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Syndicats à l’Elysée : Macron à la recherche d’un second souffle

Rencontre au sommet entre le patronat, les syndicats et le gouvernement hier matin à l’Elysée. Au programme, une discussion pour « jeter les bases d'un nouveau contrat social, celui du siècle qui s'ouvre », comme l’avait annoncé Macron au Congrès. Un changement de ton, du moins dans la forme, pour Macron qui affirme désormais qu'il compte s'« appuyer sur les partenaires sociaux, sur les corps intermédiaires » pour la suite des "réformes". Les directions syndicales, qui n'ont eu cesse de réhabiliter le "dialogue social" de l'ancien monde durant l'an 1, n'ont pas hésité à se mettre au chevet du gouvernement et de faire le baise-main à Jupiter.

Crédits photos : Etienne Laurent // AFP

Une semaine après avoir jouer le jeu du Medef, en annonçant un « front commun des partenaires sociaux » rassemblant directions syndicales organisations patronales, toutes ces organisations se sont rendues à l’Elysée discuter du nouvel agenda pensé par Macron pour rogner sur les droits sociaux des travailleurs et de la jeunesse. Un nouvel agenda qui doit intégrer la négociation sur l’assurance chômage, la question de la santé au travail, le plan pauvreté, les réformes hospitalières ou encore la retraite.

Autant de sujets sur lesquels les directions des grandes confédérations syndicales sont visiblement prêtes, dès maintenant, à négocier en renouant au jeu du « dialogue social » de l’ancien monde, mettant ainsi un terme aux fameuses "concertations" auxquelles se sont prêtés volontiers les directions syndicales pendant de l’an 1 de Macron. Il semble ainsi que la version remaniée du "dialogue social" usant d’humiliations perpétuelles contre les "corps intermédiaires" a fait son temps, révélant d’un côté son efficacité terrible pour avancer dans les contre-réforme sur le court terme mais aussi ses limites plus stratégiques sur le moyen terme. En effet, après la loi travail XXL, Parcoursup’ ou encore la réforme du rail, les bilans du dialogue social version « concertations » sont sans équivoque : à aucun moment le gouvernement n’a reculé ni même changé une virgule de ses réformes. Rejouer le jeu, même dans une version édulcorée, à l’entrée dans l’an II du syndicat, c’est donc signer un chèque en blanc au gouvernement pour de nouveaux reculs sociaux, continuer dans une stratégie de la défaite qui a déjà coûté cher aux grévistes, notamment les cheminots.

Du point de vue du macronisme, ce changement de méthode exprime les limites pour le moins précoce de la première année du quinquennat dans lequel Macron a fait joué à plein la légitimité de son élection et du fait qu’il avait annoncé la couleur. Pourtant, un an après le lancement des concertations de la loi travail XXL, les choses ont bien changé pour Macron : sa côte de popularité ne cesse de baisser (malgré la victoire des Bleus), ses réformes ne convainquent pas, et la grève des cheminots n’a pas réussi à entamer la détermination d’un des secteurs les plus déterminés du mouvement ouvrier. La méthode « bulldozer » atteint ses limites, et le président cherche une nouvelle méthode pour avancer dans ses contres réformes. Après avoir ignoré totalement les « partenaires sociaux », le président cherche donc à les associer à l’élaboration de ses nouvelles lois, notamment l’assurance chômage dont il a fait une échéance centrale de la rentrée, une manière de préparer celles sur les retraites, qui sera le véritable test de son quinquennat.

Mais malgré toute la « bonne volonté » des directions syndicales, qui n’attendaient que le retour du dialogue social de l’ancien monde, il est probable que Macron n’aura probablement pas les marges de manœuvre nécessaires pour leur donner ce qu’ils attendent,cela d’autant plus que le macronisme s’est construit sur une méthode du « en même temps » qui a fait à la fois sa force et sa faiblesse. Car face aux retards structurels de l’économie française, la course contre la montre du néo-libéralisme sénile de Macron pour satisfaire les attentes du Capital français qui fait face à ses concurrents Européens, ne lui laisseront que peu de marge de manœuvre pour rejouer le jeu des miettes à distribuer aux directions syndicales. 

Alors que les directions syndicales n’hésitent pas à plonger les pieds devant dans un « dialogue social » remanié, il n’y pas d’autres choix que d’exiger de la part des directions syndicales de rompre radicalement avec cette logique de « négociation » qui en définitive perpétue la « stratégie de la défaite ». Exiger des directions syndicales de rompre avec le « dialogue social », c’est la condition nécessaire, même si elle n’est pas suffisante, pour imaginer opposer au gouvernement un véritable rapport de force à la hauteur des attaques sans précédents que Macron compte bien accélérer et approfondir dans la suite de son quinquennat.




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