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Politique

Crise « par en haut »

Avec la loi sécurité globale, la macronie s’offre une nouvelle crise politique

A l'offensive sur le terrain sécuritaire, le gouvernement se retrouve aujourd'hui placé à la défensive. Des polémiques, l'émergence d'un mouvement contre la loi sécurité globale, mais aussi une défiance forte au sein de sa propre majorité : le cocktail d'une crise politique, qui pourrait coûter cher à l'exécutif.

mercredi 2 décembre 2020

De l’offensive sécuritaire, autoritaire et raciste à la crise politique désormais ouverte, la macronie se retrouve aujourd’hui au cœur de la tempête. L’origine ? La mobilisation contre la loi sécurité globale, qui tend à se massifier, partant de quelques milliers de manifestants à plusieurs centaines de milliers samedi dernier, dans un contexte général de crise sanitaire, économique et sociale. La mobilisation sociale, combinée aux images choquantes du tabassage en règle du producteur de musique Michel Zecler, a ramené sur le devant de la scène la question des violences policières, remises au placard par l’instrumentalisation de l’assassinat horrible de Samuel Paty et des liberté publiques. Hanté par le spectre des Gilets jaunes, Macron a bien compris que ce texte liberticide pouvait jouer le rôle de l’étincelle embrasant une gigantesque poudrière. C’est tout le sens de la « réécriture » de l’article 24 : Lâcher du lest pour sauver la loi, et la face.

Pourtant, la « reculade », même de façade, a également ouvert la crise « par en haut », au cœur même de la macronie. Olivier Faye et Alexandre Lamarié expliquent, dans un article du Monde, que « la controverse autour de la proposition de loi sur la « sécurité globale », qui prévoit à son article 24 de pénaliser la diffusion malveillante d’images de policiers, s’est embrasée au point d’opposer deux hommes-clés du dispositif présidentiel : le Premier Ministre, Jean Castex, et le Président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand ». L’annonce de la mise en place d’une commission ad hoc par Gérald Darmanin, qui a dû rétropédaler, combinée à la réécriture annoncée de l’article 24 que les députés LREM ont déjà voté, a ainsi approfondi le fossé entre l’Exécutif et sa majorité au Parlement. « La crise n’a fait que des perdants et laissera des traces dans la majorité. Les députés La République en Marche (LREM) sont échaudés tandis que les oppositions ont crié au mépris du Parlement. Jean Castex se retrouve fragilisé au sein même de sa majorité parlementaire et Gérald Darmanin, à l’origine de cette commission, de plus en plus contesté, alors que sa ligne politique vient heurter le barycentre du macronisme » explique ainsi Grégoire Poussielgue dans Les Echos.

La loi sécurité globale jouera-t-elle le rôle de la polémique sur la déchéance de nationalité qui a définitivement acté la rupture de Hollande avec le « peuple de gauche » ? Seul le temps, et la suite des événements en particulier sur le terrain de la lutte des classes donnera la réponse. Il est cependant clair que, dans une majorité qui s’est largement érodée au sein de l’Assemblée nationale depuis 2017, la crise actuelle rend tout à fait possible la cristallisation d’une « fronde » made in LREM, sur la gauche comme sur la droite.

Mais un autre risque guette Macron dans cette affaire, celle de la paralysie politique synonyme d’une remise en question de sa tactique à rogner sur le centre droit, en axant sur les aspects d’une politique régalienne. Ayant pour l’heure simplement affiché son soutien au projet de loi, la droite attend aujourd’hui l’opportunité politique qu’une « reculade » offrirait pour attaquer Macron sur la question sécuritaire sur laquelle Macron semble avoir fait « tapis » pour l’élection présidentielle. Comme l’explique François-Xavier Bourmaud et Mathilde Siraud dans le Figaro, « pour l’heure, pas question de reculer face à l’offensive de la gauche. D’autant que la droite et l’extrême droite attendent en embuscade, prêtes à intenter un procès en laxisme au chef de l’État au moindre signe de reculade. Tout le problème des impasses ». En d’autres termes, l’Exécutif se retrouve coincé entre la trajectoire suivie par sa propre politique, visant à grignoter la base sociale de la droite, et la colère ouverte de sa majorité, qui s’estime malmenée et partiellement en désaccord avec le texte lui-même.

Dans ce contexte général, le gouvernement se trouve donc affaibli, ce qui représente une opportunité réelle pour le mouvement social. Au-delà de 2022, c’est bien la fin du quinquennat qui est potentiellement en train de se jouer, et une victoire sur le terrain de la loi sécurité globale pourrait changer radicalement la donne. C’est pourquoi il s’agit non seulement d’exiger le retrait total de la loi sécurité globale, mais également l’abrogation de l’ensemble des lois liberticides et racistes, ainsi que l’abandon du projet de loi « séparatisme », ouvertement islamophobe. Pour cela, il est indispensable que le mouvement se structure à la base, par de grandes assemblées générales décisionnaires, et par la mise en branle du mouvement ouvrier, contre les licenciements et l’offensive sécuritaire du gouvernement. C’est par l’engagement du rapport de force à ce niveau, par la grève et la mobilisation de rue, qu’il sera possible d’ouvrir les voies de la contre-offensive contre l’ensemble de la politique réactionnaire de Macron sur tous les plans : sanitaire, économique et social.




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