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Politique

Édito

1er mai : Macron a tenté de dissoudre la combativité ouvrière et étudiante

Alors que le 1er mai a été une réussite sur le plan de la mobilisation, notamment en province, la journée internationale de lutte des travailleurs a été marquée par une répression massive, suivi d'un « matraquage médiatique » sur la violence des « casseurs ». Alors que la prochaine journée de mobilisation, le 3, se profile déjà, les jours à venir s’avèrent déterminants pour la suite de la mobilisation.

210 000 manifestants selon la CGT. Un 1er mai réussi qui témoigne de la colère sociale

 
Les premiers chiffres des manifestations du 1er mai sont tombés, et témoignent d’une mobilisation importante. Une fois n’est pas coutume, selon le recensement du ministère de l’intérieur, la mobilisation 2018 est en hausse en rapport à celle de 2017 (143 500 contre 142 000). À l’inverse, la CGT compte 210 000 manifestants ce 1er mai, contre 280 000 l’an dernier.
 
Ces chiffres témoignent d’un fait, si les manifestants ont été moins nombreux à Paris, la mobilisation a été plus forte en province, avec des dizaines de milliers de manifestants dans les principales villes de l’hexagone. Mieux, la mobilisation de 2018 se maintient comparativement à celle de 2017, qui avait pour particularité de se dérouler pendant l’entre deux tours de la présidentielle, et était largement au-dessus des taux de participation des années dites « normales ». La « particularité » de 2018 étant bien entendu qu’une mobilisation nationale, avec les cheminots en tête, est en cours. Ce 1er mai 2018 témoigne donc de la profondeur de la colère sociale et de la détermination de tout un ensemble de secteurs de la jeunesse et des travailleurs, avec un important cortège interfac et intergare à Paris, qui a permis de réunir dans des cortèges communs deux principaux secteurs mobilisés, et prêts à en découdre avec Macron et son gouvernement
 

Le matraquage, physique et médiatique

 
Bien entendu, l’ensemble de ces aspects ont été, comme toujours, savamment invisibilisés par les médias dominants. Par contre, la toile et les journaux télévisés ont été inondés d’images de violences urbaines. Quoique, tout dépend lesquelles. Ainsi, les violentes charges de CRS sur les étudiants rennais ont été sans doute oubliées au montage, tout comme les violences policières dès le début de la manifestation parisienne, alors que la police a littéralement tout fait pour que ça dégénère.

Pire, les médias présentent la modification du parcours pour l’ensemble de la manifestation – excepté le « cortège de tête » – sans préciser que c’est bien à coups de matraques et de lacrymos que les CRS ont forcé l’ensemble des manifestants à reculer sur plusieurs centaines de mètres. Véritable sélection médiatique, les « blacks blocks », « anarchistes » et « groupuscules ultra violent de gauche », selon leur dénomination, ont eu l’exclusivité de la caméra. Les violences extrêmes des policiers qui gazent et tabassent en marge des manifestations n’ont pas fait le tour des médias, ni même fait l’objet de dénonciations des violences policières…
 

 
Immédiatement, et chacun à sa sauce, l’ensemble des personnalités politiques se sont livrés à une course de vitesse pour réagir aux événements. De Le Pen, qui appelle carrément à la dissolution des groupes d’ultra gauche, à Mélenchon qui affirme que les violences sont le résultat de l’extrême droite, en passant par Gérard Collomb qui défend son bilan ou Benoît Hamon et le PCF, qui regrettent que les forces de police ne soient pas intervenues une heure plus tôt, tous ont condamné les violences des « casseurs » et aucunement les violences policières. Deux poids deux mesures ? Un véritable front républicain à la gloire des forces de répression et une offensive médiatique sur toute la ligne contre la mobilisation sociale, et légitimant la véritable rafle de manifestants, plus de 200 interpellés, qui s’en est suivi.
 
Bien sûr, il ne s’agit ni de crier au complot, ni de nier le fait qu’effectivement, le « cortège de tête » a bel et bien affronté la police. Que l’on puisse ne pas partager la stratégie pseudo-radicale des blacks block ne signifie pas pour autant que nous ne devons pas les défendre face à la répression terrible de l’État et de son bras armé. Cependant, nous ne pouvons que souligner que ces dégradations, en définitive, ne servent en aucun cas à construire le mouvement social contre Macron et son monde. Elles ont même été le prétexte parfait pour un gouvernement qui comptait diviser le mouvement social pour pointer l’ultra-gauche, et plus encore pour dissoudre le 1er mai parisien.

Dès lors, le gouvernement entend, par ses relais médiatiques, non seulement invisibiliser la répression du 1er mai, mais aussi légitimer l’ensemble des épisodes répressif antérieurs et ceux à venir, pour achever à coup de matraques une mobilisation sociale et tuer dans l’œuf les embryons de convergence des luttes entre la jeunesse et les travailleurs. Ce constat ravive les discussions stratégiques sur les moyens pour gagner, notamment avec les diverses mouvances autonomes qui théorisent l’affrontement direct et physique avec les forces de répression pour, par l’exemple, « durcir le mouvement » et amplifier le rapport de force. Pourtant, c’est par l’unité entre les différents secteurs du monde du travail et de la jeunesse qu’il sera possible de défaire Macron et ses réformes.
 
Moyennant la matraque, les interpellations de masses, des lacrymos par milliers, le gouvernement tente de dissoudre la combativité du mouvement ouvrier et de la jeunesse en pointant les violences, qui de notre point de vue sont d’abord policières. Dès le 3 mai, il s’agit de démontrer que la répression ne brisera pas notre détermination, à l’occasion de la mobilisation nationale des cheminots, des étudiants et des enseignants.




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