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Politique

Edito

Castaner et France Info ne seront pas inquietés par la loi anti Fake News de Macron

Au moment même où le gouvernement est pris dans un nouveau flagrant délit de Fake News, la loi du même nom votée en décembre dernier entre en vigueur dans le cadre des élections européennes. Mais ni Castaner ni France Info ne risque d’en être inquiétés.

vendredi 3 mai

La Fake News était trop grosse, Castaner a donc dû reculer ce vendredi 3 mai face à la vindicte dans les médias et sur les réseaux sociaux. Si celui-ci regrette d’avoir employé le terme « d’attaque », il se replie néanmoins sur le qualificatif « d’intrusion violente ». Sur le fond, l’intox continue donc. Puisque d’une part il n’y a pas eu d’intrusion au sein de l’hôpital, les manifestants ayant été refoulés dans le calme par les hospitaliers du service de réanimation, et d’autre part, parce que la seule violence qu’il y ait eu, c’est celle des forces de répression, à l’image de ce policier qui a tabassé un manifestant en face de l’hôpital. Une violence qui est d’ailleurs à l’origine de la fuite des manifestants dans l’hôpital qu’ils n’avaient d’ailleurs pas identifié comme tel.

France Info de son côté a accompagné l’opération mensongère du gouvernement et même persisté dans l’opération. Si on en croit les captures d’écran publiées par le service CheckNews de Libération, les photos et les légendes publiées par le média d’information public sont particulièrement édifiantes, d’autant plus que celui-ci a soi-disant fait depuis sa création la chasse contre les « Fake News », au nom du service public, une de ses priorités.

En effet, le média a publié une photo montrant un homme muni d’une barre de fer s’en prendre à un portail en fer pour illustrer « l’intrusion violente » de manifestants de la Salpetrière. Problème, la photo a été prise devant le commissariat de police du XIIIe arrondissement. Sans aucun rectificatif, ceux-ci choisissent alors de modifier la photo pour en mettre une autre… dont le cadrage coupé fait penser qu’un manifestant va s’en prendre à l’hôpital à coups de marteaux. Ou comment persister, y compris en utilisant des retouches photo, pour accréditer la thèse du ministère de l’Intérieur.

Photo initialement publiée sur le site de France Info

La deuxième photo d’un manifestant avec un marteau redécoupée par France Info

La photo avec un autre cadrage, publiée sur le site du Parisien

Cette opération Fake News intervient dans un contexte particulier puisque la loi « anti-Fake News », votée au mois de décembre dernier, va être mise en application dans le cadre des élections européennes de mai 2019. Les trois mois précédant un scrutin électoral (c’est-à-dire la grande majorité du temps), le juge des référés, pourra donc faire suspendre la diffusion d’une information en moins de 48h. Mieux, le CSA pourra suspendre une chaîne de télévision « contrôlés par un État étranger ou sous l’influence » d’une puissance étrangère qui diffuserait de « façon délibérée » des fausses informations. Cette loi, qui a fait l’objet d’un parcours du combattant législatif pour s’imposer, a été voulue très spécifiquement par Macron.

Pris en flagrant délit de mensonge sur l’hôpital de la Salpêtrière, cette loi prend un relief particulier. Elle sera un outil particulièrement efficace pour couvrir les mensonges du gouvernement et de l’Etat, complaisamment relayés par la plupart des grands médias et en particulier ceux contrôlés par l’Etat. Durant la mobilisation des Gilets Jaunes, les grands media ont ainsi presque toujours relayé les chiffres fantaisistes du ministère de l’Intérieur et les informations de la Préfecture. On se souviendra également de la retouche d’une pancarte anti-Macron par la rédaction de France 3. Sur les réseaux sociaux, plusieurs pages critiques de la Macronie ont été concernées par des opérations de censure (comme celle de NordPresse), voire de fermeture (comme celle de Rouen dans la Rue). Sans savoir si elles sont liées à une quelconque intervention du gouvernement, ces opérations montrent ce que pourrait devenir le contrôle du web avec les nouvelles dispositions dont dispose le gouvernement.

Ces mesures liberticides s’inscrivent dans un contexte d’escalade répressive sans précédent depuis plusieurs décennies. Bien souvent, ce sont les cas de violences policières que le gouvernement cherche à censurer, lui qui nie toujours les violences spectaculaires subies par les Gilets Jaunes. Face aux mensonges de l’Etat, et à ses velléités de censure, la mobilisation générale pour la défense de nos droits démocratiques est plus que jamais d’actualité.

Crédit photo : ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP




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