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Politique

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Acte V : Malgré les stratagèmes du gouvernement, les gilets jaunes déterminés et décidés à défaire Macron

Recul de Macron, stratégie de la peur, union nationale et instrumentalisation de l'attaque de Strasbourg, déclinaison de cette politique sur le terrain de la violence physique contre les gilets jaunes et les lycéens. Tout au long de la semaine, le gouvernement et les médias ont mobilisé des moyens sans commune mesure pour empêcher les gilets jaunes de manifester. Pourtant, non seulement l'acte V a eu lieu envers et contre tout, mais encore, les gilets jaunes ont réaffirmé leur détermination à obtenir encore plus et défaire Macron. Si le gouvernement a voulu centrer sa bataille sur la place de Paris, c'est pour contrebalancer les nouvelles places fortes qui résistent, voire se renforcent, comme à Toulouse ou Bordeaux. Pour amplifier le mouvement, il va cependant falloir que d'autres secteurs rentrent dans la bataille et particulièrement le mouvement ouvrier.

Pour le gouvernement, l’objectif principal était de faire de l’acte V, une démonstration de l’essoufflement du mouvement des Gilets Jaunes. Si Macron était bien conscient que ses annonces du lundi ne permettraient pas, à elles seules, de faire rentrer à la niche les gilets jaunes, comme en témoigne le nombre toujours aussi impressionnant de forces de police déployées ce samedi, il a tout tenté pour scénariser cet essoufflement sur la scène de Paris. Tous les stratagèmes ont été utilisés, à une échelle plus importante encore que lors des derniers actes. D’abord, empêcher physiquement les gilets jaunes d’atteindre le lieu de la manifestation, aux alentours de Paris comme dans Paris même, ensuite, scinder et nasser les différents cortèges pour empêcher toute jonction et toute convergence. Ce qu’il visait : l’image de 500 manifestants se baladant sur des Champs Elysées quasiment désertés. Ça n’a pas été le cas.

Mais si le gouvernement et les médias ont choisi de s’appuyer sur Paris pour scénariser « l’essoufflement » - difficile, en effet, pour les Gilets jaunes de maintenir le même degré d’offensive face à l’Etat bardé de tous ses moyens répressifs avec ses blindés de guerre -, c’était pour mieux occulter l’amplification de la mobilisation dans d’autres régions de l’hexagone comme à Bordeaux, Toulouse, et à un niveau moindre Marseille. Un journal comme le 20 minute pourtant peu soupçonnable de bolchévisme, parle même de "raz de marée" à Bordeaux. Le Figaro tente, quant à lui, de montrer que la mobilisation a été plus importante à Bordeaux et Toulouse qu’à Paris. Les versions sont discordantes. Signe que les médias et le gouvernement ne sont pas si à l’aise que cela avec la mobilisation des gilets jaunes, loin de s’éteindre... comme ils le présageaient.

Les annonces d’Emmanuel Macron dans la semaine, proposant notamment une hausse du SMIC qui confine à l’enfumage, n’ont semble-t-il pas eu les effets escomptés pour réellement "rétablir l’autorité d’Etat". Sinon comment comprendre les injonctions d’Edouard Philippe et de Christophe Castaner, ministre de l’intérieur : "Les ronds-points doivent être libérés", au soir de la mobilisation. Si la mobilisation s’essoufflait, il n’y aurait pas eu besoin d’injonctions. Elles exprimaient au contraire une position défensive, une peur de voir le mouvement perdurer malgré le recul opéré par Macron.

Il est clair que le mouvement des gilets jaunes exprime une détermination toujours aussi forte et commence à élever son niveau de conscience, comme on a pu le voir avec des gilets jaunes imposant leur droit à manifester en forçant les cordons de CRS ou encore, se mettant à genoux, place de l’Opéra, en solidarité avec les lycéens de Mantes la Jolie. Pour autant cela ne doit pas occulter la nécessité de trouver les moyens pour renforcer la mobilisation en la structurant plus encore par en bas en généralisant des organismes, comme les AG ou les comités d’actions. C’est la seule manière de convaincre plus largement, de contrer les stratagèmes du gouvernement, et surtout de maintenir le moral des troupes.

Plus encore, il est nécessaire que d’autres secteurs commencent à prendre la relève et entrent massivement en jonction avec les gilets jaunes. En effet, on a vu durant la journée beaucoup de gilets jaunes venir en relayer d’autres, signe que la fatigue peut commencer à peser. La responsabilité en revient essentiellement aux directions du mouvement ouvrier dont la politique a joué, en définitive, contre la dynamique de construction de l’acte V. Et ce n’est pas l’impréparation importante par la direction de la CGT de la "journée d’action" du 14 décembre qui aura prouvé le contraire. De même, si une journée de grève dure avait pu faire écho à la colère des gilets jaunes le 14 décembre, une tout autre dynamique d’entrainement aurait pu irriguer cet acte V.

C’est aussi sur le terrain de la mobilisation de la jeunesse étudiante et scolarisée qu’il s’agit de continuer à se mettre en mouvement pour rejoindre la dynamique du mouvement lycéen que le gouvernement tente inexorablement d’éteindre le plus vite possible.

Beaucoup de Gilets Jaunes se donnent déjà rendez-vous pour l’acte VI. Mais ils doivent être rejoints massivement par la population, au premier titre, par les secteurs stratégiques du mouvement ouvrier qui pourraient donner une autre dynamique au mouvement par la généralisation de la grève. Il faut éviter toute lutte par procuration. Si les gilets jaunes ont obtenu le premier recul du gouvernement, c’est qu’il a bien plus à perdre... Dans les structures syndicales, à la base, le monde du travail doit se mettre en action pour faire résonner la colère des gilets jaunes.




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