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Du Pain et des Roses

Violences sexistes et sexuelles

Bordeaux. “Où est Angela ?” : encore une mesure cosmétique pour lutter contre le harcèlement de rue

La mairie de Bordeaux a adopté le dispositif “Où est Angela ?”, travaillant avec les établissements de nuit pour lutter contre le harcèlement de rue et l’insécurité. Une mesure loin d’être suffisante et décrétée par la même mairie qui expulse en parallèle à vitesse record des centaines de femmes précaires et d’enfants de leur lieu de vie.

vendredi 3 septembre

Désormais, dans les villes de Amiens, Nîmes, Rouen, Caen, Reims et Bordeaux, les personnes se sentant en situation d’insécurité ou de harcèlement pourront trouver refuge dans des établissements présentant un logo Angela, en donnant le code "Où est Angela ?” afin que les responsables des lieux les abritent et contactent un membre de sa famille, un taxi ou les forces de l’ordre selon la gravité des faits”.. A Bordeaux, une dizaine de commercesengagés auprès de la mairie” participent à l’initiative, inspiré du dispositif anglais “Ask for Angela”. Cette initiative, en apparence progressiste, 4 ans après la vague de témoignages #MeToo, n’est cependant pas la solution miracle pour lutter contre les agressions sexistes et sexuelles.

Le harcèlement de rue est très souvent instrumentalisé par le gouvernement pour augmenter le dispositif policier et la répression dans les quartiers populaires, comme en témoignent les “quartiers sans relous” de Marlène Schiappa. Ainsi, le gouvernement se concentre sur le harcèlement de rue afin de légitimer ses mesures racistes, sécuritaires, occultant le caractère systémique de ces violences, renforçant le fait qu’il ne peut pas être notre allié dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. De ce fait, le patriarcat se matérialisant dans la rue, mais également dans les bureaux, les foyers, ne pourra être éradiqué que si les femmes s’organisent en totale indépendance de l’Etat, qui est le premier responsable de ces violences. 

De plus, le fait que la mairie de Bordeaux, derrière une image progressiste, adopte cette mesure est d’autant plus hypocrite puisqu’elle expulse, main dans la main avec la préfecture, des dizaines de femmes et de familles de lieux de vie, comme récemment avec L’Éclaircie/La Vie est belle, sans solution pérenne de relogement et dans une situation de précarité extrême. Il s’agit seulement pour le maire EELV, Pierre Hurmic, d’une opportunité pour prétendre soutenir les femmes contre les violences sexistes et sexuelles, à l’image de sa présence au rassemblement en hommage à la 58e victime de féminicide de l’année, Sandra, tuée dans l’agglomération bordelaise. 

Qu’il s’agisse d’une initiative de la mairie ou bien des établissements, cette mesure ne pourra pas mettre un terme aux violences sexistes et sexuelles puisque plus de 90% des violences sexuelles sont perpétrées par une personne connue de la victime. Bien que ce dispositif permettra sans aucun doute à une poignée de personnes d’échapper à des situations dangereuses ainsi que de se sentir plus en sécurité à proximité de ces quelques établissements participants, il ne pourra pas venir à bout du harcèlement, ni du sexisme systémique, qui ne s’arrête aux portes des foyers et des lieux de travail. Les agressions sexistes et sexuelles, le harcèlement dans la rue ne sont pas des gestes isolés, il ne s’agit pas de se défendre contre un agresseur individuel lorsque ces gestes sont le fruit d’une longue chaîne de violences envers les femmes et les personnes LGBTI, principales victimes du patriarcat. Il est donc nécessaire que pour mettre un terme au harcèlement de rue mais également à toutes les oppressions dont il découle, les femmes, personnes LGBTI et travailleuses s’organisent pour leurs droits, sans aucune illusion dans les institutions responsables de leur précarisation, leur répression et leur oppression !




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