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Monde

“World is a mess and we’re gonna fix it !”

Syrie. Super-Trump menace d’intervenir

Après avoir gazé Cheikhoun, Bachar el-Assad est parvenu à paralyser la diplomatie en jouant également la carte de son parrain russe, qui veut faire obstacle à toute sanction de l’ONU. De son côté, champion de l’unilatéralisme, Donald Trump menace d’intervenir, en Syrie comme en Corée du Nord. Trump, un libérateur ?

Une nouvelle attaque de l’armée syrienne au gaz sarin a touché mardi la ville de Kan Cheikhoun, au Nord-Ouest de la Syrie, faisant plusieurs dizaines de morts, dont de nombreux enfants. Des images insupportables en ont circulé, montrant des victimes mortes d’asphyxie.

Cela fait maintenant 7 ans que, sur le dossier syrien, on assiste à un bal des hypocrites. Tous les gouvernements impliqués, dont la France, ont préféré dans un premier temps laisser pourrir la rébellion, sans prendre le risque de voir l’élan révolutionnaire du monde arabe parvenir à ouvrir le verrou Assad. Se présentant ensuite comme le seul rempart contre les jihadistes, Assad a réussi à renforcer son rôle dans l’imbroglio d’alliances et d’atermoiements du conflit. L’intervention des puissances occidentales s’est ainsi présentée comme une lutte contre les groupes jihadistes, alors même qu’Assad en profite pour mettre à mort sa population révoltée. Les gouvernements occidentaux, d’abord indifférents pour des raisons politiques, se sont donc faits complices du massacre d’un peuple.

La nouvelle attaque de mardi, alors même qu’Assad vient de rappeler qu’il n’envisageait « pas d’autre choix que la victoire » dans une interview diffusée ce jeudi à un quotidien conservateur croate, a cependant provoqué quelques remous dans le concert des différentes puissances : Trump a témoigné de son émotion face aux images des enfants victimes et ouvre la possibilité d’une intervention unilatérale, si la Russie continue à bloquer toute résolution du Conseil de Sécurité. Face à un « problème aussi sérieux, nous envisageons une réponse sérieuse », a déclaré Rex Tillerson, le secrétaire d’Etat américain. Après avoir déclaré il y a quelques jours que le départ d’Al Assad n’était pas une priorité, Trump vient de faire marche arrière en marge quelques heures avant la réception officielle du président chinois.

Mais franchement, qui accepterait de confier ses enfants à Trump ? Qui peut croire que dans son rôle de nouveau va-t-en guerre, Trump se soucie un tant soit peu des victimes du régime d’Assad ? Il s’agit de solder les problèmes de politique intérieure, notamment les accusations récurrentes de collusion avec la Russie, et au passage de dénoncer la passivité de l’administration Obama : Trump s’occupe de Trump avant tout. Le monde qui lui a été laissé par les démocrates est un « véritable bazar, et [il compte bien] remettre les choses en ordre », si l’on s’en tient à ses dernières déclarations.

En réalité, c’est donc la continuité, ici comme ailleurs : leurs guerres, nos morts. La Syrie et le désastre humanitaire qui se déroule depuis 7 ans vont à nouveau servir de prétexte à une lutte entre les puissances impérialistes dont on sait à l’avance qu’il n’en sortira rien pour le peuple syrien lui-même, qui a d’abord voulu mettre fin par la révolution à une dictature héréditaire et qui s’est retrouvé pris au piège du puzzle des intérêts des puissances occidentales dans la région.




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