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Société

De l'air, ouvrez les frontières !

Alpes-Maritimes. Un détenu ivoirien de 25 ans se suicide la veille de son expulsion

Samedi 27 avril, à la prison de Grasse, un jeune ivoirien de 25 ans s'est donné la mort la veille de sa « libération », synonyme d'expulsion du territoire…

mardi 30 avril

Le jeune homme était incarcéré depuis 2015 pour récidive sur des « faits d’aide à l’entrée illégale d’étrangers ». Originaire de Côte d’Ivoire, il a été découvert pendu, samedi matin, par les surveillants pénitentiaires. Une autopsie devra révéler les causes de la mort, cependant la thèse du suicide est largement privilégiée par les enquêteurs.

Les conditions de détention inhumaines et la surpopulation carcérale qui est une réalité dans toutes les maisons d’arrêt de l’hexagone sont des facteurs aggravants concernant le nombre de suicides, très élevé. Ces trois dernières semaines, trois détenus se sont suicidés en Guyane, alors qu’au moins dix ont mis fin à leur jour depuis le début de l’année, dans la région Occitanie. Non loin de Grasse, à la maison d’arrêt de Luynes, près d’Aix-en-Provence, un détenu avec de « lourds antécédents psychologiques » s’est donné la mort dimanche 28 avril. Son avocat envisage, au nom de sa famille de porter plainte contre l’administration pénitentiaire et le ministère de la Santé, car « la responsabilité de l’État est engagée ». En effet, dans l’attente d’une nouvelle expertise psychiatrique avant son procès, celui-ci n’avait pas pu voir l’expert, et avait donc été placé en détention. Il a mis fin à ses jours quelques heures après son départ de l’hôpital psychiatrique. « On préfère mettre les malades en prison plutôt qu’en hôpital psychiatrique », signifiait son avocat.

Cependant, en ce qui concerne le jeune ivoirien, il y avait semble-t-il encore pire que ses conditions de détention : sa libération synonyme d’expulsion du territoire, manu militari. L’Italie s’opposant à sa reconduction à la frontière, ce dernier allait être renvoyé dans son pays d’origine, la Côte d’Ivoire, le jour même de sa libération. Cette brutalité de la part de l’Europe forteresse, - l’Italie et la France étant parmi les États les plus durs en termes de politique migratoire – aura donc eu raison d’une vie de plus. Une Europe des frontières et des barbelés qui n’a de cesse de tuer. En 2018, au moins 2260 migrants sont morts en tentant de traverser la Méditerranée. Mais une fois cette traversée de tous les dangers accomplie pour rejoindre l’Europe, terre de leurs « rêves » alors qu’ils fuient la famine ou les guerres, les migrants se retrouvent parqués dans des centres de rétention, ou des camps avec des conditions inhumaines, au péril, une nouvelle fois, de leur vie.

Une société qui traite mieux les capitaux et marchandises que les vies humaines

Face aux élans de solidarité, la justice xénophobe est à l’œuvre en France, à l’image des « 7 de Briançon », des militants qui auraient, eux aussi, facilité la venue de migrants sur le territoire, et qui ont été condamnées de 6 mois avec sursis, à 12 mois de prison dont 4 fermes par le tribunal correctionnel de Gap. On se souvient aussi du combat de Cédric Herrou, condamné à 4 mois de prison avec sursis pour avoir « facilité la circulation et le séjour » de migrants. En décembre dernier, le Conseil Constitutionnel actait finalement que sa condamnation, conséquence de la loi Asile et immigration, était inconstitutionnelle. Un premier camouflet pour la loi « asile et immigration et son « délit de solidarité » impulsée par Gérard Collomb, qui avait, soit dit en passant, fracturé pour la première fois la majorité LREM, témoignant du virage à droite toute de l’exécutif.

Alors que les élections européennes approchent, qu’Emmanuel Macron veut se faire passer pour un « progressiste », face au « populisme de droite » que représentent Marine Le Pen et le Rassemblement National, celui-ci est tout aussi dur sur la question migratoire, prêt à condamner à une mort certaine des milliers de vies. A l’image de l’ami de Le Pen, Salvini en Italie, Macron a une politique tout aussi inhumaine, épinglée en décembre dernier par le défenseur des droits Jacques Toubon. Le scandale de l’Aquarius, qu’aucun pays européen ne voulait voir accoster sur ses côtes reste dans les mémoires. Récemment, des ONG ont attaqué la France en justice suite à l’annonce de la Ministre des Armées, Florence Parly, de faire le don de six embarcations rapides françaises à la marine libyenne pour « lutter contre l’immigration clandestine ». Comme quoi de l’argent il y en a…

Ce jeune ivoirien de 25 ans s’est donc donné la mort pour éviter une expulsion du territoire. Face à ces vies humaines déchirées, et alors que des milliards sont dépensés pour les briser, il s’agit de revendiquer la liberté de circulation et d’installation pour toutes et tous. Honte à cette société qui traite moins bien les vies humaines que les capitaux et les marchandises !

Pour approfondir :

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Crédit photo : Stringer / Reuters




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