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Coupe du monde. Solidaires de la révolte, les joueurs iraniens n’ont pas chanté leur hymne

Marqués par la révolte populaire en cours dans leur pays, dans les minutes qui ont précédé le début de leur match contre l'Angleterre, les joueurs iraniens ont une nouvelle fois montré leur engagement envers leur peuple, en particulier envers les femmes.

mardi 22 novembre

Crédit Photo : Jewel Samad

Cet article est une traduction d’un article initialement paru dans La Izquierda Diario

L’équipe nationale iranienne est arrivée à la Coupe du monde au Qatar marquée par les bouleversements en cours dans son pays. Dans les minutes qui ont précédé l’ouverture du tournoi, les joueurs ont à nouveau montré leur engagement envers leur peuple, en particulier envers les femmes : les joueurs ont refusé de chanter l’hymne national en signe de protestation avant le match contre l’Angleterre. Un geste qui leur a valu de se faire huer par certains de leurs propres supporters.

Le onze choisi par Carlos Queiroz pour l’ouverture de la Coupe du monde est resté silencieux pendant que la mélodie de son pays jouait, mais à la fin des notes, les joueurs ont crié un "Iran, Iran" de circonstance. Les huées lancées depuis les sièges du stade Khalifa de Doha se sont transformées en applaudissements et en acclamations lorsque le ballon a commencé à rouler.

En fait, les supporters iraniens présents dans le stade étaient pour la plupart favorables aux protestations, arborant un drapeau iranien surdimensionné portant le slogan "Femme, Vie, Liberté". D’autres portaient des bannières aux couleurs du pays, avec le même message.

La révolte en Iran a explosé le 14 septembre, lorsque Mahsa Amini a été arrêtée par la « police des mœurs » pour avoir mal porté le voile et porté un pantalon trop serré. La jeune femme de 22 ans est décédée à la suite de violences policières, plus précisément d’un coup à la tête, selon sa famille.

À la suite de ce meurtre, la population iranienne, et en premier lieu les femmes, sont descendues dans la rue pour exiger justice et se rebeller contre les autorités religieuses, particulièrement restrictives envers les femmes. Les revendications sont rapidement devenues politiques, exigeant la chute du gouvernement et même la mort de Khamenei, le leader suprême de la République islamique. Les manifestants ont trouvé le soutien de certaines personnalités, notamment des joueurs de football internationaux de l’équipe nationale iranienne.

Le défenseur iranien Ehsan Hajsafi a prudemment exprimé son inquiétude lors d’une conférence de presse dimanche au sujet de la crise politique et a déclaré qu’il espérait que son équipe pourrait être une voix pour le peuple. "Nous devons admettre que les conditions dans notre pays ne sont pas bonnes et que notre peuple n’est pas heureux. Nous sommes ici, mais cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas porter leur voix. J’espère que les choses vont changer dans le sens des attentes des gens", a-t-il déclaré, sans mentionner directement le mouvement. Dans un post Instagram en septembre, qu’il a ensuite supprimé, Sardar Azmoun, membre de l’équipe nationale, a soutenu les manifestations.

Par le passé, l’équipe nationale était une source de fierté nationale dans tout le pays. Aujourd’hui, avec les protestations massives, beaucoup préféreraient qu’elle se retire de la Coupe du monde au Qatar. Mais le silence symbolique avant leur premier match pourrait changer l’opinion.
Avant de se rendre à Doha, l’équipe a rencontré le président iranien à la ligne dure, Ebrahim Raisi. Des photos des joueurs avec Raisi, dont l’un d’eux s’inclinant devant lui, sont devenues virales alors que les émeutes de rue faisaient rage, suscitant des critiques sur les réseaux sociaux. "Je ne peux pas me taire sur ce qui est arrivé à Mahsa Amini. Si la sanction est d’être exclu de l’équipe nationale, c’est un petit prix à payer pour une seule mèche de cheveux d’une femme iranienne", a déclaré à cette occasion Sardar Azmoun, joueur du Bayer Leverkusen et l’un des joueurs les plus importants de l’équipe nationale perse.

Ehsan Hajsafi participe à sa troisième Coupe du monde. Son club Aek Athens le surveille de près. "Tout d’abord, je veux envoyer mes condoléances à tous les gens qui souffrent en Iran. Nous nous sommes bien entraînés, nous sommes préparés, mais les conditions dans notre pays ne sont pas les meilleures : nous sommes ici mais cela ne veut pas dire que nous ne respectons pas ceux qui sont en Iran. Nous devons faire de notre mieux et, grâce au résultat, les rendre fiers de nous", a-t-il déclaré quelques jours plus tôt lors d’une conférence de presse.

Les revendications des femmes iraniennes, exprimées lors de manifestations de rue répétées, ont atteint en peu de temps une dimension internationale et d’autres personnalités de différents domaines ont soutenu la cause par un geste : couper une mèche de leurs cheveux, un acte symbolique qui sert à montrer la solidarité avec les femmes iraniennes.

L’agence de presse activiste HRANA a déclaré que 410 manifestants avaient été tués dans les troubles jusqu’à samedi, dont 58 mineurs. Cinquante-quatre membres des forces de sécurité ont également été tués, et au moins 17 251 personnes ont été arrêtées. Les autorités n’ont pas fourni d’estimation du nombre de morts.



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