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Bordeaux. Mouvement inédit à l’aéroport de Mérignac : 4 jours de grèves pour imposer 300€ d’augmentations

Ce vendredi 8 juillet avait lieu la première journée d’une grève inédite à l’aéroport de Mérignac. Dans un contexte de forte inflation, 80 grévistes - dont une majorité non syndiquée et de primo-grévistes - viennent d’entamer dans une ambiance combative une grève de 4 jours et construisent le rapport de force face à la direction.

vendredi 8 juillet

Crédit photo : Révolution Permanente

« Aéroport en grève ! ». Impossible de les louper en arrivant à l’aéroport : une cinquantaine d’employés du très grand aéroport de Mérignac font entendre leur voix et distribuent des tracts aux usagers à l’entrée du site pour informer de leur mouvement. Chant, musique et moment de convivialité, plusieurs secteurs de la société aéroportuaire de Bordeaux-Mérignac des techniciens, aux informaticiens en passant par la maintenance se sont retrouvés ce vendredi et indéniablement cette mobilisation s’inscrit dans un cadre inédit.

Pour Pierre Bergot, délégué syndical de FO qui soutient la grève, c’est une première depuis un moment à Bordeaux : « Ce n’est pas arrivé depuis longtemps, ce n’est pas dans les mœurs habituellement à l’aéroport de Bordeaux. C’est très significatif ». Même son de cloche chez un travailleur avec seize ans d’ancienneté qui témoigne pour Révolution Permanente : « La colère s’accumule et c’est la première fois depuis longtemps qu’il n’y a pas eu un tel mouvement. La direction ne s’y attendait pas. Nous sommes 80 grévistes à avoir décidé de faire grève sur 4 jours et cela les dérange. » Pour cause, selon le Sud-ouest, la grève n’est pas sans conséquences : 28 % des vols ont été annulés ce vendredi.

Un mouvement inédit aussi par sa composition : les travailleurs sont majoritairement non syndiqués et pour une bonne partie primo grévistes. Comme l’explique à notre micro une agente technicienne : « J’ai 43 ans, c’est la première fois que j’ai à faire un mouvement de grève. Je suis contente de travailler sur le site, il y a une bonne ambiance et bienveillance entre collègues. Pourtant le souci, c’est que le salaire ne suit pas. Les grilles salariales datent de plus d’une dizaine d’années. Avant avec les primes et les salaires, c’était correct. Là, la nouvelle direction nous a expliqué qu’on ne toucherait plus les primes d’avant. Alors avec l’inflation actuelle et celle à venir, les salaires ont baissé. Personnellement, si j’étais seule, je ne pourrais pas élever mes enfants. Dans ce mouvement il y a beaucoup de primo-grévistes qui dénoncent des salaires beaucoup trop bas. »

Il faut dire que les conditions de travail à l’aéroport ne cessent de se dégrader et le mépris de la direction de se renforcer. Comme nous le rapporte le délégué syndical FO : « Il y a des gros soucis de sous-effectifs et de manque de moyens à l’aéroport qui nous empêchent de faire correctement notre travail. Par exemple, nous avons un accueil d’information à l’aérogare, mais il n’y a pas de salariés ; les techniciens qui travaillent sur piste n’ont pas le matériel adapté ou très peu. On fait avec ce qu’on a et cela dure depuis trop longtemps. Il y a aussi une problématique d’illégalité des accords locaux : des heures supplémentaires qui ne sont pas payées et on ne peut pas l’accepter. Les élus ont alerté dessus, les salariés aussi, l’inspection du travail aussi, la médecine du travail sur le manque d’effectif et ses conséquences, mais à ce jour la direction n’a toujours rien fait. C’est pour ça que nous sommes en grève aujourd’hui. »

La reprise après la phase Covid a participé à cette montée de colère chez les salariés. En particulier la Rupture de Convention Collective qui a vu le départ de plusieurs directeurs « les poches bien remplies d’argent » selon des grévistes . Toujours selon l’agente technicienne, « avec la nouvelle direction, on pensait aller vers des meilleurs horizons, mais aujourd’hui on aboutit toujours à rien. La colère n’a fait que monter jusqu’au mouvement d’aujourd’hui. »

S’alignant sur la revendication de l’inter-syndicale nationale, les grévistes revendiquent donc 300 euros d’augmentations bruts sur les salaires, l’augmentation des effectifs et des moyens aux niveaux nécessaires, mais aussi la fin des pratiques illégales de la part de la direction. Au cours du rassemblement, les grévistes se sont réunis afin de prendre une décision sur la suite du mouvement après le dernier retour des négociations. À main levée, ils ont décidé majoritairement que les propositions de la direction étaient insuffisantes afin de lever le préavis de grève. À ce titre, Pierre Bergot explique que « les négociations sont au point mort, les retours sont insuffisants pour lever la grève aujourd’hui, en particulier sur le volet salaire. On continue la grève jusqu’à lundi et si la direction n’entend pas les revendications, il est tout à fait possible que les salariés lancent d’autres mouvements de grève dans les temps à venir. »

Ainsi, cette mobilisation fait écho au mouvement historique qui est en train de secouer l’aéroport de Roissy à Paris pour l’augmentation des salaires. Alors que l’inflation est partie pour durer et élargir son étau, il est plus que jamais nécessaire de construire le rapport de force pour la hausse des revenus. Celui-ci passera par l’auto-organisation des travailleurs à la base pour amplifier et étendre la mobilisation afin d’imposer à la direction les revendications. Le caractère inédit de cette grève, si il est significatif de l’instabilité économique et sociale, est aussi le symptôme surtout qu’une frange des travailleurs relève la tête et compte reprendre leurs affaires en mains.



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