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Extrême droite

Argentine. +300% pour le ticket de bus, Milei saigne les classes populaires

Cette semaine, le gouvernement de Javier Milei a annoncé la réduction des subventions pour les transports. Les entreprises de bus et de train ont déjà communiqué des hausses inouïes des prix des tickets, allant parfois jusqu’à 30% du salaire minimum.

Irène Karalis

22 février

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Argentine. +300% pour le ticket de bus, Milei saigne les classes populaires

Crédits photo : Barcex / Wikimedia Commons

Le gouvernement argentin a annoncé une réduction des subventions pour le transport par bus et par train dans la province de Buenos Aires ainsi que l’élimination du Fonds de compensation, des subventions reçues par les entreprises de transport dans le reste du pays. Ni une, ni deux, ces dernières ont communiqué des hausses faramineuses des prix des tickets de parfois 400% afin de faire payer aux travailleurs le coût de cette coupe austéritaire, destinée à réduire les dépenses publiques pour garantir le paiement de la dette. Cette décision du gouvernement, qui vise à mettre la pression sur les gouverneurs qui n’ont pas voté la Loi Omnibus et infligé un revers important à Javier Milei,, promet une aggravation de la pauvreté et des conditions de vie des travailleurs et de l’ensemble des classes populaires d’Argentine.

Ainsi, dans la province de Buenos Aires, le ticket de bus a connu une augmentation très importante ces derniers-mois, en passant de 49 pesos en août dernier (prix minimal) à 270 pesos, le prix du billet de train reliant la Province de Buenos Aires à la capitale a quant à lui triplé. À partir du 1er avril, le ticket atteindra les 430 pesos pour le bus et 260 pesos pour le train. En avril, il passera à 574 pesos, jusqu’à 700 pesos en juillet. À San Salvador de Jujuy, des compagnies ont monté le prix des tickets jusqu’à 1000 pesos, soit une augmentation de 300%. Dans certaines villes, les entreprises exigent des tarifs allant jusqu’à 1500 pesos ou plus.

À titre d’exemple, en se basant sur un ticket à 270 pesos, soit l’un des prix les plus bas, ainsi que sur une moyenne de deux bus pour chaque trajet et de deux trajets par jour pour un travailleur allant travailler cinq fois dans la semaine, le coût mensuel des transports atteint 21 600 pesos par mois, c’est-à-dire 12% du salaire minimum en Argentine. Si on devait comparer cette situation à celle d’un travailleur français payé au SMIC, il s’agirait d’un coût des transports de 168€ par mois environ pour un travailleur en France, soit le double d’un abonnement Navigo mensuel (déjà le plus cher de France).

Manuel, travailleur de la compagnie de bus Transporte del Oeste, témoigne ainsi auprès de La Izquierda Diario : « Ce qui touche le plus les travailleurs, c’est le coût, pour pouvoir se rendre au travail, ils doivent dépenser entre 20 et 30 % de leur salaire. Les salaires sont une misère, il n’y a pas d’augmentation de salaire. Tout augmente sauf les salaires. Ils vivent au jour le jour et ne s’en sortent pas. »

D’autant plus qu’à cette explosion des prix s’ajoute une détérioration quotidienne de la qualité des transports : « La qualité des transports est mauvaise, les unités sont très détériorées et les services ne sont pas ce qu’ils devraient être. La solution serait d’utiliser ce qui est alloué aux subventions pour les entrepreneurs afin d’offrir des transports de qualité à tous les usagers avec un prix du billet beaucoup plus bas », ajoute Manuel.

Cette explosion des prix des transports intervient alors que 3,6 millions d’Argentins sont tombés dans la pauvreté ces derniers mois (57% de la population argentine vivrait sous le seuil de pauvreté selon l’institut de l’Université Catholique Argentine) et que l’inflation était de 211% sur l’année 2023 pour 20% d’inflation mensuelle. En janvier, selon une étude de l’université Di Tella de Buenos Aires, 46,8% de la population était pauvre, soit 22 millions de personnes. La hausse massive des prix des transports participe à la fragilisation extrême des plus précaires du pays. Cette situation pourrait devenir un facteur d’aggravation de la condition sociale de nombreux ménages, travailleurs, précaires et étudiants et fait partie des raisons les plus importantes parmi celles évoquées dans le rejet actuel du gouvernement par une partie de la population, alors que les couches populaires de l’électorat Milei feront partie des plus impactées par la crise.

Certains secteurs ont d’ores et déjà commencé à s’organiser contre la hausse des prix des transports, à l’image de la commission étudiante Unidxs x la Cultura regroupant des étudiants de plus de 31 établissements d’enseignement qui a décidé d’organiser un « molinetazo », c’est-à-dire un saut massif des tourniquets le 1er mars. Luca Bonfante, étudiant en histoire, explique ainsi : « l’augmentation des prix des transports est une attaque contre le droit à l’éducation. Comment les étudiants vont-ils pouvoir se rendre dans les universités ? ». Le collectif défend en ce sens un ticket d’étude gratuit et universel afin de permettre à tous les étudiants de se déplacer gratuitement.

Comme l’explique Gastón Remy, économiste et député provincial du PTS/FIT-U (Parti des Travailleurs Socialistes, membre du front électoral, Front de Gauche et des Travailleurs), les coûts des transports peuvent facilement être couverts par la valeur actuelle du ticket, laissant même une marge de profit aux entreprises. En réalité, les compagnies empochent des bénéfices extraordinaires grâce aux subventions, la hausse des prix ne vise qu’à maintenir ces marges. C’est en ce sens que le Parti Socialiste des Travailleurs, l’organisation sœur de Révolution Permanente en Argentine, exige l’ouverture et la publication des comptes des entreprises afin d’avoir une connaissance réelle des coûts et des investissements et de déjouer les manœuvres des entreprises des transports.

L’organisation revendique dans le même sens la nationalisation des entreprises actuelles et la centralisation des transports publics au sein d’une entreprise publique unique contrôlée par les travailleurs et les usagers. Un tel contrôle ouvrier et populaire permettrait de planifier les itinéraires et d’offrir un service de qualité et accessible à tous et mettant au centre la mise en œuvre d’un service public essentiel à la vie de millions de travailleurs et travailleuses. Un programme qui implique l’organisation à la base des travailleurs des transports et des usagers en coordination avec les assemblées de quartier pour affronter les plan d’austérité de Milei.


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