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Discours au Congrès

100 jours de Biden. Derrière le nouveau "New Deal", une volonté de canaliser les colères

Dans son premier discours au congrès, à 100 jours de son investiture, Joe Biden s’est targué d’avoir restauré la foi des Américains dans la démocratie. Dans un pays traversé par de profondes contradictions et durement frappé par la crise économique et sanitaire, rien n’est moins sûr.

jeudi 29 avril

Crédit photo : MELINA MARA / POOL / AFP

Ce jeudi 29 avril marquait le centième jour de la présidence Biden, depuis sa prise de fonction à la Maison-Blanche le 20 janvier dernier. Un début de mandat qui s’inscrit dans un contexte marqué par la crise sanitaire et économique qui a marquée durement les États-Unis – plus de 500 000 morts liés au Covid et la pire récession de l’histoire récente du pays en 2020 – mais aussi par une polarisation sociale croissante, sur la droite avec l’invasion de Capitole par les manifestants pro-Trump par exemple, mais aussi sur la gauche avec les mobilisations massives qui ont fait suite au meurtre policier de George Floyd il y a un an.

Dans ces coordonnées de crises multiples – économique, politique et sociale – et alors qu’il détient une courte majorité, Joe Biden est loin de faire l’unanimité et de pouvoir revendiquer une large base sociale. Les sondages le créditent à moins de 50 % d’opinion favorable, du jamais vu durant la « lune de miel » présidentielle que représentent habituellement les cent premiers jours de mandat.

Lors du traditionnel discours présidentiel au Congrès, à cent jours de son investiture, l’objectif de Biden semblait clair : essayer par une combinaison de plans de soutien économique de relancer la croissance, en se plaçant comme héritier de Roosevelt et du New Deal, afin de chercher à renforcer la légitimité de l’État et résorber les phénomènes de polarisation sociale.
Les plans de soutien à l’économie de Joe Biden sont chiffrés à 6000 milliards de dollars. Une dépense publique critiquée par la droite et les Républicains, jugée exorbitante. Pourtant, rapportée au budget annuel du Pentagone, qui était de 741 milliards de dollars en 2021, cette dépense ne paraît pas si ambitieuse. Le plan d’investissement de l’État dans les infrastructures par exemple représenterait environ 282 milliards de dollars par an, soit un tiers du budget annuel.

En réalité, ces investissements d’État sont le prix à payer pour se démarquer sur la gauche de la présidence Trump et tenter de coopter et canaliser les potentielles explosions sociales à venir, dans le premier pays impérialiste du monde, où 38 millions de personnes vivent pourtant sous le seuil de pauvreté. Un plan pour essayer de regagner la confiance des États-uniens dans la « démocratie » capitaliste et faire resurgir le rêve américain.

Et c’est précisément autour de cet objectif, celui de stabiliser la situation, de contenir la polarisation sociale, qu’une partie du patronat a vu l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche d’un bon œil. Mais aujourd’hui, dans le monde entier, les classes dominantes cherchent à le faire passer pour un dangereux anticapitaliste, dénonçant notamment sa volonté de financer le plan d’investissement dans les infrastructures par une augmentation des impôts sur les entreprises (passant de 21 à 28%). Macron lui-même s’est démarqué de cette politique.

Rappelons pourtant que sous Obama, cette taxe était de 35 %, et que Biden revient à peine sur la baisse des impôts sur les entreprises opérée par Trump. Et si Biden mise sur un renforcement de l’État, se revendiquant de Roosevelt face à la crise des années 30, il a bien l’intention de poursuivre sur d’autres terrains la politique entamée par son prédécesseur. Nulle volonté de sa part de rompre avec le discours de nationalisme économique porté par Donald Trump avant lui. Comme nous l’écrivions précédemment, le plan de reprise économique de Joe Biden sert avant-tout à « préparer le front intérieur afin de reconstruire, autant que possible, le leadership de la principale puissance impérialiste », et en particulier face à la Chine.

Joe Biden a déjà dû faire de nombreuses concessions sur ses promesses, et notamment revenir sur l’augmentation du salaire minimum à 15 dollars de l’heure, qui représentait pourtant l’un des points fondamentaux de son programme à destination des travailleurs et des plus précaires.
Cent jours de présidence Biden et des plans qui seront très certainement bien inefficaces face à un pays traversé par une crise d’ampleur et de profondes contradictions, que seule la lutte des travailleurs, en première ligne face au Covid-19 et à la précarité grandissante, permettra d’affronter.




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