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Politique

Justice pour toutes les victimes de la police

Boubacar et Fadjigui, tués au Pont-Neuf : le policier a tiré dans le dos d’après l’enquête

Alors que le policier responsable de la mort de deux jeunes sur le Pont-Neuf à Paris le 24 avril dernier invoque la légitime défense face à une voiture "qui leur fonçait dessus", les éléments de l’enquête auxquels a eu accès Médiapart révèlent que l’agent a tiré sur le côté et à l’arrière du véhicule où se trouvait les victimes. Des révélations qui viennent mettre à mal la défense des policiers.

mercredi 15 juin

Crédits : Ludovic Marin/AFP

Ils s’appelaient Boubacar et Fadjigui et étaient âgés respectivement de 31 et 25 ans. Les deux frères ont été tués à Paris le 24 avril dernier lors d’un contrôle de police au niveau du Pont-Neuf. Armé d’un fusil d’assaut, l’un des agents a ouvert le feu une dizaine de fois sur le véhicule des jeunes, entrainant leur mort et blessant le passager qui se trouvait à l’arrière. Le policier à l’origine du tir, Quentin L., invoque la légitime défense, prétextant que la voiture qui aurait tenté d’échapper au contrôle des agents, allait lui foncer dessus.

Une enquête qui contredit la version du policier mis en cause

Mais les premiers éléments de l’enquête auxquels ont eu accès Médiapart et Libération viennent contredire cette version : « Les premières analyses balistiques réalisées sur la voiture révèlent des impacts de face, mais aussi sur le côté et à l’arrière, alors que le véhicule avait dépassé Quentin L. et ne représentait plus de danger. Selon les constats des médecins légistes, ce sont ces dernières balles qui ont provoqué la mort des deux victimes. », rapporte ainsi Médiapart.

Fadjigui, le conducteur, a en effet été touché à l’arrière de la tête, ainsi qu’« au thorax et aux membres inférieurs, par quatre ou cinq balles au total », selon le rapport de synthèse de l’IGPN, mentionné par le quotidien. Boubacar, le passager tué, a quant à lui reçu trois balles dont l’une dans le thorax, qui a provoqué sa mort. De plus, Médiapart rapporte « des incohérences dans les positions décrites par les policiers », tandis que deux témoins de la scène, expliquent avoir vu le policier qui a ouvert le feu sur le côté du véhicule, au niveau de l’aile, et non pas devant comme le sous-entendent le policier et la plupart de ses collègues.

Des éléments de l’enquête viennent également contredire le fait que le policier aurait tiré sur la voiture en fuite, l’un des agents estimant « que les tirs n’ont pas fait suite au démarrage de la voiture, mais ont été simultanés, voire l’ont précédé ». Un témoin qui fumait une cigarette à quelques mètres de la scène explique également que la voiture ne serait pas partie en trombe, qu’il n’a « pas entendu d’accélération ou de vrombissement du moteur ».

La sœur des deux victimes qui a porté plainte pour « homicide volontaire » dénonce ce drame ainsi que l’attitude de l’agent mis en cause : « En visant dans la tête, surtout avec une arme de guerre en l’occurrence, le policier savait qu’il allait tuer la personne. Pour moi, ils avaient l’intention nette et précise de tuer mes frères. »

La légitime défense systématiquement évoquée comme permis de tuer

Après la mise en examen du policier Quentin L., pour « homicide volontaire », à l’encontre du conducteur, « violences volontaires ayant entraîné la mort » concernant le passager décédé, et « violences volontaires » à l’encontre du passager arrière, le syndicat de police Alliance, avait manifesté le 2 mai place Saint-Michel en soutien. La légitime défense est en effet une notion chère aux syndicats de police, qui réclament sans cesse l’extension de son cadre, telle un permis de tuer.

Cet argument est en effet systématiquement mis en avant par la police pour justifier les morts pendant ses interventions et n’est pas sans rappeler le décès plus récent de Rayana, 21 ans, tuée le samedi 2 juin à Clignancourt par des policiers à vélo. Elle se trouvait à bord d’une voiture dont le conducteur était contrôlé pour un simple non-port de ceinture, et qui ayant pris peur, avait refusé de s’arrêter. Son amie, présente lors du drame, confiait la semaine dernière à France Info sa colère : « les policiers auraient pu faire autre chose […] ils n’étaient pas obligés de tirer directement. Il y avait des bouchons, la circulation, le véhicule ne pouvait pas aller bien loin. […] je ne connaissais pas le conducteur, mais je pense que cela peut arriver à tout le monde d’avoir un coup de stress. »

Quelques semaines avant Rayana et Boubacar et Fadjigui, c’est un autre homme, Jean-Paul Benjamin, 33 ans, qui a été tué en croisant sur son chemin la police. Cet habitant de Sevran se trouvait au volant d’une fourgonnette lorsque, selon les éléments de l’enquête, un policier de la BAC lui a tiré une balle atteignant le dossier de son siège, d’arrière en avant, contredisant la thèse de l’agent qui plaide la légitime défense.

L’usage des armes à feu en hausse

Alors que l’extension de « ce permis de tuer » est une revendication chère aux syndicats de police et à la droite et l’extrême-droite, on assiste en France à un recours de plus en plus fréquent aux armes à feu par les forces de l’ordre, suite à la loi du 28 février 2017 « relative à la sécurité publique », adoptée sous le quinquennat de François Hollande, qui étend le cadre de l’usage de la légitime défense.

Ainsi, même l’IGPN, pourtant première à camoufler ou minimiser les violences commises par la police, rapporte en août 2018, dans la foulée du passage de la loi, une hausse de 54 % de l’usage des armes à feu par rapport à l’année précédente.

Toutes les affaires citées ont été marquées par le mensonge, des collègues cherchant à se couvrir, ou encore une offensive médiatique visant à stigmatiser les victimes et à justifier parfois les morts par les refus d’obtempérer. Nous ne pouvons faire confiance à la police et en ses institutions : sa raison d’être est de réprimer les secteurs populaires, la jeunesse et les travailleurs. Justice pour toutes les victimes de la police !



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