Notre classe

Face aux tièdes et aux hésitants, on n’est jamais mieux servi que par soi-même

Avant le 14, une rencontre nationale interpro des secteurs en lutte pour discuter d’un plan de bataille ? C’est possible !

Publié le 6 juin 2016

« Personne ne comprendrait que les grèves empêchent le bon déroulement de l’Euro », a affirmé, dimanche soir, un président qui cachait mal sa nervosité. Il se trompe ! Hollande a perdu la bataille de l’opinion : les grèves se poursuivent, résistent et continuent à être très populaires dans l’opinion et plus particulièrement chez les salarié-e-s qui sont celles et ceux qui font tourner le pays. Mais le débat, c’est comment maintenant imposer à nos directions syndicales de passer à l’étape supérieure dans la mobilisation pour que le gouvernement fasse marche-arrière.

Comité de rédaction

« François, tiens bon ! ». C’est en substance le message qui est envoyé à l’Exécutif par les secteurs les plus lucides de la bourgeoisie française et internationale ainsi que leurs relais médiatiques, d’Olivier Mazerolle au magazine anglo-saxon The Economist.

De son côté, Hollande poursuit avec sa méthode, qui combine les coups à la découpe. Il a sorti son carnet de chèques et son livret à promesses pour essayer de désamorcer certains conflits ou convaincre certains de ne pas les rejoindre ou de s’en désolidariser : chez les routiers, avec la « sanctuarisation » des 25%, dans l’Enseignement supérieur et la recherche, chez les enseignants du ministère de l’Education, avec la revalorisation, chez les fonctionnaires, avec le dégel du point d’indice, chez les intermittents, etc. Parallèlement, les CRS continuent à cogner comme des sourds, samedi encore, contre les jeunes qui ont défilé à la mémoire de Clément Méric, militant antifa assassiné il y a trois ans.

Dans ce cadre, au niveau des directions syndicales, il y a ceux qui ont accepté ou qui acceptent le deal avec le gouvernement, à l’image de la CFDT ou de l’UNSA cheminote, par exemple, ceux qui ne font pas grand-chose, à l’instar de la direction de la FSU, première fédération chez les profs, mais également ceux qui semblent vaciller. Exit, chez FO, ou même chez la direction de la CGT, la mention du retrait pur et simple d’une loi travail ni amendable ni négociable. Désormais, on parle de plus en plus à demi-mot de « reprise du dialogue » et de « modifications à l’article 2 ». Il suffisait d’écouter Martinez sur Europe 1 ou à la tribune du 37e Congrès du PCF pour s’en convaincre. L’autre écueil qui nous guette, c’est le temps à tenir au cours de cette semaine qui nous sépare du rendez-vous national du 14 juin. Si ce n’est pas un « baroud d’honneur », le 14 ne saurait pas non plus être une date isolée fixé avant un nouvel appel pour la fin juin ou le début juillet qui, pour le coup, servirait à siffler la fin de la partie.

Pourtant, à la base, dans de nombreux secteurs et plusieurs UL et UD, on continue à exiger, a minima, le retrait de cette loi, et on continue à se bagarrer, sur le terrain, par des actions ou par des grèves reconductibles comme chez les raffineurs, les cheminots ou le nettoiement.

La perspective d’un recul du gouvernement est tout sauf une inatteignable. Mais pour cela, il faudrait, au moins, que les directions syndicales qui sont contre le texte se rappellent leurs engagements, entendent le mandat de leur base et enclenchent, véritablement, un rapport de force dans la durée et prolongé, non pas secteur par secteur, mais, véritablement, tous ensemble.

Pour que le 14 soit un nouveau point d’orgue dans la mobilisation, il faudrait que toutes celles et tous ceux qui sont en bagarre, en lutte ou déterminés à faire reculer ce gouvernement se rencontrent, avec des délégations représentatives, pour décider d’un réel plan de bataille et discuter d’un programme d’urgence que l’intersyndicale devrait reprendre pour étendre le mouvement et répondre aux préoccupations de tous les travailleurs et des classes populaires, des plus précaires aux plus jeunes en passant par les chômeurs : pour un salaire minimum de 1700 euros, la baisse des heures de travail sans baisse de salaire jusqu’à la résorption du chômage, la titularisation de tous les précaires et les CDD, la fin de l’état d’urgence et sa suite de violences policières, quotidiennes dans les quartiers.

Une première rencontre de ce type a eu lieu au Havre, jeudi soir, qui n’avait pas de caractère résolutif mais qui montrait un peu plus concrètement ce que pourrait être la convergence des secteurs en lutte, notamment entre raffineurs et dockers. Faire la même chose et élargir l’expérience, à échelle nationale, avec des camarades, élu-e-s, sur le terrain, capables de porter la voix et les exigences de leurs collègues en lutte, serait tout à fait possible.

Qu’est-ce qui pourrait sortir d’une rencontre nationale interpro des secteurs en lutte, avant le 14 juin, avec des délégués élus en AG des dockers, des raffineurs, des cheminots, des travailleurs du nettoiement, de l’énergie, de l’aérien, de PSA, des salariés des transports publics locaux, à commencer par la RATP, mais également, des secteurs les plus en pointe du mouvement, à commencer par Le Havre, Saint-Nazaire, le Valenciennois, etc.?

Il est sûr que cela donnerait une force plus grande et une perspective supplémentaire à toutes celles et à tous ceux qui sont persuadés qu’il est temps de frapper maintenant et tous ensemble pour faire reculer Hollande. Le risque, sinon, c’est que le 14 juin ne soit pas un tremplin.