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Critiqué par les familles endeuillées, le gestionnaire d’Ehpads Korian contre-attaque

Mis en cause par plusieurs plaintes après les décès par Covid-19 de 606 de ses résidents, le groupe Korian contre-attaque, selon des informations de Mediapart. Objectif : réduire au silence les multiples critiques sur sa gestion de la crise sanitaire.

jeudi 30 avril

Crédits photo : Loic VENANCE / AFP

Le groupe Korian est le premier opérateur européen de maisons de retraite privées. Après le décès de 606 de ses résidents atteints du coronavirus en France, au moins dix plaintes ont été déposées par les familles des défunts.

Sur 109 résidents, 38 sont morts

Cas emblématique dans les Alpes-Maritimes : l’Ehpad La Riviera à Mougins, qui compte 38 décès sur 109 résidents. Le 6 avril, les tests réalisés sur les 73 survivants montrent que seules 23 personnes n’ont pas eu le virus. Huit plaintes ont été déposées par des membres des familles de résidents de l’Ehpad, dont celle du fils d’Yvette, 85 ans, décédée le 26 mars. Son avocat explique à Médiapart : « Mon client déplore que Korian ne lui ait donné aucune information sur le réel état de santé de sa mère, ni sur les causes et les circonstances de son décès. Il semblerait qu’aucun dépistage du Covid-19 n’ait été réalisé. C’est par les pompes funèbres que la famille a appris que le certificat de décès mentionnait “suspicion de Covid-19”.  » La mairie de Mougins a elle aussi porté plainte. Le parquet a ouvert une enquête préliminaire pour homicides involontaires et omission de porter secours à des personnes en péril.

Korian déploie son armée d’avocats

Avec un bénéfice net de 136 millions d’euros en 2019, on peut dire que le groupe Korian dispose d’un petit budget pour se défendre. Premier opérateur européen de maisons de retraite privées, ses actions en bourse ont perdu 30 % de leur valeur depuis le début de la crise. Le scandale de sa gestion contestée de la crise sanitaire n’aide pas ses affaires. Contre-attaquer avec une armée d’avocats, payés une fortune, semble être la stratégie adoptée par Korian, qui chercherait à intimider les familles qui ont porté plainte. Après l’annonce de poursuites engagées contre Libération pour diffamation, pour un article "mettant en cause sa gestion de la crise épidémique Covid-19", le groupe ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Selon Médiapart « deux proches de personnes décédées à l’Ehpad Bel-Air de Clamart ont reçu des courriers menaçants de la part d’un cabinet d’avocats parisien missionné par la directrice de l’établissement, pour s’être permis de critiquer publiquement la manière dont Korian avait géré l’épidémie… Dans l’un de ces courriers, que Mediapart a pu consulter, l’avocat de Korian reproche au membre de la famille d’avoir diffusé « un courriel auprès de l’ARS ainsi qu’auprès de nombreuses personnes extérieures au groupe, dont des journalistes, dans une volonté manifeste de le rendre public et de nuire […] Cette situation inédite m’oblige à vous mettre en demeure de cesser de telles pratiques et de cesser de proférer de telles accusations portant atteinte à la réputation du groupe ». Une tentative manifeste d’intimidation contre les familles en deuil, qui viserait à en dissuader d’autres de porter plainte ainsi qu’à faire taire les salariés du groupe.

Une prise de position syndicale scandaleuse

Face à cette stratégie d’intimidation de la direction, ce n’est pas sur l’UNSA que les salariés vont pouvoir compter pour se défendre. Dans un communiqué diffusé le 24 avril, le syndicat majoritaire chez Korian soutient ouvertement la direction : « Korian est dans le viseur médiatique pour sa supposée gestion catastrophique de la crise sanitaire […] L’UNSA Korian dénonce l’acharnement et le traitement particulièrement à charge contre elle qui jette le discrédit sur ses personnels. Le doute s’insinue, la calomnie fait ses choux gras… ».
Albert Papadacci, délégué CGT Korian, explique à Médiapart : « Dès la mi-mars, nous avons donné la parole à des salariés qui réclamaient des masques et des tests de dépistage. Et maintenant, on nous accuse de dénigrer les salariés ! Mais c’est la direction que nous critiquons, en utilisant notre droit d’expression, pas les salariés qui sont en première ligne face au virus. Ce que nous mettons en cause, c’est la logique mercantile de cette entreprise cotée en bourse qui sacrifie les salariés sur l’autel de la rentabilité ».

Une logique mercantile qui a permis au groupe Korian de gagner 136 millions d’euros de bénéfices nets en 2019, à quel prix pour ses salariés et ses résidents ? La santé et le bien-être de nos anciens ne peuvent plus être laissés entre les mains des capitalistes, qui ne raisonnent qu’en termes de profits. Les travailleurs, les usagers et leurs familles, sont les premiers concernés en matière de besoins sociaux et sanitaires et sont, à ce titre, les plus à même de les gérer dans l’intérêt social.




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