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Grève reconductible

26 000 grévistes chez Enedis et GRDF : « les robins de bois n’ont pas suffi, on va durcir le mouvement ! »

Dans toutes les grandes entreprises de l’énergie, la grève a été reconduite ce mercredi 8 mars. Après un mois et demi d’actions symboliques, les électriciens et gaziers veulent aller plus loin.

Arthur Nicola

8 mars 2023

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« La reconduction est une réussite ! » se félicite Frédéric Probel, de la CGT GRDF. Dans son entreprise, comme dans les autres géants de l’électricité et du gaz, la grève a été reconduite ce 8 mars. 5342 agents de GRDF étaient grévistes ce jour, soit un taux de grève de 47%. La direction Est de la France affiche le plus haut taux de grévistes, avec 61% des agents en grève. Pour le syndicaliste, cela traduit la colère des agents à la base, mais aussi la colère face à la volonté des Républicains d’accélérer encore plus la disparition des régimes spéciaux : « les votes du Sénat sur les régimes spéciaux ont boosté tout le monde. Ceux qui pensaient que la clause du grand-père allait les protéger, on les prévenait que dans cinq ou dix ans on reviendrait nous voir en disant qu’il n’y aurait plus de financement. Quand Retailleau parle de supprimer les régimes spéciaux, cela confirme ce qu’on disait ».
 
Chez Enedis, le mouvement a aussi été important, avec un taux de grève national de 65,77% de grévistes, soit un total national de 21 119 agents grévistes. Dans certaines régions, les taux dépassent les 70% : 76,1% de grévistes en Franche-Comté, 74% en Bourgogne, 78% dans le Midi-Pyrénées ou encore 77% en Poitou Charente. Pour Salim Khamallah, de la CGT Energie Ouest-Ile de France, et salarié chez Enedis, les manifestations ont montré leurs limites : « A chaque journée on bat des records, là ce sont des records de 2010 ou 1995 et pour autant cela ne bouge pas pour le gouvernement. On pourrait être 10 millions dans la rue, il n’en aurait rien à faire. Donc il faut changer de méthode ». Ces nouvelles méthodes pourraient être diverses, et à l’initiative des grévistes : coupures ciblées de centres commerciaux, industriels ou permanences politiques, mais aussi des mises en gratuité d’écoles, de gymnase ou de petits artisans.

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Ce mercredi, la permanence de Gérard Larcher, président du Sénat, a d’ailleurs été mise dans le noir pendant trois heures. Une action qualifiée « d’inadmissible, d’une extrême gravité » par Eric Ciotti. Pour Frédéric Probel, il s’agit d’une action légitime : « cet hiver, Olivier Véran, avec RTE et Enedis avaient prévu de couper la population pendant deux heures dans le cadre de la « sobriété énergétique » et ça ce n’était pas illégal. Ils ont détruit le système électrique en France, par manque d’entretien des centrales, et ça ce n’était pas illégal ». Une action revendiquée par la CGT-Energie, dont les représentants annoncent qu’ils continueront. Pour Salim Khamallah, il s’agissait aussi de protester face à la façon dont est discutée la loi au Sénat, avec l’activation d’un article de règlement pour écourter les débats : « On restreint les débats au Sénat au moment de l’article 7 et les possibilités d’amendements alors que cet article n’a pas été discuté à l’Assemblée Nationale : c’est du foutage de gueule ! Ils veulent avancer au plus vite pour passer à autre chose. »
 
Dans les autres entreprises électriques, le mouvement a aussi été reconduit. Chez RTE, le transporteur d’électricité, de nombreuses actions ont été organisées sur tout le territoire, souvent en interprofessionel. En Auvergne, un poste a été envahi, ainsi qu’un centre de commande d’Enedis. « Tout le monde a vu que les manifestations sont très massives, mais que cela ne suffit pas. De plus en plus de gens sont convaincus qu’il va falloir bloquer l’économie, et qu’une pression économique s’exerce sur le patronat. Il faut qu’ils aient plus à perdre qu’à gagner » nous confie Francis Casanova, délégué syndical central chez RTE.
 
Finalement, chez EDF, les baisses de charge ont continué toute la journée sur le réseau électrique. A 14 heures, la CGT revendiquait des baisses de charges pour un total de 14 845MW, dont 44% provenait de baisses de charges dans les centrales hydro-électriques, 23% dans les centrales thermiques et 31% dans le nucléaire. Les centrales de Cordemais (Loire-Atlantique), Martigues (Bouches-du-Rhône), Revin (Ardennes), Chooz (Ardennes) et Civaux (Vienne), étaient parmi les plus touchées.


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Arthur Nicola

Journaliste pour Révolution Permanente.
Suivi des grèves, des luttes contre les licenciements et les plans sociaux et des occupations d’usine.
Twitter : @ArthurNicola_

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