toujours défendu : une union large « des gauches » articulée autour d’un PS, satellisant les écologistes et le PCF, qui agit en pièce centrale de la coalition mais ne saurait gouverner tout seul. C’est donc ce que défend Hamon lorsqu’il annonce une proposition de rencontre, dès lundi, avec Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon, en prenant bien soin de laisser de côté Emmanuel Macron, trop à droite sur le fond et la forme pour le projet qu’il prétend incarner. Le passage d’Anne Hidalgo au QG de Hamon, à la Mutualité, dimanche, dans la soirée, n’a pas d’autre signification.

Complications pour Mélenchon

Les choses se corsent pour Mélenchon. Autant une victoire de Valls aurait renforcé sa candidature, autant le succès de Hamon la place sur la sellette. Sur nombre de sujets, autour de la VI° République, de l’abrogation de la Loi Travail, de la redéfinition de certaines règles européennes ou encore de la transition énergétique, les programmes de la France Insoumise et de Hamon se ressemblent fortement. Alors que Hamon se profile dans les sondages en tête devant Mélenchon mais qu’aucun des deux ne figurerait au second tour dans les enquêtes d’opinion, la question de l’appui des mélenchonistes à une candidature Hamon qui, de surcroît, se veut « ancrée gauche », rendra la tâche compliquée à Melenchon. On peut, par ailleurs, s’attendre à ce que l’appareil du PCF mette tout son poids dans la balance pour accroître la pression en ce sens.

Perspectives pour Macron

La plupart des caciques du PS proches de Valls ont annoncé qu’ils ne seraient pas déloyaux sans pour autant s’engager à soutenir Hamon dont ils n’ont eu de cesse de se distancier tout au long de la campagne. Cela ne veut pas pour autant dire que l’on est sur le point d’assister à un exode massif de députés et de sénateurs PS vers Macron. Le candidat de En marche est en tête des sondages, certes, mais nombreux seront ceux qui auront à l’esprit les contre-performances centristes d’un Jean Lecanuet, d’un Raymond Barre ou d’un François Bayrou, tout au long de l’histoire de la V° République. Être porté par les médias et un certain engouement dans l’opinion alors que les appareils traditionnels souffrent d’une crise profonde de légitimité ne signifient pas une victoire automatique aux présidentielles, et encore moins aux législatives. Il est encore trop tôt pour préjuger de ce que fera l’aile droite du PS, celle-là même qui était en faveur d’un changement de nom du parti. En termes de suffrages, cependant, le succès de Hamon ne saurait nuire à Macron, bien au contraire.

Hamon, la vraie gauche pour battre la droite ?

Si elle n’était plongée dans un état de bégaiement politique lié aux turpitudes du possible emploi-fictif de Pénélope Fillon, la droite également aurait à se frotter les mains du succès de Hamon. En donnant la victoire à un candidat estampillé à gauche, cela redonne corps au vieil antagonisme largement surjoué entre gaullistes et post-gaullistes, d’un côté, et socialistes et sociaux-démocrates, de l’autre. Comme le soulignait, dans la soirée, Benoît Apparu, ancien soutien de Juppé et actuel filloniste, le fait qu’il existe « une droite forte » et une « gauche forte » redonne des couleurs à une vie politique hexagonale dominée par un extrême centre qui finit par bénéficier « aux extrêmes », à commencer par le FN.

De là à dire, comme s’en est fait l’écho Hamon, « qu’une page se tourne » et que « la gauche relève la tête », il y a un pas. D’un côté, c’est avant tout un candidat moins grillé que les autres mais tout aussi comptable de la faillite du hollandisme qui a été choisi. De l’autre, deux millions de voix à un second tour de primaire, dont les deux-tiers pour Hamon, ne sauraient à elles seules incarner un véritable souffle garantissant la présence du candidat au second tour. C’est ce qu’indique, dimanche soir, l’ensemble des enquêtes d’opinion, indépendamment de la marge d’erreur grossière qui caractérise les sondages ces derniers temps.

Après la claque de Valls, il faut tous les envoyer au tapis

Dans ce mini-congrès du PS qu’étaient, en réalité, les primaires, les frondeurs ont gagné. Ce n’est pas pour autant qu’ils représentent une alternative politique pour les classes populaires, quand bien même le discours de Fillon est, aujourd’hui, très marqué à droite. La claque de Valls et la victoire de Hamon ne rendent pas moins nécessaire qu’un candidat du monde du travail, anticapitaliste, soit présent lors des présidentielles et défende un projet offensif, de défense des intérêts des ouvriers, des employés, de la jeunesse, des quartiers et de classes populaires lors de ce scrutin, et dans le cadre des législatives du moins de juin. C’est pour toutes ces raisons, également, que Poutou doit en être !




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