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Politique

« Le gouvernement ne veut pas nous écouter »

Martinez dépité à sa sortie de Matignon… La bonne blague !

Philippe Martinez fait-il semblant ou y croyait-il vraiment ? Dans les deux cas, c’est problématique. Pensait-il vraiment qu’après les réunions avec les partenaires sociaux, mi-juillet, à l’Elysée, Macron allait davantage être à l’écoute des syndicats ? Pensait-il, mercredi, qu’Edouard Philippe l’avait appelé pour lui annoncer de bonnes nouvelles ? A sa sortie de Matignon, hier, le leader de la CGT faisait une tête d’enterrement, regrettant, amèrement, que le « dialogue social » n’ait pas été au rendez-vous en cette rentrée.

Crédits : Joël Saget-AFP

C’est la CFTC et la CGT qui ont ouvert le bal des « concertations de rentrée » à Matignon. Au programme de la rencontre avec Edouard Philippe, la « réforme » de l’Assurance chômage et, plus généralement, tracer « les contours du programme de travail de l’année à venir en matière sociale ». Le Premier ministre avait pourtant annoncé la couleur, ou plutôt les couleuvres budgétaires, dans son interview au JDD. A croire que Philippe Martinez ne l’avait pas lue parce qu’il est ressorti de la réunion absolument furieux : « On nous convoque pour nous expliquer ce qu’on va faire cette année, a raconté le leader cégétiste à la sortie des bureaux du Premier ministre où il a été reçu en présence de Muriel Pénicaud, ministre du Travail, et d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. On nous dit : "on va faire de la concertation - vous nous dites que vous êtes pas d’accord ou vous êtes d’accord - de toutes façons on fera ce qu’on voudra" ». Et de compléter : « Le président de la République nous avait dit en juillet "on va changer, on va plus vous écouter, on a peut-être été un peu vite" , mais rien n’a changé », a regretté Martinez, avec une pointe d’amertume.

Mais la direction de la CGT croit-elle vraiment que ce qui s’est joué en juillet, à l’Elysée, c’était un coup de théâtre politique et que Macron était soudainement devenu le meilleur ami du monde du travail ? A l’époque, après le printemps social des cheminots, des travailleurs de l’énergie et des étudiants contre ParcourSup, il ne cherchait, en réalité, qu’à endormir son monde avant l’été. Il en faut peu, pour berner les directions syndicales. Ou plutôt, il en faut peu pour acheter leur bonheur en leur promettant un « nouveau contrat social » et un rôle dans l’échafaudage de la « gestion » des rapports entre travail et capital en faveur du patronat.

Martinez a donc tonné en affirmant qu’il refusait d’être « un faire-valoir » servant de cache-sexe au « pseudo dialogue social ». Comme si un dialogue avec le gouvernement ou le patronat, à froid, pouvait ne pas être « pseudo ». Mais le fait même de répondre à la convocation du Premier ministre, au lieu de la dénoncer et d’organiser, d’entrée de jeu, la riposte pour la rentrée consiste à jouer le jeu du « faire-valoir ». Au même moment d’ailleurs, depuis Copenhague où il est en déplacement, Macron traitait les travailleurs en France de « Gaulois récalcitrants », hostiles aux réformes.

Mais, comme l’a également signifié Martinez au Premier ministre, si la lutte des cheminots, des électriciens et des gaziers, n’est pas close, tout comme ne l’est pas non plus la question des salaires et de l’emploi, dans le privé comme dans le public, alors il faudra prendre d’autres mesures que celles consistant à répondre aux invitations de Matignon. Et si l’Intersyndicale de ce jeudi 30 août, appelée par FO et à laquelle a répondu présent la CGT, n’accouche pas d’un réel plan de bataille, alors il faudra que les salariés, du public comme du privé, syndiqués et non-syndiqués, actifs, sans emploi ou retraités, l’imposent aux organisations. Puisque Macron traverse un début de rentrée tempétueuse avec la démission de Hulot, le tout sur fond de crise politique et institutionnelle, autant rajouter un avis de coup de vent social, pour jouer la situation à notre avantage.




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