^

Monde

Excuser le nazisme ?

Brésil. Pour Bolsonaro, la Shoah peut être « pardonnée »

Le président brésilien d'extrême droite Jaïr Bolsonaro a déclaré, devant un parterre de pasteurs évangélistes, que la Shoah était pardonnable. Par ces déclarations, le président brésilien se montre une nouvelle fois à la pointe du mépris des morts causés par des carnages guerriers, le fascisme et les dictatures.

mardi 16 avril

Le vendredi 13 avril lors d’une conférence avec des pasteurs évangéliques Jaïr Bolsonaro, président brésilien, a déclaré que « l’on pouvait pardonner, mais pas oublier » la Shoah. Rappelons que la Shoah désigne la mort de près de 6 millions de juifs sous le nazisme hitlérien durant la seconde guerre mondiale. Ainsi, si Bolsonaro n’est pas un négationniste de cette période, il la justifie, ou tout du moins, la « pardonne ». Donnant ainsi un crédit inconsidéré au fascisme hitlérien du XXème siècle, il se met à dos les alliés potentiels qu’ils pouvaient trouver du côté d’Israël.

En effet le 2 avril, Bolsonaro s’était rendu à Jérusalem pour une rencontre avec le premier ministre Benyamin Netanyahou en face du Mur des Lamentations. Dans ce contexte de rapprochement entre les deux dirigeants, les déclarations de Bolsonaro sur la Shoah viennent mettre un coup d’arrêt à ses cordiales relations avec Israël. En réponse à Bolsonaro, le président israélien s’est même exprimé sur Twitter : « Nous nous opposerons toujours à ceux qui nient la vérité ou souhaitent effacer notre mémoire, qu’il s’agisse d’individus, de groupes, de chefs de partis ou de premiers ministres. Nous ne pardonnerons jamais et nous n’oublierons jamais ».

Le mémorial de Yad Vashem, constitué pour rendre hommage aux victimes juives de la Shoah, que Bolsonaro a visité lors de son passage à Jérusalem à également déclaré dans un communiqué que « personne ne peut déterminer si les crimes haineux de l’holocauste peuvent être pardonnés ».
Ainsi en terme de relation diplomatique et internationale, cette maladroite déclaration a donc porté du tort au président brésilien.

Suite à ce scandale international, Bolsonaro a tenté de rattraper le coup au travers d’une lettre qu’il a envoyée aux autorités israéliennes. Dans cette lettre, il tente de corriger ses propos en déclarant : « Le pardon est quelque chose de personnel, mon discours n’a jamais prétendu servir dans un contexte historique – en particulier dans un contexte dans lequel des millions d’innocents ont été assassinés lors d’un cruel génocide ». Ces laborieuses explications sont toutefois exemptes de la moindre excuse. Au contraire Bolsonaro préfère remettre la responsabilité de l’interprétation de ses propos sur ses ennemis politiques : « En conséquence, toute autre interprétation ne relève que de ceux dont l’intérêt est de m’éloigner de mes amis juifs ». Il fait comme si ses propos étaient détournés afin de briser les relations entre lui-même et « ses amis juifs ».

Par ailleurs, il est à noter que l’incompétence en matière d’événements historiques du président brésilien avait déjà fait parler d’elle lors de sa visite à Jurésalem début avril. En effet, ce dernier avait déclaré que le nazisme était un courant de gauche. Pour l’unique raison que mot « socialiste » était inscrit dans le nom du parti d’Hitler. Ainsi, le simple mot de « socialiste » semble, selon Bolsonaro, faire oublier que le gouvernement du IIIe reich était profondément fasciste et s’est illustré par le massacre de milliers de membres de l’opposition, principalement de gauche tels que les communistes et le mouvement ouvrier organisé de manière plus générale.

Jaïr Bolsonaro s’est donc, une fois de plus exprimé avec une extraordinaire complaisance vis-à-vis des périodes les plus sombres de l’histoire du XIXe siècle en déclarant que la Shoah est « pardonnable ». Ces propos font écho aux éloges qu’il a pu faire de la dictature brésilienne (1964-1985), avec son lot de meurtres, d’enlèvements et de tortures, dont ont été victimes de nombreux Brésiliens.




Mots-clés

Fascisme   /    Jair Bolsonaro   /    Israël   /    Brésil   /    Monde