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Enfer carcéral

75.897 détenus au 1er janvier 2024 : Macron bat des records de répression

Le ministère de la justice recense 75.897 détenus au 1er janvier 2024, un record absolu. Les conditions inhumaines de la détention s’aggravent perpétuellement, produit d’une politique répressive débridée.

Anouk Warnier

1er février

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75.897 détenus au 1er janvier 2024 : Macron bat des records de répression

Crédits : Shutterstock

Le ministère de la justice a recensé une population de 75 897 détenus au premier janvier 2024. Un chiffre qui bat le record absolu du nombre de détenus et classe la France parmi les champions de la privation de liberté en Europe. Les capacités « d’accueil » des prisons sont largement explosés, y rendant les conditions de survie absolument inhumaines. Parmi les détenus, 29,3% sont des prévenus, incarcérés provisoirement en attente de leur jugement. Les maisons d’arrêt sont particulièrement surchargées : dans quatorze établissements, la densité carcérale atteint ou dépasse les 200%.

Le 31 janvier, le ministère de la justice a déclaré un chiffre record de personnes incarcérées. D’après le ministère de la Justice, en un an, le nombre de détenu a augmenté de 5,2%.

Cette surpopulation entraîne une dégradation constante des conditions de vie des détenus. Dans son rapport, le ministère de la Justice avance le chiffre (forcément a minima) de 2840 détenus contraints de dormir sur un matelas à même le sol.

Le rapport du Contrôleur Général des Lieux de Privation de Liberté de 2023 pointait ainsi l’impossibilité d’accès aux besoins essentiels comme une hygiène décente, un espace de vie suffisant, des soins convenables, un maintien des liens familiaux, des possibilités d’activités de réinsertion etc. Ce qui n’empêche pas l’Etat de disposer ainsi d’une force de travail à très bas coût et l’occasion de nombreux avantages aux entreprises qui établissent des liens avec les établissements pénitentiaires.

Surtout, la prison tue. Selon l’observatoire international des prisons, une personne meurt en prison tous les deux à trois jours. En 2022, 125 détenus s’y sont suicidés. En 2018, à la prison de Seysses, près de Toulouse, les co-détenus dénonçaient la mort d’un « suicidé » comme étant due à son passage à tabac par des matons.

Si les chiffres de surpopulation atteint cette année sont sans précédent, ce phénomène n’est pas récent. Depuis 2020, la France a été condamnée à multiples reprises par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour « traitements inhumains ou dégradants ».

En 2018, la ministre de la Justice d’alors, Nicole Belloubet lançait la construction de 15.000 places de prison au prétexte d’alléger la surpopulation carcérale. En réalité, elle se préparait à donner à ses collègues de la Justice et de l’Intérieur les moyens de leur politique : enfermer toujours plus, condamner toujours plus durement.

Cette politique répressive est aiguisée à chaque nouvelle loi qui accorde des crédits à rallonge à la police, dernièrement 15 milliards d’euros avec la Loi d’Orientation et de Programmation du Ministère de l’Intérieur (LOPMI). Une orientation qui a atteint son paroxysme lors des révoltes des quartiers populaires, lors desquelles plus de 2000 personnes ont été incarcérées, parfois juste pour avoir volé une cannette.

Face à la crise sociale et la hausse de la misère, le gouvernement et les classes dominantes ont leur réponse toute prête, la matraque et la cellule.

Lire aussi : Récits. Les juges humilient et condamnent par centaine des jeunes interpellés pendant les révoltes


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