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Politique

Peur de la « coagulation » ?

Face aux routiers, le gouvernement recule pour tenter de désamorcer la convergence le 10 octobre

Face au mouvement lancé par les routiers, le gouvernement a finalement cédé, en concédant l’intégration au niveau de la branche une part importante de leur rémunération à l’accord d’entreprise. Un premier recul pour Jupiter qui exprime, cette fois-ci dans les faits, la peur de la « coagulation » des colères que pourrait commencer à cristalliser la manifestation du 10 octobre.

Crédits photos : © PHILIPPE HUGUEN/AFP

Menacés de voir leur 13e mois, les primes d’ancienneté et les frais professionnels, fixée non plus par la branche professionnelle mais par un accord d’entreprise, dans le cadre de la loi Travail XXL, les organisations syndicales, la CGT et FO, avaient appelé le premier mouvement de grève reconductible dans le sillage du mouvement social naissant contre Macron et ses ordonnances. Très durement réprimée, le gouvernement a voulu tuer dans l’œuf la mobilisation de ce secteur stratégique.

Un premier recul pour Macron

A quelques jours de la manifestation du 10 octobre, cette concession du gouvernement signe le premier recul de Macron face à la mobilisation contre les ordonnances XXL. L’accord tripartite signé entre le gouvernement et les organisations syndicales et patronales du transport routier sonne comme le premier recul du quinquennat Macron. Plus encore, cet accord ouvre quoiqu’en dise le gouvernement « une brèche dans la réforme du Code du travail » comme le titre Les Echos.

Une victoire précaire

Qu’on puisse se féliciter de la victoire pour les salariés du transport routier, dans le sillage du mouvement naissant, il est cependant à noter que l’accord signé avec le gouvernement est par définition précaire. Cela d’autant plus que l’accord de branche pourra être remis en cause par le patronat du secteur routier une fois la loi Travail XXL entérinée et en application. En ce sens, les miettes obtenues pendant la bataille contre la loi El Khomri seront remis en cause au travers la loi Travail XXL.

Batailler contre tout corporatisme

Les routiers ont réussi à faire plier le gouvernement. L’accord est même qualifié d’« historique » par la CFTC. Pourtant, cette victoire n’aurait pas été possible sans l’ensemble du mouvement social naissant qui a manifesté et fait grève les 12 et 21 septembre. Si Macron a cédé, c’est aussi pour éviter la jonction d’un secteur clé avec la mobilisation de l’ensemble du secteur publique ce 10 octobre. En ce sens, lutter contre tout corporatisme est une nécessité.

Peur de la « coagulation » : Œuvrer à la convergence et à l’unité

Ce premier recul de Macron illustre, malgré la détermination affichée, une forme de fébrilité en lien avec la faiblesse de sa base sociale, et la colère qui ne cesse de s’accumuler en proportion aux attaques à répétition. Elle exprime aussi une peur, celle de la convergence, et du « tous ensemble », que le mouvement social naissant pourrait bien commencer à cristalliser.

Dans ce contexte, lutter contre le corporatisme des directions syndicales, œuvrer pour la convergence et l’unité sont une nécessité pour commencer à construire le rapport de force à même de battre en brèche Macron et sa loi Travail XXL. Ce dont le gouvernement a peur, c’est que la mobilisation du 10 octobre tende à « cristalliser la colère accumulée », cette fameuse peur de la « coagulation », du public du privé, des précaires, des retraités à la jeunesse.




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