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Notre classe

Stop production non essentielle !

Chez Bosch Rodez, les salariés opposés à la reprise : "les pièces automobiles peuvent attendre !"

Alors que les salariés de l'usine Bosch France ont fait fermer leur usine depuis le 17 mars, la direction force pour leur faire reprendre le travail en pleine épidémie. Elle expose ainsi les salariés et l'ensemble de la population à un risque sanitaire et fait utiliser des masques malgré la pénurie pour produire des pièces automobiles qui ne sont pas essentielles. Interview avec Yannick Anglarès, secrétaire CGT Bosch.

mercredi 8 avril

Révolution Permanente : Est-ce que vous pouvez vous présenter et présenter l’usine ?

Yannick Anglarès, secrétaire du syndicat CGT Bosch à Rodez. C’est une usine qui produit uniquement des pièces pour les moteurs Diesel. Nous sommes actuellement 1300 salariés, il y a trois ans nous étions 1600. Il s’agit soit de départs naturels soit de départs contraints avec des ruptures conventionnelles.

RP : Est ce que vous pouvez revenir sur les différentes étapes de votre mobilisation depuis le début de la crise sanitaire ?

J’allais vous dire, depuis le début de la crise du diesel ça remonte ! Mais pour la crise sanitaire, l’intersyndicale (CGC, Sud et CGT) a interpellé la direction aux alentours du 15 mars. On demandait la suspension de la production à Rodez, vue la crise du Covid-19. La direction s’est entêtée à vouloir continuer la production. Les salariés ont donc fait usage de leur droit de retrait. L’intersyndicale a fait une assemblée générale des salariés le 17 mars, en respectant les mesures de distanciation d’un mètre. Lors de l’AG, la direction a décidé de suspendre les activités du site de Rodez.

RP : Quelles étaient les conditions de travail avant cela par rapport au Covid ?

Rien n’avait été mis en place. On est sur une usine où il y a des lignes d’assemblage et donc beaucoup de coactivité et de proximité entre les salariés.

RP : Comment le droit de retrait a-t-il été organisé ?

Le droit de retrait est un droit individuel. Ce sont donc les salariés qui ont fait individuellement un retrait de leur force de travail. Par contre, sur un droit de retrait, on peut mettre un droit d’alerte syndical. De là, l’intersyndicale a donc menacé la direction de faire un droit d’alerte DGI, "Danger Grave et Imminent". C’est comme ça qu’on a réussi à contraindre la direction d’arrêter l’activité de l’usine. Les cas potentiels sont arrivés par la suite.

RP : J’imagine que la direction a rapidement voulu vous remettre au travail ?

Ils ont voulu nous remettre au travail la semaine d’après, en nous présentant toute une série de mesures qu’ils appellent "barrières". Pour vous donner une idée, en termes d’équipement de protection individuelle (EPI), ils remettaient à chaque salarié un stylo nominatif afin de pouvoir appuyer sur les touches des ordinateurs et sur les écrans des machines ! Les "mesures barrières" ont été refusées par l’ensemble des organisations syndicales et on a été soutenu par l’inspection du travail et par la médecine de travail qui ont dit que les mesures n’étaient pas suffisantes.

RP : Il y a eu plusieurs CSE pour négocier et à chaque fois vous avez refusé la reprise du travail ?

Il y a eu deux CSE : un la semaine dernière et un ce matin. Pour la reprise du 6 avril, ils ont rajouté quelques petites mesures barrières. De nouveau l’inspection et la médecine du travail ont jugé que ce n’était pas suffisant. Aujourd’hui, ils ont rajouté des mesures supplémentaires en disant qu’il y aurait des masques pour les salariés et ils ont mis en place quelques mesures subalternes.

Nous, on est arrivés au bout de ce qu’on peut faire syndicalement. Avec la loi El Khomri et les ordonnances Macron, la caisse à outil pour contrer ce genre de règlement n’existe plus. Donc on est arrivés au bout du bout. Ils ont prévu une reprise d’activité progressive à partir du mardi 14 avril : entre 300 et 400 salariés pourraient être appelés à travailler. On est restés sur la position d’une opposition à la réouverture de l’usine en ces temps de pandémie, alors qu’on est sur une production qui n’est pas utile pendant cette période.

Est-ce-que la direction utilise la menace de la fermeture du site sur fond de crise du diesel pour faire pression sur les salariés ?

C’est un combat qui date d’avant la pandémie. Cela fait trois ans qu’on a la tête dans le guidon. La direction de Bosch a annoncé qu’il y aurait peut-être des investissements de faits en France, notamment sur le site de Rodez. Pour nous, le site reste menacé donc on est dans un combat bien en amont de la crise du Covid. En ce moment, on n’aborde pas ce sujet avec la direction parce que pour nous c’est la santé des travailleurs qui compte avant tout. Mais en temps voulu, on poursuivra ce combat comme on l’a fait avant.

Communiqué du 8 avril

Pour la reprise qui s’annonce, quelles sont les mesures finales ?

Principalement des mesures de distanciation, par des aménagements de vestiaires et des installations de Plexiglas sur certains postes de travail, ainsi que la fourniture de masques chirurgicaux pour les opérations courantes et des masques FFP2 pour les postes les plus à risque. Apparemment ils ont reçu une première commande de 2800 masques FFP2.

Pendant ce temps les travailleurs dans les secteurs essentiels n’en ont pas, notamment le personnel soignant, sans oublier tous les autres : facteurs, éboueurs, caissières… Les pièces automobiles peuvent attendre ! J’ai contacté le secrétaire de la CGT Santé en Aveyron pour demander s’il y avait des besoins en équipements. À sa connaissance, à l’heure actuelle, il n’y en a pas. Mais il a prévenu les autorités des hôpitaux de l’Aveyron pour leur dire que du matériel était arrivé à Bosch et que s’ils en avaient besoin ils pouvaient venir le chercher !

Je vais vous donner un scoop : en réponse à l’encadré dans notre dernier communiqué adressé à M. Carrié, président de Bosch France, la direction vient de répondre à notre revendication concernant la réorientation de la production pour fabriquer des choses essentielles pendant la pandémie. Apparemment, la direction propose de faire une étude pour fabriquer des masques chirurgicaux…

RP : Affaire à suivre, merci et bon courage !




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