Notre classe

Répression contre les syndicalistes

Un facteur en conseil de discipline pour un coussin sur son scooter : de qui se moque-t-on ?

Publié le 19 septembre 2016

La Poste ne sait plus quoi faire pour se séparer des représentants du personnel qui pointent les mauvaises conditions de travail à La Poste. À Tulle, en Limousin, c’est Sylvain Berthomeau, qui, à 6 mois de la retraite, passe en commission de discipline pour avoir mis un coussin sur son scooter dans ses tournées. L’accusant d’avoir « thuné » son scooter pour le virer, la direction montre bien qu’elle n’a peur de rien – et surtout pas du ridicule – quand elle cherche à mettre à la rue des travailleurs.

George Waters

Postier, Sylvain avait décidé d’améliorer un peu ses conditions de travail en payant de sa poche de quoi se protéger contre le froid et d’éviter d’aggraver ses problèmes de dos. Concrètement, il avait ajouté un coussin (sanglé) à la selle de son scooter trois roues et une plaque en plexiglas à l’avant pour se protéger (ainsi que le courrier) du vent et de la pluie. On aurait pu penser la direction de son établissement heureuse de voir ses employés payer de leur poche pour travailler dans des conditions décentes. Mais non, quand un facteur fait des actes d’une telle inconscience, le meilleur réflexe est visiblement de le convoquer en conseil de discipline. La raison officielle ? « Des modifications importantes du véhicule de service », qui « mettent en danger le facteur, notamment durant ses manœuvres ».

On pourrait se dire que La Poste n’a vraiment aucune raison de vouloir mettre à pied cet employé à 6 mois de la retraite. Cependant, il faut bien comprendre que Sylvain est représentant CGT du personnel dans son établissement, ce qui l’a amené, notamment ces derniers mois durant la mobilisation contre la loi Travail, à mener des actions de grève contre une loi qui va précariser encore plus ses conditions de travail. Comme le pointe la CGT, qui a appelé à la grève lundi 19 au matin en soutien à leur collègue, il s’agit avant tout de donner un signal d’alarme fort et sans ambiguïté à tous ceux et toutes celles qui voudraient lever le petit doigt contre leur hiérarchie.

Loin d’être nouvelle, cette criminalisation du syndicalisme est en réalité un symptôme de plus du tournant bonapartiste en France : en autorisant les entreprises à lutter contre les actions syndicales, en encourageant la répression judiciaire en faisant des exemples (on se souvient des propos de Manuel Valls lors de l’arrachage d’un bout de tissu chez Air France), l’État se rend complice des managers et des hiérarchies qui cherchent à faire rentrer dans le rang toute personne cherchant à améliorer ses conditions de travail. Contre cet état de fait, contre toutes ces manœuvres qui visent à soumettre un peu plus les travailleurs au patronat, seule une réponse unie de notre camp social peut fonctionner, en ne laissant passer aucun licenciement, que ce soit à Alsthom chez Latécoère, et en luttant quotidiennement contre ces attaques toujours plus nombreuses.