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Politique

Une stratégie de la tension pensée avec précision

Provocations, affrontements et manif cassée en deux : le 1er mai à Paris

C’est avec un sacré culot et « avec une absolue fermeté » que Macron a condamné les « violences qui ont eu lieu et qui ont dévoyé les cortèges du 1er mai ». Mais c’est lui qui a donné l’ordre à ses flics de tout faire pour casser le cortège parisien en deux, éviter tout contact entre la jeunesse et les salariés et empêcher que la contestation sociale ne s’exprime avec, au final, de « belles images » de « destruction » et de « black blocks » pour BFM et CNews, pour mieux faire oublier ce qui est en train de se jouer.

Crédites photo : ALAIN JOCARD / AFP

14 500 et 1 200 autonomes. La précision de la Préf’

Les provocations policières avaient déjà été exposées dès la veille puisque lundi, déjà, la Préfecture annonçait, par voie de communiqué, qu’elle aurait réprimé les débordements qui étaient « attendus ». C’est donc tout naturellement et avec une précision scientifique dans le comptage que la Préf’ a identifié 14 500 personnes devant le défilé syndical parisien, peu avant 14h30, dont 1200 « black blocks ». Bien entendu, si l’on en croit les journalistes, ces derniers parlaient en allemand, taguaient en grec et venaient de toute la France et de l’Europe.

Provocations systématiques : flics en civil, en tenue anti-émeute, et canons-à-eau

Il y avait, en effet, en tête de cortège, des milliers de personnes, jeunes et moins jeunes, des salariés et des étudiants, en colère contre Macron et son monde. Et on les comprend. Face à eux, il y avait des dizaines de fourgons de CRS et de gendarmes mobiles, trois canons à eau et des centaines et des centaines de flics. En uniforme et en civil. Sur le boulevard de l’Hôpital, peu après avoir dépassé le pont d’Austerlitz, c’est eux qui sont entrés en action, masqués et casqués. A qui revient l’incendie de la vitrine du McDo, au même niveau ? Les médias ont donné la responsabilité aux « autonomes ». Immédiatement après, les charges ont commencé.

Tout du long, les flics ont usé de gaz lacrymogènes, à tel point que les policiers se sont retrouvés à court de grenades après quelques heures. Coups de matraque, manifestants mis en joue avec des flashballs sans aucune raison, grenades de désencerclement… La répression policière a fait de nombreux blessés, en amont et en aval du Pont d’Austerlitz, en direction de Place d’Italie, où devait se conclure la manif. Un trajet de 40 minutes à pied, en prenant son temps. Cette fois-ci, la manif a duré plusieurs heures.

Casser le cortège, l’objectif du ministère de l’Intérieur

Les premières dégradations ont été le prétexte pour déployer une quantité impressionnante d’agents, en civil comme en tenue anti-émeutes. Les charges et contre-charges, l’arrosage de gaz lacrymonège, la tenaille dans laquelle était tenu le gros du cortège, entre le pont d’Austerlitz et la Place de la Bastille, ont fini par gagner ce que voulait la Préfecture et le gouvernement : casser la manifestation en deux, effriter notamment les cortèges où les salariés, étudiants, cheminots et jeunes, manifestaient côté à côte, et recentrer l’attention de l’opinion, via les médias, sur les « dégradations ».

Bien entendu qu’il ne faut pas être dupes. La violence, c’est avant tout celle d’un système et d’un gouvernement qui est à son service, expulse les étudiants des facs bloquées et veut écraser les cheminots qui combattent pour les services publics. Tomber dans le piège de la dénonciation facile des « dégradations » ne contribue qu’à occulter toutes les luttes actuelles. Quant à accuser « des bandes d’extrême droite », comme le fait Mélenchon (à moins qu’il ne vise la police ?), c’est un peu gros.

Ce qui est sûr, également, c’est que sur le plan politique comme sur celui du rapport de force, aucun « cortège de tête » n’aura réussi, aujourd’hui, à faire reculer le gouvernement. Si radicalité il devait y avoir, aujourd’hui, à Paris, c’était en manifestant avec les cheminots du cortège inter-gares, en lutte, et en exigeant des directions syndicales qu’elles proposent un véritable plan de bataille d’ensemble, dans la continuité et la durée, et qui vise la reconductible, à la fois au niveau du rail et de la jeunesse, contre Macron et son monde.

276 manifestants raflés pour donner l’exemple et 102 garde-à-vue

Le spectacle a continué, peu après 17h. Après avoir fait dévier le gros du cortège par le Pont Charles-de-Gaulle et le boulevard Vincent Auriol, en direction de Place d’Italie, les flics ont procédé à 200 interpellations autour de la Gare d’Austerlitz. Dans les deux cas, c’est un Etat de plus en plus policier qui tombe le masque : d’un côté, on empêche à une manifestation syndicale de suivre le trajet déposé et on la casse en deux et plusieurs organisations, dont la FSU, FO ou LO, ne sont pas arrivées à Place d’Italie, là où la CGT et Solidaires, notamment, ont poursuivi ; de l’autre, comme en novembre 2015, lors des manifestations contre l’état d’urgence, on procède à une rafle de masse. En fin de soirée, mardi, plusieurs dizaines de camarades seraient encore en garde-à-vue devant le grand dépôt de police du XVIIIème, rue de l’Evangile, à Paris. Ils seraient 102, répartis dans différents commissariats de la capitale.

Contre Macron et son monde, plus que jamais

Face à une telle détermination à taper (sur ceux qui bougent), à casser (ceux qui manifestent) et à brider la possibilité d’expression de la contestation sociale et politique, il faut que la mobilisation actuelle réagisse. Ni en « tête », ni « en queue », de cortège, mais en construisant l’unité entre cheminots et étudiants, salariés et jeunesse. Donner la possibilité qu’elle se noue et qu’elle impose un véritable plan de bataille aux directions syndicales qui, avec leurs dates saut-de-mouton et grand-écart, donnent du temps à Macron, émoussent la force de la contestation et en poussent d’autre à choisir l’action « radicale » alors que c’est dans l’unité qu’elle devrait s’exprimer. Et qu’elle pourrait, réellement, battre en brèche Macron et son monde.




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