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Chambéry. La continuité proposée par l’Université Savoie Mont-Blanc, non merci !

Face à la situation inédite due à l’épidémie de Covid-19, les étudiants de l’Université Savoie Mont-Blanc (USMB) ont appelé à une décision exceptionnelle de leur président afin de garantir une égalité face aux examens. Leur argumentation est basée sur un questionnaire mis en place à leur initiative.

jeudi 2 avril

Face à toutes les difficultés commençant à remonter dans des témoignages individuels, le syndicat Solidaires Etudiant·es Savoie a mis en place un questionnaire à destination de tous les étudiants de l’université Savoie Mont Blanc. Ce questionnaire faisait suite à un autre très incomplet envoyé par l’UFR LLSH, qui n’interrogeait que sur l’équipement informatique dont disposaient les étudiants, un critère bien insuffisant aux yeux du syndicat. Le questionnaire a réuni plus de 808 réponses en 4 jours ; une première analyse des résultats a alors été faite, mais on continue de voir les réponses affluer.

Ce questionnaire contenait différentes questions sur la situation, mais la visée principale était de mesurer la possibilité de la fameuse continuité pédagogique pendant ce confinement.

Une situation stressante pour beaucoup

A l’USMB, ce sont 75 % des étudiants sondés qui sont stressé·e·s par cette situation. Ce résultat est loin d’être étonnant : il s’explique en effet par le manque d’informations sur l’organisation des partiels, la validation de leur année, les concours reportés, mais également la crainte de voir un proche malade, ou bien de l’être.

S’ajoute à cela les problèmes financiers. Beaucoup d’étudiants sont contraints de travailler pour pouvoir assurer une stabilité financière pour leurs études (65,3 %). L’incertitude est donc grande face aux licenciements et fin de contrats massifs causés par la crise sanitaire que nous traversons.
La proportion d’étudiants qui vit mal le confinement et que la situation empêche de se concentrer pleinement sur leurs études est élevé : 46 % des sondés évoquent leur mal-être ou le fait de se sentir isolé.

L’inégalité de la poursuite pédagogique

L’inégalité liée à la continuité pédagogique est aussi visible à l’USMB : connexions difficiles voire impossibles, impossibilité de disposer d’un endroit calme pour suivre ses cours ont ainsi été mis en lumière par cette initiative. Les étudiants, de par leur situation pendant le confinement, doivent s’adapter : suivre leurs cours en plus d’aider leurs frères et sœurs, partager un ordinateur avec les parents en télétravail… Seuls 21,8 %, soit un peu plus d’un cinquième des sondés, affirment pouvoir travailler « plutôt bien » ou « très bien ». C’est peu malgré la bonne volonté des équipes pédagogiques qui font de leur mieux, et cela reste insuffisant pour garantir une égalité de réussite.

Un des témoignages présent dans le questionnaire dit ainsi :
« Cette situation est angoissante surtout parce qu’elle est proche de la période des partiels. Je suis confinée avec ma mère et mes 2 petits frères jumeaux de 11 ans, qui ont énormément de devoirs. Donc je passe mes journées à m’occuper d’eux et à les aider dans leurs devoirs. Depuis le début du confinement, je n’ai réussi à trouver que 3 jours pour moi pour travailler MES cours. Ma maman travaille en supermarché, le stress est donc quotidien. »

Les examens au cœur des inquiétudes

Les examens sont évidemment une préoccupation majeure dans l’esprit des étudiants. Les différentes situations envisagées par la présidence de l’USMB posent plusieurs problèmes. Le report des examens fin mai, voire juin ou juillet aurait des conséquences financières pour 70 % des sondés, qui verraient leur job d’été commencer plus tard voire le perdraient. Les partiels en ligne, solution évoquée, contribuerait à creuser une inégalité déjà présente face à la continuité pédagogique. L’option la plus égalitaire serait donc une validation du semestre, largement plébiscitée au vu de la situation de crise sanitaire et sociale.

L’ensemble de ces constats a débouché sur la rédaction d’une lettre ouverte au président de l’Université, diffusée largement, lui faisant part de l’état d’esprit des étudiants grâce aux réponses du questionnaire, et posant clairement les revendications faites par le syndicat, appuyées par de nombreux étudiants. Cette lettre ouverte fait suite à l’action des L1 anglais, qui ont eux aussi se sont mobilisés à travers une lettre destinée au président.

Une réunion qui ne tient pas compte des étudiants

Le 1er avril, lendemain de l’envoi de la lettre ouverte, une réunion virtuelle a été animée par le vice-président « formation et vie étudiante », Lionel Valet, à laquelle étaient convié l’ensemble des personnels enseignants de l’université. Au cours de cette discussion, qui a porté notamment sur la fin d’année et par conséquent les examens, de nombreuses hypothèses ont été soulevées. Pourtant, les étudiants n’y avaient pas été conviés, alors qu’ils sont les principaux concernés.

Le Vice-Président s’est dit défavorable à une validation automatique du deuxième semestre ou à l’octroi du note-plancher, solutions qui selon lui ne sont « pas sérieuses », « ne récompensent pas les efforts fournis pendant cette continuité pédagogique », et « dévalorisent la licence ». L’équipe présidentielle penche donc en faveur d’un maintien des examens sur les mois de mai/juin, voire juillet, des solutions de rendus en ligne, mais aussi des « grands oraux » réunissant plusieurs UE, épreuve inédite à inventer, à laquelle les enseignants prépareraient les étudiants à la fin du confinement. Il a été aussi évoqué des rattrapages potentiels en septembre, obligeant les étudiants ayant déménagé à revenir et à se loger, perturbant les départs en mobilité pour les étudiants qui doivent partir et qui n’aurait pas eu leur année. Cette prise de position confirme que malgré les beaux discours invoquant la bienveillance, l’avis des étudiants n’a pas d’importance aux yeux de la présidence, et que les conséquences financières d’une telle décision pour les étudiants ne sont pas une priorité.

A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles

La réussite ne passe pas exclusivement par la validation des partiels en présentiel. La réussite à l’université, c’est pouvoir s’instruire et se spécialiser dans un domaine de manière sereine. Nous ne souhaitons pas que la continuité pédagogique à distance s’arrête, bien au contraire. Pourtant, sans stress ni angoisse, les efforts fournis pourraient être beaucoup plus satisfaisants : actuellement, ils ne le sont qu’à moitié étant donné l’imprécision de cette fin d’année universitaire. Comment réussir lorsqu’on est en permanence inquiet ?

C’est pourquoi nous réitérons notre demande de note plancher améliorable, fixée à 12/20, qui semble la solution la plus juste et la moins pénalisante. Nous demandons une prise en compte réelle des situations étudiantes, garantissant la réussite de toutes et tous.
Alors que les décisions évoquées nuisent aux étudiants, nous exigeons que l’affirmation du Président de l’USMB, Denis Varaschin, selon laquelle « la solution adoptée respecte le principe d’égalité et sera bienveillante au regard des circonstances exceptionnelles », soit bel et bien mise en place.




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