Société

Manifester déguisé est visiblement plus dangereux que manifester pistolet en mains

Famas’tival interdit à Saint-Étienne. Les flics manifestent armés, mais on ne peut pas manifester pour leur désarmement

Publié le 21 octobre 2016

Ce week-end à Saint-Étienne, un des centres historiques de l’industrie de l’armement française, avec notamment la manufacture d’armes qui produit le FAMAS, était organisé un festival pour le désarmement des forces de l’ordre et la démilitarisation des conflits. Cependant, celles et ceux qui ne veulent pas entendre une seule voix dissonante concernant les forces de l’ordre ont eu raison de l’axe central du festival : une parade déguisée dans les rues de la ville, qui a été interdite par le préfet pour des raisons de « risques de trouble à l’ordre public ». Une fois de plus, sous prétexte de l’état d’urgence, l’État interdit une manifestation qui remet en cause la violence de sa police et de son armée.

George Waters

Le collectif Désarmons la police organise ce week-end un ensemble d’événements visant à lutter contre les violences policières, l’armement policier et la militarisation des conflits. Le programme, assez varié, proposait, au-delà d’une manifestation déguisée, des forums de discussions et d’échanges avec des collectifs, des universitaires, des militants et des artistes. Sont notamment attendus Urgence Notre Police Assassine, Désarmons les !, Matthieu Rigouste (sociologue), ou encore l’artiste Dubmentalist. Un programme assez chargé et prometteur qui tranchait donc avec la situation actuelle. Alors que des policiers manifestent maintenant tous les jours armés dans les rues de Paris, Lyon ou Nice, il s’agissait là de montrer que ces manifestations, des milices violentes au service de l’État, n’étaient pas appréciées de tous et toutes.

Sauf que voilà. Demander à un préfet (le chef de la police et de la gendarmerie) une manifestation publique contre l’armement de la police et de l’armée (dont fait partie la gendarmerie), on pourrait penser qu’il y a comme un « conflit d’intérêt ». Ajoutez à cela un contexte explosif dans lequel les flics veulent plus d’impunité pour leurs « bavures », moins d’indépendance de la justice et plus d’armement, et on comprend bien qu’il n’était en aucun cas dans l’intérêt du préfet de laisser une telle manifestation se dérouler. Moralité, on trouve des prétextes fallacieux et on interdit, pour des raisons politiques, une manifestation. Le préfet ne s’en cache même pas : dans son arrêté, il explique bien que « la manifestation constitue en soi et compte tenu du contexte dans laquelle elle se situe, un trouble à l’ordre public ». De là il faudrait se poser la question suivante : mais quel est cet ordre public ? Pour le préfet, il s’agit plutôt de laisser des flics faire illégalement grève armes à la main et d’assigner à résidence celles et ceux qui veulent se déguiser et lancer des cotillons sur les manufactures d’armes. Cet ordre public, c’est toujours celui qui a été invoqué par les Franco, les Pinochet et les Pétain ; s’en satisfera-t-on ?

Alors que le gouvernement a annoncé que le démantèlement de la jungle de Calais débuterait lundi et qu’il prépare tout pour casser du zadiste à Notre Dame des Landes, il est au contraire plus qu’urgent de questionner le rôle de la police dans le système actuel ! Le rôle de la BAC et des CRS durant les manifestations contre la loi Travail ont pu montrer à une large partie de la population que ces forces de « maintien de l’ordre » sont bien là pour défendre les intérêts du gouvernements, intérêts qui sont (comme par hasard !) les mêmes que ceux du Medef. Il est plus qu’urgent de montrer à tous et toutes quel est le rôle véritable de la police, et de trouver les lieux et les moments pour dénoncer son rôle et surtout, le remettre en question.

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