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Politique

Urgentistes et hospitaliers lancent l’alarme

Agnès Buzyn, portrait de la casseuse de l’hôpital public

"L'ADN de ce que j'ai fais toute ma vie c'est de faire attention aux gens", dit la ministre de la Santé, alors que la détresse des personnels soignants atteint son paroxysme.

lundi 10 juin

Mardi 11 juin, urgentistes et hospitaliers, par la voix d’une intersyndicale réunissant CFE-CGC, CGT, FO et SUD, appellent à une journée de grève nationale et de mobilisation. Le même jour, Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, doit se rendre au Sénat porter son projet de loi "Ma Santé 2022". Portrait de celle qui démolit à grands coups les services publics de la santé.

Native du très prestigieux 5ème arrondissement de Paris, tout près du Panthéon et du jardin du Luxembourg, Agnès Buzyn est "issue de l’élite médicale". Spécialiste des maladies du sang, cette hématologue âgée de 56 ans, belle-fille un temps de Simone Veil, disait ainsi ressentir son entrée au gouvernement "comme un passage de relais." Aujourd’hui dépeinte par de nombreux médias comme une "scientifique humaniste" dont la vocation serait d’incarner "la sensibilité sociale auprès d’Emmanuel Macron", cette "grande bourgeoise", elle non plus, ne se prive pas de s’épancher sur ses qualités : "L’ADN de ce que j’ai fais toute ma vie c’est de faire attention aux gens."

Une attention qui risque de se raréfier pour le personnel soignant quand depuis 2017, 1 037 postes ont été supprimés concernant le ministère de la Solidarité et de la Santé. Les personnels soignants, lanceurs d’alertes, à bout d’une charge de travail qui n’en finit pas de grossir, multiplient grèves et mobilisations, alors que leurs conditions de travail produisent une situation de détresse intenable, tant pour eux que pour les patients.

Ainsi du 3 au 4 juin, les urgentistes de l’équipe de nuit de l’hôpital Lariboisière de Paris s’étaient mis en arrêt maladie pour dénoncer des conditions de travail dramatiques et dangereuses, pour les patients comme pour le personnel. Dès le lendemain, Agnès Buzyn, en "humaniste" aguerri, faisait la leçon aux personnels soignants en état de détresse, dont les conditions de travail produisent burn-out, suicides : "Je pense que ce n’est pas bien, ça entraîne une surcharge de travail pour les autres. Nous l’avons vu à Lons-le-Saunier, ce sont les ambulanciers, ce sont les pompiers, ce sont les médecins libéraux qui ont pris en charge tous les patients. En faisant cela, on accroît la fatigue des autres." Selon elle, le recours aux arrêts-maladies pour s’extraire de conditions de travail mortifères – et létales – revenait à "dévoyer" l’arrêt-maladie.

Comme le note un éditorial du Monde, la minstre de la Santé est très loin du compte, redoublant l’exaspération des personnels soignants : "Mme Buzyn, qui connaît bien les conditions de travail dans les hôpitaux pour y avoir exercé son métier, ne semble pas avoir pris la mesure de cette contestation. Elle a mis du temps à réagir. Jeudi, devant le congrès des urgentistes, elle a récusé toute « solution miracle » et elle a promis une « stratégie d’ensemble ». Face à une telle obstination, une quinzaine de paramédicaux sur une équipe de dix-neuf, à bout, "n’ont pas pu prendre leur poste" samedi soir, aux urgences de Saint-Antoine, emboîtant le pas après Lariboisère.

Devant de fortes mobilisations qui ne faiblissent pas - environ 80 services en grève à ce jour, la ministre de la Santé s’obstine à réduire postes et budgets, poussant la très "sage" Agnès Buzyn à "des mesures de réquisitions de personnels", sollicitant, entre autres, des intérimaires aux statuts précaires – quand ce ne sont pas les forces de l’ordre qui réquisitionnent de force le personnel.

Il y a quelques mois sur France Inter, Carine Bécard dressait le portrait de Buzyn, appréciant une ministre qui agit “en scientifique, s’appuyant sur des données” lui permettant alors de “balayer” les critiques. Comment faire plus faux ? Alors que tous les signaux virent au rouge, conséquence d’une politique de réduction des effectifs et des budgets alloués à la santé, Agnès Buzyn ne base décidément pas le sens de ses mesures sur des “données” objectives, mais les subordonne bien au projet de démantèlement des services publics du gouvernement.

Crédits photo : FRANCOIS GUILLOT/AFP




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