Société

Cette nuit à Beaumont-sur-Oise. Assa Traoré menacée parce qu’elle filme

[Vidéo] Provocation policière. Brutale arrestation du frère d’Adama Traoré : sa sœur Assa témoigne

Publié le 23 juillet 2016

Flora Carpentier

On pourrait croire à une provocation policière isolée, si ce n’était le quotidien insupportable des jeunes des quartiers populaires : contrôles au faciès, arrestations arbitraires, violences policières... Après la mort d’Adama Traoré dans un commissariat du Val d’Oise le 19 juillet, son frère est frappé par les forces répressives et arrêté, dans la nuit du 22 au 23 juillet à Beaumont-sur-Oise. A croire que la mort de son frère Adama n’était pas d’une violence suffisante.

Pendant qu’elle filme la scène, Assa Traoré, sœur d’Adama Traoré, est d’abord mise à l’écart, avant d’être menacée par un gendarme : « Si votre vidéo est trouvée sur un seul site, on vient vous trouver à 6h du matin ». Alors que la presse titre sur les violences à l’égard des policiers et criminalise les jeunes des quartiers, ceux-ci se voient imposer la censure médiatique. Nous donnons ici la parole à Assa Traoré, qui a témoigné de cette scène dès l’aube sur son compte Facebook :

« Ce matin à 4h, l’acharnement des forces de l’ordre continue. Alertés par une voisine. Ils ont interpellé mon frère, frappé et transporté à la gendarmerie.
Je descends avec mes frères pour se rendre à la gendarmerie, voir mon frère et s’assurer qu’il ne soit pas tué comme Adama. Ils ne veulent pas nous laisser passer, le ton monte.
Ils nous laissent passer. Devant la gendarmerie, on exige de le voir, nous n’avons plus confiance en eux. Voir si mon petit frère est vivant, pas de deuxième meurtre. Mon grand frère passe et rentre dans la gendarmerie s’assurer que mon frère est dans des bonnes conditions. »

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Vidéo : Assa Traoré, sœur d’Adama Traoré

Ces jeunes que la société ghettoïse et qui vivent de plein fouet l’exclusion, le racisme et la précarité, ont toutes les raisons de se révolter contre la violence sociale subie au quotidien. Quand ils manifestent, par milliers, pour exiger justice pour leur frère tué par la police, c’est un ordre social dans son ensemble qu’ils contestent. Car après tant de violences et de crimes policiers perpétrés contre les jeunes des quartiers populaires, de Baltimore à Clichy-sous-Bois, de São Paulo à Oaxaca, de Bâton Rouge à Beaumont-sur-Oise, on ne peut plus parler de « bavures » mais bien de la violence d’un Etat policier au service du système capitaliste, celui-là même qui criminalise ceux qui manifestent contre les injustices sociales, aux Etats-Unis, au Mexique, au Brésil, en France et partout dans le monde. Parce que ceux qui nous dominent, nous exploitent et nous oppriment n’ont pas de frontières pour leur politique raciste et violente, notre colère ne doit pas non plus connaître de frontières. En France aussi, crions que la vie des noirs et de tou.te.s les racisé.e.s compte, comme le revendique le slogan scandé aux Etats-Unis : Black Lives Matter !

Cagnotte de soutien à la famille d’Adama Traoré

Page Facebook : La Vérité pour Adama