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Politique

« Beauvau de la sécurité » : vers un renforcement répressif pour canaliser la colère des policiers

Lundi à 15h s’est ouvert le Beauvau de la sécurité prévu par Darmanin et promis par Macron. Un grenelle dont l’objectif affiché est une « réforme » de la police, et dont l’objectif non-assumé et sous-jacent est un renforcement de l’institution policière avec au programme, notamment, une augmentation des financements pour la police et la gendarmerie, des effectifs et des équipements.

mardi 26 janvier

Crédits photo : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

En cette fin de mois de janvier, le gouvernement inscrit donc cette nouvelle année dans la droite lignée de 2020, raffermissant une fois de plus son offensive sécuritaire et autoritaire.

Dans un contexte de forte mobilisation contre la loi sécurité globale en automne dernier, et plus largement d’une remise en cause de l’institution policière, le chef de l’Etat, lors d’une interview sur Brut le 4 décembre, avait fini par reconnaitre à demi-mot l’existence de violences policières et des contrôles au faciès. S’en suivi de ces annonces un tollé chez les syndicats de police qui, pour exprimer leur mécontentement et balayer les accusations de contrôle au faciès ont organisé des « non-contrôles » d’identité en remettant des attestation de non-contrôle à des passants en Île-de-France.

D’où, afin d’apaiser cette colère et renouer avec son bras armé, le gouvernement, à commencer par Darmanin et suivi de près par Macron, a annoncé la tenue d’un « Beauvau de la sécurité », une sorte de Grenelle de la police dont l’objectif affiché est de préparer une réforme de la police. Les discussions auront lieu jusqu’au mois de mai et permettront d’élaborer la prochaine loi d’orientation de la sécurité intérieure.

Le premier rendez-vous de ce grenelle de la police se déroule donc à huis clos ce lundi 25 janvier place Beauvau, en présence du ministre de l’intérieur et des syndicats de policiers y compris Alliance et l’Unssa qui ont finalement répondu à l’appel après avoir qualifié ce Beauvau « d’indécent ». Outrage et offense pour les deux plus gros syndicats policiers qui ont tout de suite exigé que soit ajouté aux « sept chantiers » présentés par Darmanin pour ce projet de réforme de la police, la réponse pénale. Autrement dit, la contrepartie à la participation d’Alliance et l’Unssa à ce Beauvau de la sécurité était la promesse de garanties sur la protection des policiers, notamment en matière judiciaire. Un ultimatum devant lequel le gouvernement a rapidement concédé, courbant l’échine pour éviter de froisser davantage son appareil répressif.

Ouverture du Beauvau de la sécurité ou l’annonce d’une nouvelle année placée sous le signe de la police

L’horoscope en ce début d’année 2021 semble donc plutôt positif pour la police, qui continue à bénéficier d’un alignement gouvernemental des astres particulièrement favorable. Le gouvernement étant, il faut le souligner, particulièrement réactif lorsqu’il s’agit de répondre aux demandes et injonctions de son bras armé. Et pour cause, comme nous l’avons vu, avant même que le Beauvau de la sécurité ne commence, le ministère de l’intérieur avait déjà offert aux syndicats de police des garanties d’importance ; comme l’expliquait Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d’Alliance Police nationale, pour justifier le fait que finalement le syndicat aller participer aux discussions : « Pour l’instant, le ministre a répondu en tout point à nos attentes ».

Ainsi, figure désormais, au programme de ce grenelle de la police, la réponse pénale qui pourrait possiblement, selon les souhaits d’Alliance notamment, donner lieu à la création d’une peine pour les « incivilités » commises à l’encontre des policiers qui seraient donc requalifiées de crimes et délits. Une possibilité qui s’ajoute à l’augmentation importante et déjà prévue de près d’1,5 milliards d’euros de budgets supplémentaires consacrés à la police, en particulier pour des équipements et pour la formation, au titre des « chantiers » relatif à la formation des policiers et des moyens et conditions de travail.

Une telle augmentation qui s’inscrit dans la stratégie du gouvernement qui, sur fond de mobilisations massives contre ses lois liberticides, dévie la question des violences policières et du racisme systémique - remise au centre récemment - vers la question de supposées violences subies par des policiers pourtant déjà surarmés et suréquipés. Cette réforme de la police qui vise à assurer de meilleures conditions de travail aux policiers se traduit donc par l’accroissement des moyens donnés à l’institution policière pour assurer sa fonction répressive.

Maquiller le renforcement de l’arsenal répressif par la « réforme » : la feuille de route du Beauvau sécurité

De BLM à l’affaire Michel Zecler, en passant par l’expulsion ignoble de réfugiés place de la République la police n’en finit plus d’être démasquée. Des dénonciations alimentant la colère contre les violences policières qui s’est cristallisée contre le projet de loi Sécurité Globale et qui a rassemblé plusieurs centaines de milliers de personne partout en France en novembre et décembre dernier.
Face à la crise de l’institution policière, le gouvernement répond sans surprise par un renforcement autoritaire dans laquelle s’inscrit ce grenelle de la police dont les contours répressifs se dessinent dores et déjà.

Ainsi, la mise en place et l’ouverture de ce Beauvau de la sécurité montre que derrière les quelques concessions symboliques de Macron sur les violences policières, le gouvernement ne compte pas reculer dans son agenda répressif. L’objectif non assumé de ce Beauvau de la sécurité étant de parachever, en 2021, l’édifice autoritaire que le gouvernement avait déjà contribuait à renforcer tout au long de l’année 2020. Darmanin a d’ailleurs été assez clair à ce sujet lors de son audition devant les parlementaires fin novembre, puisqu’il a indiqué qu’il s’agit de « donner à la police et la gendarmerie nationale les moyens de l’exemplarité qu’on exige d’eux ».

Ce « Beauvau » chercher donc à renforcer l’appareil policier les violences policières dans les quartiers populaires qui vont avec, ainsi que celles qui s’abattent sur les mouvements sociaux et sur les piquets de grèves du mouvement ouvrier. D’où l’importance face à cette vague de répression, d’instaurer un rapport de forces conséquent, ce qui passera nécessairement par une mobilisation massive dont la prochaine échéance est samedi 30 janvier prochain.




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