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Rends l'argent

10 ans après l’affaire des sondages, les frais de justice de Claude Guéant toujours payés par l’Élysée

Les frais de justice de l'ex-secrétaire général de l’Élysée et ex-ministre de Nicolas Sarkozy mis en cause dans l'affaire des sondages pour « détournement de fonds publics par négligence » sont toujours payés par l’Élysée, rapporte France Inter. Et ce n'est pas le seul, 14 personnalités profitent de ce dispositif qui a coûté 159.766 euros en 2019 selon la Cour des Comptes.

vendredi 7 août

Crédit Photo : AFP

L’article de FranceInter se base sur le rapport de la Cour des Comptes publié ce 29 juillet, où l’on observe une très forte augmentation des frais de justice avec 2 352€ en 2018 contre 156 766€ en 2019. Ces frais se partagent entre 14 affaires mais 63% seraient destinés à seulement trois d’entre elles et parmi celles-ci se trouve l’affaire des sondages. Interrogé par France Inter, Claude Guéant a lui-même affirmé que sa défense est prise en compte à 100% par l’Élysée.

L’affaire des sondages remonte au quinquennat de Nicolas Sarkozy. En 2007, son conseiller Patrick Buisson signait une convention avec l’Élysée le chargeant d’une mission de conseil en échange d’une rémunération de 10.000€ par mois et lui permettant de commander des sondage à sa propre société Publifact. C’est ce qui lui avait notamment permis de vendre au moins 235 sondages à la présidence entre 2007 et 2009 en réalisant des marges de 65% à 70%, pour empocher la coquette somme de 1,4 millions d’euros de bénéfices. Depuis, Patrick Buisson est mis en cause pour « recel de favoritisme », « détournement de fonds publics », et « abus de biens sociaux ».

Or entre 2007 et 2011, Claude Guéant est secrétaire général de l’Élysée, ce qui en fait aux yeux de la loi le « principal décisionnaire » de ces commandes de sondages réalisées en dehors de la législation sur les marchés publics qui oblige à procéder officiellement à des appels d’offre. C’est la raison pour laquelle une enquête a été ouverte suite à la plainte déposée par l’association Anticor de lutte contre la corruption Anticor. Après la demande du Parquet National Financier (PNF) de renvoi en correctionnel pour favoritisme de Claude Guéant, le procès a repris en 2019, d’où la forte augmentation des frais de justice cette année là.

Mais Claude Guéant n’en est pas à son premier procès. Mis en cause pour avoir touché 5.000€ par mois de prime en liquide 2002 et 2004, lorsqu’il était membre du cabinet ministériel de Nicolas Sarkozy à la place Beauvau, il a été condamné à 2 ans de prison avec sursis, 75 000€ d’amende et 5 ans sans droits civiques et civils. Membre de l’UMP puis des Républicains, il est en tout cité dans 7 affaires, incluant des emplois fictifs ou des ventes douteuses de tableaux flamands.

Face aux accusations, l’Élysée et Claude Guéant se défendent derrière la loi du 13 juillet 1983 qui prévoit la prise en charge des frais d’avocats pour les agents publics, sauf en cas de faute personnelle. C’est ainsi que Claude Guéant se fait offrir ses frais de justice. Avec cette loi, un ministre peut détourner autant d’argent qu’il le souhaite et être protégé tout le long de son procès en bénéficiant de l’argent public. D’ailleurs les autres personnalités interrogées par FranceInter ont refusé de confirmer si elles continuaient de bénéficier de ces « aides ». Un scandale qui retentit d’autant plus fort alors que le gouvernement justifie ses politiques austéritaires et antisociales par la nécessité de faire des économies face à la crise. Or cette affaire montre que de l’argent, les puissants en ont. Alors à eux de payer la crise !




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