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COVID-19

Au Maroc, dans les centres d’appel « La seule mesure sanitaire est une bouteille de désinfectant aux toilettes »

Le Maroc compte 110000 salariés dans le secteur de l' « offshoring », dont une bonne partie travaillent dans des centres d'appels, souvent au service des multinationales françaises. Dans ceux-ci, les travailleurs sont souvent plusieurs centaines sur les mêmes plateaux, ce qui en fait des potentiels foyers de contamination très importants. Nous avons recueilli le témoignage d'une travailleuse de l'un d'eux.

samedi 21 mars

Dans notre centre d’appel, on est plus que 600 personnes. Depuis hier, je n’ai pas pu aller au travail. Je paniquais et je ne pouvais pas travailler dans de telles conditions : nos postes de travail sont très rapprochés les uns des autres. La seule mesure d’hygiène est la bouteille de désinfectant disponible aux toilettes. Pour le moment, nous avons un seul micro-onde pour 600 personnes, et nous mangeons dans le même espace. Et les postes de travail ne sont pas nominatifs, c’est-à-dire que n’importe quelle personne peut utiliser les outils informatiques de ton bureau si tu le quittes même pour 5 minutes. Hier, je suis allée demander un congé vu que j’ai un reliquat de 12 jours, mais ils ne veulent pas m’en attribuer un, même sans solde. Ils exigent un certificat médical même dans ce contexte actuel où tu ne peux pas accéder aux hôpitaux si tu n’es pas dans une situation sanitaire critique.

Mardi, quand j’étais absente, mes collègues m’ont dit que personne n’a voulu passer les appels les matins, suite à quoi la direction les a convoqués en essayant de calmer les choses. Avant le confinement, la direction nous a distribué des formulaires pour voir si nous voulions faire du télétravail. Je ne sais pas à quoi ça a servi, car la responsable RH est venue nous dire juste après que c’était impossible pour nos activités qu’elles soient faites à distance. En revanche, les activités de la direction seront possibles par le télétravail... Pour ma part, je reste confinée chez moi. Je risque le licenciement, mais je suis consciente que pour les entreprises, les profits passent avant nos vies et celles de nos proches.

Crédits photo : Fadel Sena




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