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Monde

Après le meurtre d’Heather Hayer

Crise au sommet après le refus de Trump de condamner l’extrême-droite états-unienne

Samedi, Charlottesville, en Virginie, était le lieu de rendez-vous de l’extrême-droite états-unienne. Le meurtre d’Heather Heyer, militante antifasciste présente au contre-rassemblement, a mis en lumière les relations étroites qu’entretiennent les suprémacistes blancs avec le pouvoir.

Crédit Image : Samuel Corum/Anadolu Agency via Getty Images

Rassemblement à Charlottesville, pointe avancée d’une extrême-droite décomplexée

Prenant pour prétexte le déboulonnage de la statue du général sudiste Robert E. Lee du centre-ville de Charlottesville, une manifestation d’extrême-droite a été appelée samedi dans cette bourgade états-unienne. La manifestation « Unite the right » a regroupé de nombreuses organisations et individus de la fachosphère américaine. L’Alt Right, le Ku Klux Klan, les néo-nazis et autres mouvements revigorés par l’élection de Donald Trump, qu’ils ont soutenus durant sa campagne menée à grands coups de déclarations nationalistes et racistes se sont affichés ouvertement. David Duke, figure historique du Ku Klux Klan présent samedi, a déclaré : « Nous sommes déterminés à reprendre le contrôle de notre pays. Nous allons tenir les promesses de Donald Trump. C’est pour ça que nous avons voté pour Donald Trump, parce qu’il a dit qu’il allait reprendre le contrôle de notre pays ». Dans le rassemblement, les croix gammées, les symboles fascistes, les drapeaux de confédérés et les saluts nazis sont légions.

En parallèle, un contre-rassemblement est organisé. Les suprémacistes font montre d’une extrême violence, l’état d’urgence est décrété aux alentours de 18 h. C’est alors que l’un des membres d’un groupe organisateur du rassemblement d’extrême-droite, au volant d’une voiture, percute un rassemblement de manifestants anti-racistes, faisant plusieurs dizaines de blessés et tuant Heather Heyer. Dans les heures qui ont suivi, elle est devenue un symbole de la lutte anti-raciste, contre l’extrême-droite.

Trump renvoie dos à dos les suprémacistes blancs et les militants anti-racistes

« Nous condamnons dans les termes les plus forts possibles cette énorme démonstration de haine, de sectarisme et de violence venant de diverses parties » se contente de déclarer le président américain à la suite des événements, tirant un trait d’égalité entre les assassins d’Heather Heyer et cette dernière. Et ce alors même qu’un rapport refaisant surface démontre que depuis 2001, 62 attentats actes terroristes commis aux États-Unis sur un total de 85 sont le fait… de l’extrême-droite.

Cette phrase laconique, émanent d’un Donald Trump pourtant habituellement prompt aux grandes déclarations, ne manque pas de faire réagir, y compris dans son propre camp. Barack Obama et Hillary Clinton ont dénoncé sobrement les suprémacistes, tandis que d’autres, comme le sénateur républicain Cory Gordner, ont plus explicitement interpellé Donald Trump : « M. le Président, on doit appeler le mal par son nom. Il s’agissait de suprémacistes blancs, et c’était du terrorisme national. »

C’est son ministre de la Justice, Jeff Sessions, qui tente par la suite de calmer la polémique en déclarant que l’attentat qui a tué Heather Heyer « répond aux critères de terrorisme intérieur selon le droit ». Mais l’indulgence de Trump vis-à-vis de l’extrême-droite met en lumière les liens étroits que lui-même entretient avec ce milieu, et la polémique ne désenfle pas.

Trump au cœur de la tourmente

Au lendemain de la manifestation d’extrême-droite, un article du New York Times datant de 1927 refait surface sur les réseaux sociaux, révélant les liens entre le père de Donald Trump et le Ku Klux Klan. Une archive qui avait déjà ré-émergé au cours de la campagne présidentielle américaine, et qui prouve que l’attachement de la famille Trump pour l’extrême-droite ne date pas d’hier. Mais ces liens n’ont fait que se consolider, alors même que l’un des conseillers du président états-unien n’est autre que Stephen Bannon, figure emblématique de l’Alt Right.

Au cours des jours qui ont suivi, la polémique s’est muée en crise politique. D’importants soutiens de Trump, ayant senti le vent tourner, ont préféré quitter le navire. En tête de file, Kenneth Frazier, PDG du géant pharmaceutique Merck, qui a démissionné de ses fonctions de conseiller économique du président ce lundi.

Et ce n’est pas le maigre communiqué de la Maison-Blanche qui a finalement dénoncé le KKK et les néo-nazis comme étant des criminels ce lundi qui a tiré Donald Trump d’affaire. Voici donc une nouvelle affaire qui fait vaciller le président états-unien, déjà empêtré dans les affaires de l’ingérence russe au cours de la campagne, affaibli par son propre camp quant à l’échec de l’abrogation de l’Obamacare et au cœur d’un conflit épineux avec la Corée du Nord. Et ce alors que le scénario d’une destitution est plus que jamais d’actualité.




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