^

Monde

Etat Espagnol

Accord de principe entre le PSOE et Podemos : un « gouvernement progressiste », vraiment ?

Accord PSOE-Podemos annonce peut-être l’évolution « à la Syriza » du Parti de Pablo Iglesias. Un gouvernement néolibéral se mettra sans doute en place mais la crise du régime se poursuivra.

jeudi 14 novembre

Mardi 12 novembre Pedro Sánchez et Pablo Iglesias, leaders respectifs du PSOE et de Podemos ont annoncé un accord de principe entre leurs deux organisations politiques dans l’objectif de former un gouvernement. Les résultats des élections anticipées du 10 novembre, convoquées par Pedro Sánchez en avril dernier dans l’objectif de renforcer le poids électoral du PSOE, donnent en effet 28% des voix au PSOE et 13% à Unidas Podemos. Faute de sortir renforcé des élections, le PSOE (qui a même perdu trois députés par rapport aux élections d’avril) semble se résoudre à un gouvernement de coalition dans une situation plus qu’instable de crise de gouvernabilité.

Il faut néanmoins souligner que l’alliance PSOE/Unidas Podemos est insuffisante pour assurer la majorité parlementaire et donc la possibilité de former un gouvernement (ils cumulent 155 parlementaires sur les 176 nécessaires). Cet accord est donc encore soumis aux nécessités d’alliance avec des partis indépendantistes, loin d’être assurées.

A travers cet accord, couronnant la stratégie de Podemos qui souhaitait déjà en avril entrer au gouvernement du PSOE, Iglesias se verrait attribuer le siège de vice-président. Si Podemos pare cette stratégie d’un discours sur la formation d’un soi-disant « gouvernement progressiste », et d’une rhétorique d’alliance de la gauche face à la montée du parti néo-fasciste Vox, on peut surtout y voir les espoirs de sortie de crise (au moins momentanée) d’une partie des classes dominantes.

Le PSOE en effet est un parti clef du régime monarchique issu de la transition du franquisme par la constitution de 1978. Pilier de la stabilité du régime, il défend avec constance les intérêts de la grande bourgeoisie dans une politique néolibérale, a mené les pires politiques d’austérité et est le gouvernement qui contribue à mater le processus de lutte pour l’indépendance de la Catalogne. L’alliance d’Unidas Podemos avec le PSOE ne peut dans ces conditions que servir de caution de gauche à une politique austéritaire et néolibérale et sert surtout à canaliser par une voie institutionnelle la crise sociale et la montée de la lutte des classes que connaît actuellement dans l’Etat Espagnol.

Le programme de l’accord préalable PSOE / Unidas Podemos en 10 points en est une parfaite illustration. Le point 10 stipule en effet l’accord sur la « justice fiscale et l’équilibre budgétaire. L’évaluation et le contrôle des dépenses publiques est essentiel pour le maintien d’un Etat providence solide et durable ». De fait, l’annonce de Nadia Calviño comme ministre de l’économie et première vice-présidente – ce qui la placerait donc au-dessus de Iglesias ! – ancienne candidate à la présidence du FMI et responsable d’une contre-réforme des retraites indique clairement l’orientation politique du futur gouvernement.

En ce sens, le journal El Pais affirme « Le front économique non plus ne semble pas tellement inquiéter Bruxelles, après un principe d’accord d’un Gouvernement de coalition qui conditionne expressément les futures mesures sociales "aux accords de responsabilité fiscale de l’Espagne avec l’Europe". Des sources de la communauté européenne souligne le fait que, sur ce terrain, la continuité de Nadia Calviño comme ministre de l’Economie "serait la plus grande garantie que l’Espagne va continuer sur la même voie budgétaire que jusqu’à présent. ». C’est donc le programme du PSOE qui transparaît dans cet accord, avec très peu de concessions faites à Podemos et qui annonce la poursuite de la même politique responsable de l’aggravation des conditions de vie et de travail de ces dernières années.

L’entrée de Unidas Podemos au gouvernement ne ferait ainsi que révéler davantage le rôle des partis néo-réformistes qui ont émergé en Europe et ailleurs à la suite de la crise économique de 2008. Bien loin de traduire politiquement les aspirations sociales et la colère des travailleurs et travailleuses qui subissent une précarité et une pauvreté grandissante, ils les canalisent institutionnellement et constituent en dernière instance la dernière roue du carrosse des régimes bourgeois traversés par des crises économiques dont ils peinent à sortir.

La crise de gouvernabilité en Espagne est néanmoins loin d’être refermée et l’alliance elle-même n’est pas encore assurée. Surtout, l’agitation sociale qui traverse le pays et notamment la Catalogne témoigne du fossé qui existe entre les gouvernants et les classes populaires en demande de justice sociale et aux revendications démocratiques.




Mots-clés

Etat Espagnol   /    Podemos   /    Monde