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Bilan d’une nouvelle méga-panne au Vénézuela : incertitude et crise du secteur électrique

Une nouvelle méga-panne eu lieu ces derniers jours au Venezuela. C'est l'occasion de faire un retour sur la situation du secteur de la production énergétique dans le pays.

mardi 2 avril

Depuis la crise de la méga-panne du 7 mars dernier, le Venezuela a été frappé par une autre panne d’électricité majeure et plus de la moitié du pays, y compris Caracas, a été touchée par une nouvelle panne d’électricité dans une situation que les autorités sont incapables de stabiliser.

On estime qu’environ 60 % de l’infrastructure des télécommunications du pays est hors ligne. L’approvisionnement en eau a également été interrompue depuis l’après-midi du lundi 25 mars, des heures après la panne, et n’a pas été rétabli jusqu’à présent. Cette nouvelle panne généralisée se produit moins de trois semaines après la précédente, au cours de laquelle pratiquement tout le pays avait été plongé dans l’obscurité lors de ce qui a été considéré comme la pire panne de courant de l’histoire du Venezuela.

Le gouvernement de Maduro continue d’affirmer que la situation actuelle de crise est due à des attaques et des sabotages du système électrique et surtout du principal barrage hydroélectrique du pays, le Guri. Rien ne peut être exclu dans le cadre de l’agression de l’impérialisme et de l’offensive de coup d’Etat qu’elle soutient.
Pourtant, au milieu de l’effondrement économique, le désarroi est réel quant à la principale industrie du pays, l’industrie pétrolière, qui a vu sa production tomber à pratiquement un tiers de ce qu’elle produisait il y a quelques années. Il est effectivement très probable que les pannes constantes qui maintiennent une grande partie du pays dans le noir soient dues à la détérioration constante du parc de production électrique et au manque d’investissement dans l’intégralité de son système, tant en termes de production que d’approvisionnement des villes et communes du pays.

Pendant de nombreuses années, cette situation a été signalée à la fois par les travailleurs eux-mêmes, techniciens et spécialistes, et même par d’anciens fonctionnaires du gouvernement. Le parc national d’électricité est composé de centrales hydroélectriques et thermoélectriques, la part de la production par d’autres moyens étant très faible. Ses infrastructures sont principalement situées dans la région du Guayana, où opèrent les plus grands complexes hydroélectriques du pays.
Cela fait déjà plusieurs années que dans différentes régions du pays les fortes pannes de courant de plusieurs jours sont signalées. Ce qui est nouveau, c’est l’extension de la coupure à niveau national.

Différents rapports d’enquêtes journalistiques et académiques, fournissent des données abondantes sur la détérioration du système électrique national au cours de toutes ces années, ainsi que sur l’énorme quantité de ressources qui, en théorie, seraient utilisées pour l’améliorer. Les cas de corruption dans ce secteur sont majeurs, comme le fameux cas du parc éolien promis de La Guajira, avec un investissement de 225 millions de dollars et qui n’aura jamais vu le jour. Cette situation avait déjà il y a de nombreuses années poussé le gouvernement à décréter l’ « urgence électrique », ce qui avait permis d’affecter davantage de ressources au secteur ainsi que de financer la militarisation de ses installations. (C’est d’ailleurs l’un des aspects qui attire l’attention autour de la théorie d’un incendie dans la zone du barrage de Guri, alors même que celle-ci est sous contrôle militaire.)

Face à cette catastrophe, l’opposition de droite ne perd pas de temps pour profiter de la situation. Le premier élément de programme de son plan national n’est autre que la dénonciation de la situation énergétique actuelle supposément liée à l’échec des politiques d’un prétendu "socialisme". En réalité, la droite va à l’encontre de la propriété publique et de la gestion de l’État. Elle soutient que c’est l’échec des politiques dans lesquelles des services tels que l’électricité, le gaz et l’eau sont entre les mains de l’État, et que la solution est qu’ils passent aux mains du secteur privé. Le vieil argument des années 1990 est connu : lorsque la vague néolibérale touchait le continent des mains de gouvernements alignés à Washington et ouvrait une étape de privatisation historique des secteurs publics, y compris au Vénézuela.
Le « Plan pays » n’est rien de plus qu’un néolibéralisme rechargé, qui propose simplement la vente aux enchères du pays pour que le capital transnational et national puisse prendre le contrôle de pans entiers de l’économie, ainsi que le passage des services publics à la rationalité du profit capitaliste. L’"entrée massive d’investissements" et la "gestion privée" des services font partie des définitions proposées par le plan de la droite et soutenu par l’interventionnisme impérialiste. Elles n’envisagent que la poursuite de la paupérisation de la population vénézuelienne.

En vérité, la seule politique progressiste est que les entreprises de ces services continuent d’être des biens publics mais que, plutôt que d’être gérées par cette caste de bureaucrates corrompus et anti-travailleurs, civils et militaires, elles le soient directement par les travailleurs et les usagers. Seule une telle solution permettrait qu’ils soient réellement au service des besoins des travailleurs et du pays, où de larges parts de la population souffrent du manque de ces services élémentaires, alors même que le Venezuela est doté de ressources naturelles de toutes sortes.
Comme nous l’avons déjà dit, même lorsque le gouvernement parle de sabotage, il est incapable de prendre les mesures anti-impérialistes les plus élémentaires. La population quant à elle souffre déjà des calamités d’une catastrophe économique qui dure depuis de nombreuses années, avec une pénurie de produits essentiels et un processus hyperinflationniste accompagné de méga-dévaluations de la monnaie qui ont réduit à néant les revenus des travailleurs et des secteurs populaires, cette situation s’ajoute au manque d’eau et aux problèmes de communication.
En réponse, le président bolivarien a annoncé la mise en place d’un rationnement de l’électricité sur 30 jours le temps de reconsolider la distribution électrique, ce en annoncant la fermeture des écoles et la réduction de la journée de travail jusqu’à 14h dans les secteurs privés tout comme dans le public.

Le gouvernement insiste sur le sabotage, mais se tait sur le démantèlement de l’industrie pétrolière pour faire face aux paiements importants de la dette extérieure et à la grande fuite des capitaux qui pendant plus d’une décennie a détourné les richesses du pays. Les niveaux d’effondrement, sans nier les scénarios décrits par Caracas de liaison avec un sabotage des mains de l’impérialisme, doivent en ce sens aussi questionner sur la dégradation de l’indépendance énergétique du principal producteur de pétrole sud-américain pour n’avoir jamais rompu avec les éléments de dépendance à des mécanismes d’asservissement comme la dette extérieure et la fuite de capitaux qui correspondent à un pillage des richesses du pays, et en somme à la non rupture avec le capitalisme.

Comme nous l’avons expliqué à de nombreuses reprises sur Révolution Permanente, il faut dénoncer avec force la politique impérialiste de Trump à travers l’imposition de son pantin Guaido qui cherche à profiter de la profonde crise de régime et de modèle du gouvernement Maduro qui n’a jamais mis en place les mesures d’auto défense de l’indépendance nationale comme la rupture avec la dette extérieure du pays et la fuite des capitaux, tout comme celle avec le capitalisme. Ceci nous pousse à dénoncer avant tout la politique impérialiste et ses alliés sans que cela n’engage un appui politique au gouvernement de Maduro.

Pour approfondir, lien vers la déclaration d’organisations révolutionnaires de travailleuses et de travailleurs, de femmes et de jeunes de différents pays d’Amérique latine, d’Europe et des Etats-Unis qui composent la Fraction Trotskyste pour la Quatrième Internationale (FT-QI).

Crédit photo : AFP / Yuri Cortez




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