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Dialogue social

CDI et temps partiel senior : les directions syndicales au chevet du MEDEF

Cette semaine, les directions syndicales étaient encore réunies avec le patronat pour poursuivre les négociations sur les seniors. A l’ordre du jour, de nouvelles « avancées » pour le patronat, des baisses de cotisations sociales que les travailleurs vont devoir payer.

Roxane Sinigaglia

9 février

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CDI et temps partiel senior : les directions syndicales au chevet du MEDEF

Crédits photo : garystockbridge617.getarchive.net

Les négociations autour d’un « pacte de vie au travail » entre le gouvernement, les organisations patronales et les syndicats ont commencé il y a une semaine, vendredi 2 février. Le gouvernement a exposé clairement l’objectif de ces négociations : passer à un taux d’emploi pour les 60-64 ans de 65 % « à l’horizon 2030 », contre 36,2 % en 2022. Les moyens déployés pour atteindre ces chiffres sont nombreux : création d’un CDI senior, d’un index senior, d’un temps partiel senior… Dans son « document d’orientation » envoyé aux membres des négociations, le gouvernement rappelle que les nouvelles mesures doivent se faire « à budget constant », sans que l’État débourse un seul centime.

Les négociations visent donc à rendre plus attractif pour le grand patronat l’embauche des seniors, ce qui implique davantage de précarisation des seniors dans le cadre du recul de l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans.

Des postes plus précaires et plus instables pour les seniors

L’une des idées discutées actuellement est tout droit issue du programme des Républicains pendant la réforme des retraites : le CDI senior, un contrat de travail qui permettrait aux entreprises d’être exonérés de certaines cotisations sociales si elles embauchent des seniors. Éric Chevée, porte-parole de la Confédération des Petites et Moyennes Entreprises, vante évidemment les mérites de ce projet : « Il faut passer à un contrat gagnant-gagnant pour l’entreprise, l’assurance chômage et le salarié : on garantit l’emploi dans l’entreprise jusqu’à la retraite à taux plein, en contrepartie, on accepte une diminution progressive (un point par an) du taux de cotisation chômage, que l’entreprise rembourserait si elle ne respecte pas son engagement ». Cette mesure permettrait donc aux entreprises de ne pas débourser un centime pour financer les retraites, sous prétexte que les seniors seraient « trop chers sur le marché du travail ».

Dans le même temps, Bruno Le Maire, qui avait déjà attaqué le droit au chômage des seniors en novembre en diminuant la durée maximale d’indemnisation des plus de 55 ans de vingt-sept à dix-huit mois, propose que soit discutée la création d’un « temps partiel senior ». Les salariés de plus de 55 ans travailleraient 80% de leur temps, en étant payés 90% et en cotisant à 100 % pour la retraite. Une manière pour le grand patronat de se montrer ouvert à faire « un effort » tout en baissant leur masse salariale et en exigeant des seniors une plus importante productivité.

Autre mesure tout droit sortie des revendications des Républicains pendant la réforme des retraites : l’index senior. Celui-ci demanderait aux entreprises de rendre des comptes sur la part des plus de 55 ans qu’elles emploient. Une mesure totalement symbolique qui, loin de garantir l’emploi des seniors, doit servir à encourager le grand patronat à mettre en œuvre les outils de précarisation tels que le CDI et le temps partiel senior.

Rompre avec le « dialogue social » : il faut un plan de bataille pour de réelles revendications

Alors que le gouvernement a annoncé qu’il ne donnera pas une miette aux travailleurs, le MEDEF se montre plutôt enjoué à participer à ces « négociations ». « L’enjeu majeur est d’augmenter le taux d’emploi », a souligné Hubert Mongon pour le MEDEF. Ce dernier qui n’était pas très à l’aise avec l’index senior pendant la réforme des retraites semble voir dans le CDI senior un enjeu pour baisser le « coût du travail » et ouvrir l’accès à une nouvelle main d’œuvre moins chère et plus corvéable.

Du côté des directions syndicales, la CFDT propose des mesures de suivi des travailleurs tout au long de leur carrière : « Il ne s’agirait pas d’un simple entretien, mais d’un suivi qui permettrait au salarié de prendre conscience de ses compétences, de son expérience acquise et d’envisager sa deuxième partie de carrière », détaille Olivier Guivarch, le secrétaire national de la CFDT. Quant à l’index senior, il considère que « si on ne tape pas au portefeuille des entreprises, ça ne marchera pas ».

Du côté de la CGT, Sophie Binet exige du gouvernement qu’il « clarifie sa position » et qu’il « cesse sa guerre contre les seniors ». Elle a présenté leurs vingt-cinq propositions, englobant des mesures pour « prévenir et sanctionner toute discrimination à l’embauche liée à l’âge », l’augmentation des coûts des ruptures conventionnelles pour les seniors, et la réduction de temps de travail des plus de 55 ans. Alors que l’enjeu est fixé et figé, le maintien des directions syndicales au sein de ces « négociations », qui ne pourront que rendre service du MEDEF, montre que leur priorité numéro un n’est pas d’obtenir des avancées pour les travailleurs mais de maintenir quoi qu’il en coûte le « dialogue social ».

Une politique qui s’inscrit dans la continuité du « dialogue social » qui a repris de plus belle depuis la défaite du mouvement des retraites. Son bilan ? Alors qu’elle n’a permis aucune avancée sociale, elle a désarmé le mouvement ouvrier et permis à Macron de continuer de faire passer des réformes racistes, profondément anti-sociales et anti-ouvrières. Dans le même temps, les directions syndicales n’ont opposé aucune réaction sérieuse contre la loi immigration, en refusant toute liaison avec le mouvement de soutien contre la Palestine.

De même, dans le cadre du mouvement des agriculteurs, dans lequel la CGT s’est fendue d’un communiqué progressiste appelant la classe ouvrière à se lier aux agriculteurs, celui-ci ne s’est suivi d’aucune action concrète. Autant d’éléments qui sont à dresser dans le bilan du « dialogue social » qui n’a fait que pacifier le mouvement ouvrier quand il n’a pas accompagné les contre-réformes du gouvernement.

Alors que les six derniers mois nous ont enseignés qu’il n’y a rien à négocier avec ce gouvernement qui n’hésite pas à reprendre le programme de l’extrême-droite, il est plus que jamais nécessaire de rompre avec le « dialogue social » et de quitter immédiatement la table des négociations. Face au durcissement du régime, le mouvement ouvrier n’a rien à attendre de telles « négociations » et doit revenir sur le devant de la scène politique pour construire un rapport de force nécessaire pour faire reculer le gouvernement et imposer ses mots d’ordre. Pour en finir avec la précarité des travailleurs senior, il faut exiger le partage du temps de travail entre toutes et tous, ainsi qu’une hausse générale immédiate des salaires de 400 euros pour tous ainsi que leur indexation sur l’inflation.


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