Société

Quand la police tue, la justice acquitte

L’assassin de Rémi Fraisse ne sera pas jugé

Publié le 2 juin 2016

Julian Vadis

En passant au statut de "témoin assisté" dans le cadre de l’enquête sur la mort de Rémi Fraisse en octobre 2014 à Sivens, le gendarme ayant provoqué la mort du jeune écologiste "ne peut pas être renvoyé devant un tribunal". En ces temps où les violences policières sont le lot quotidien des manifestations contre la loi travail, le message est on ne peut plus clair.

Cette décision n’est absolument pas surprenante. En mars dernier déjà, et alors qu’il était attesté que Rémi Fraisse avait les mains en l’air lorsqu’il fut visé par un gendarme, l’assassin de Rémi Fraisse était remis en liberté. De plus, l’épilogue des nombreux procès entourant les faits de violences policières – et ce même si de sérieux éléments incriminent les policiers – se soldent dans la quasi totalité des cas par des non lieux, l’exemple le plus frappant étant le rendu du procès de l’affaire Zyed et Bouna.

Mais ce reclassement du gendarme assassin de Rémi Fraisse au statut de "témoin assisté" est encore plus révoltant et illustre un peu plus le virage autoritaire de l’ensemble de l’institution étatique et la réelle nature de la justice bourgeoise. "C’est un signal fort. La suite logique est qu’il bénéficie d’un non-lieu", a annoncé l’avocat du gendarme, qui s’est dit "satisfait [...]car cela correspond aux faits". En effet, nous ne pouvons qu’être d’accord sur le fait qu’il s’agit d’un signal fort. Il n’y aura donc même pas de procès pour tenter de justifier le meurtre d’un opposant à une politique où l’État – que ce soit en matière de répression tout comme en ce qui concerne le projet de barrage en lui même – est impliqué au plus haut point. En ces temps où chaque manifestation est sévèrement réprimée par la police, le message est clair : les forces de répression ont les mains libres et chaque CRS, gendarmes, baqueux, peut dormir sur ses deux oreilles en cas de "bavure". La justice se chargera de les disculper et, dans certains cas, de leur épargner l’ennuyeuse formalité que constitue un passage devant un tribunal acquis à leur cause. Plus que jamais, c’est à l’auto-organisation de leur défense en manifestation, sur les piquets de grèves ou lors d’actions que les travailleurs et opposants à la politique gouvernementale doivent se remettre pour se protéger des forces de répression. Et répondre unanimement, pour dénoncer une justice de classe qui montre chaque jour un peu plus son véritable visage : celui d’être au service des classes dominantes et du patronat.