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TRAHISON DE LA GAUCHE

Chili. Boric salue la police et condamne les manifestants pour les trois ans de la révolte

Pour les trois ans de l'énorme explosion sociale au Chili, le président Boric a de nouveau affirmé qu'il ne se place pas du côté des classes populaires. Dans un discours reprenant le même vocabulaire que la droite, il a criminalisé les manifestants de 2019 et défendu les policiers et les carabiniers responsables d’innombrables violations des droits de l'homme.

Carla Biguliak

21 octobre 2022

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Crédits photo : Agencia UNO

Elu sur un programme de gauche, le président chilien Gabriel Boric ne cesse d’affirmer le positionnement toujours plus à droite développé par sa coalition Apruebo Dignidad. C’est ce qu’il a fait ce mardi 18 octobre, à l’occasion du troisième anniversaire de l’énorme soulèvement social au Chili, qui a secoué le pays et le continent latino-américain à partir d’octobre 2019. Dans un discours commémoratif, Boric n’a pas hésité à attaquer violemment la révolte d’octobre, en reprenant les arguments de la droite. Il a ainsi cherché à criminaliser les millions de manifestants, tout en affirmant à nouveau son soutien total aux carabiniers, un corps militaro-policier responsables de nombreuses violations des droits de l’homme lors de la répression de la révolte.

De manière très claire et sans ambages, le président chilien a déclaré qu’à l’époque de la révolte sociale, « beaucoup de choses excessives » ont été faites, ce qui a créé « un terrain fertile pour l’expansion de comportements destructeurs qui ont également fait des victimes et laissé des séquelles ». Boric assume ainsi la répression et dénonce le « vandalisme qui détruit les quartiers, le commerce et le patrimoine, ouvrant la voie à des actions délictueuses », sans hésiter à rendre les manifestants responsables de la répression brutale qu’ils ont subi, et déclarant sans vergogne que la violence supposée des manifestants « cause des dommages, encourage la haine, génère l’insécurité et finit par favoriser des régressions politiques antidémocratiques  ».

A travers ce discours, Boric a cherché à affirmer que sa coalition Apruebo Dignidad était bien un soutien des forces de l’ordre, soulignant dès lors sa volonté de réprimer de futures contestations, comme le suggère cette déclaration : « depuis la gauche, nous devons être plus catégoriques que quiconque pour mettre un terme à ces comportements, les affronter sans complexe, les dénoncer et les punir ».

C’est dans ce sens que le président chilien a apporté un soutien inconditionnel aux forces de répression, affirmant que « nous ne manquons pas une seconde d’apprécier le travail que la police accomplit chaque jour pour protéger la population et mettre fin à la criminalité » et qu’il n’est pas acceptable « d’attaquer la police qui, après tout, est un fonctionnaire de l’État qui remplit un service que lui a confié le système démocratique ».

Après avoir évoqué brièvement les abus et violations des droits de l’homme effectuées par la police, pour souligner qu’elles n’étaient pas généralisées à l’ensemble de l’institution, Boric a réaffirmé que « les carabiniers ont notre plein soutien pour combattre le crime et assurer le contrôle de l’ordre public dans le cadre de l’état de droit ».

Ce discours intervient alors que Gabriel Boric n’a cessé de se replacer à droite au fil des derniers mois. Après avoir multiplié les gages en direction de la police et du patronat après son élection en mars dernier, la défaite de la réforme constitutionnelle défendue par Boric lors du referendum de septembre a encore renforcé le tournant à droite pris par son mandat, avec l’entrée au gouvernement de plusieurs ministres centristes.

Le soutien affiché en direction des forces de répressions est alors un des marqueurs le plus frappant de ce retournement. Aussi, après avoir défendu la répression des manifestations en hommages aux victimes du coup d’Etat de Pinochet, ce discours a permis à Boric de renouveler son soutien à une institution qui a joué un rôle criminel lors de la répression de la révolte de 2019.

Rappelons que l’énorme rébellion qui a éclaté au Chili en 2019 a commencé par des mobilisations de lycéens contre l’augmentation des tarifs du métro et que, après la déclaration de l’état d’urgence et la militarisation de la capitale, elle s’est transformée en une énorme réponse populaire avec l’extension de la rébellion dans tout le pays, transformant la lutte en une confrontation politique contre l’héritage de la dictature et du gouvernement Piñera. Rappelons également que cette révolte a été durement réprimée, avec des meurtres, des tortures, des agressions sexuelles, des disparitions et des mutilations des yeux contre ceux qui se sont mobilisés, et que les responsables matériels et politiques restent impunis.

Le président chilien et sa coalition, qui se veut progressiste, ne font aucun effort pour dissimuler leur rejet de la révolte. Trois ans après la rébellion, Boric reprend tous les arguments de la droite, assume la répression des manifestants et maintient à leurs postes les hauts commandants des carabiniers qui ont participé à la répression, aux abus et aux meurtres. Il ne fait plus aucun doute que les préoccupations de la coalition Apruebo Dignidad ne sont pas différentes de celles de la droite et que, face aux difficultés économiques que connait le Chili, elle ne peut que mener une politique au service du patronat plutôt que des classes populaires.


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