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Loi immigration

Darmanin favorable à la suppression de l’AME, une nouvelle mesure xénophobe reprise à la droite

Alors que les débats autour de la loi immigration s’ouvrent ce lundi 6 novembre au Sénat, la surenchère raciste entre la droite et le gouvernement Macron continue autour de l’Aide médicale d’État (AME). Rendez-vous le 6 novembre à 13 heures devant le Sénat pour s’opposer à ce projet raciste !

Roxane Sinigaglia

3 novembre 2023

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Darmanin favorable à la suppression de l'AME, une nouvelle mesure xénophobe reprise à la droite

Crédits photo : capture d’écran d’une vidéo LCP lors d’une séance publique à l’Assemblée Nationale

Les débats autour de la loi immigration débutent lundi 6 novembre au Sénat. Pour espérer faire passer son texte sans l’usage du 49.3, le gouvernement a déjà fait de nombreuses concessions à la droite et à l’extrême-droite en durcissant le texte initial, n’hésitant pas à instrumentaliser le meurtre du professeur à Arras à la rentrée.

Les annonces de Gérald Darmanin au Parisien le 7 octobre, concernant la suppression de l’Aide médicale d’État (l’AME, permettant aux personnes sans-papiers résidant depuis plus de trois mois en France d’accéder à des soins), vont dans ce sens. Alors qu’en février dernier, la droite a fait adopter au Sénat un amendement transformant l’AME en AMU (Aide Médicale d’Urgence), réduisant drastiquement les conditions d’accès à cette aide, le ministre de l’intérieur a déclaré à titre personnel être favorable à cette mesure et qu’elle serait « un bon compromis qui allie fermeté et humanité ». Celle-ci pour le moment ne fait pas encore consensus au sein de la majorité présidentielle.

Une mesure qui succède à de multiples tentatives de la droite et de l’extrême droite

Ce n’est pas la première fois que la droite tente de supprimer cette aide médicale à destination des personnes sans-papiers. Des amendements pour la supprimer avait déjà été votés au Sénat en 2020, 2021 et 2022 dans les projets de loi de finances, mais n’ont jamais été retenus par l’Assemblée nationale. Les arguments exposés par la droite sont multiples. Plusieurs dénoncent le coût du dispositif (1,2 milliard d’euros, qui représente en réalité seulement 0,47% du budget de l’Assurance maladie), quand d’autres parlent d’ouverture d’un boulevard pour le tourisme médical.

L’extrême-droite n’est pas en reste et déploie aussi son arsenal raciste et xénophobe depuis plusieurs années pour justifier sa volonté de supprimer l’AME. Marine Le Pen avait ainsi affirmé en 2022 sa volonté de la replacer par une aide vitale d’urgence : Il arrive qu’un clandestin soit mieux traité qu’un Français, qui, lui, cotise et n’est pas remboursé intégralement des frais. Éric Zemmour, quant à lui, avait déclaré en 2021 : Je pense que l’hôpital est absolument assiégé par une population venue du monde entier, qu’il est obligé de soigner à nos frais. Que l’hôpital français cesse d’être l’hôpital de toute l’Afrique, je pense que ça allégera nos frais !.

Ces débats sur l’AME, au cœur des discussions autour du projet de loi immigration, s’inscrivent dans une offensive xénophobe et raciste toujours plus violente de la part du gouvernement et de la droite à l’égard des immigrés. L’instrumentalisation du meurtre de Dominique Bernard, enseignant tué le 13 novembre dernier à Arras, permet au gouvernement de promouvoir ce texte de loi comme une solution radicale en mettant sur le même plan immigration et terrorisme.

Dans les faits, l’AME est une aide qui coûte peu cher et qui est largement insuffisante. Les premières conclusions du rapport commandé par Élizabeth Borne sur l’AME montrent que seulement la moitié des personnes sans-papiers y ont recours. Un rapport pourtant dirigé par Patrick Stefanini, ancien préfet à la tête de la campagne présidentielle de Valérie Pécresse, et auteur de Immigration. Ces réalités qu’on nous cache (2020), dans lequel il suggère que les personnes immigrées s’acquittent, pour les soins non compris dans le panier de soin, de leur coût.

Une surenchère raciste qui aggraverait encore le niveau de vie des sans-papiers

Les personnes pouvant accéder à l’AME sont isolées et ne connaissent pas forcément l’existence de cette aide. Le collectif UCIJ (Uni·es contre l’immigration jetable), qui réunit plus de 300 organisations, explique la grande fréquence de renoncement aux soins pour plusieurs raisons : non-connaissance des droits, peur de la police mais aussi complexité administrative dissuasive, d’après leur communiqué du 1er novembre.

La suppression de l’AME représenterait une catastrophe pour la santé des personnes immigrées. C’est ce qu’ont essayé de faire entendre les 3000 soignants dans leur tribune au Monde, en prenant l’exemple de l’Espagne : « La restriction de l’accès aux soins des étrangers en situation irrégulière votée en 2012 y a entraîné une augmentation de l’incidence des maladies infectieuses ainsi qu’une surmortalité. Cette réforme a finalement été abrogée en 2018 ».

L’hôpital public, déjà fortement en crise, n’en serait que toujours plus affaibli. En effet, les personnes sans-papiers « n’auraient d’autre choix que de consulter dans les permanences d’accès aux soins de santé (PASS) et les services d’accueil et d’urgences, déjà fragilisés et en tension ». Les soignants signataires de la tribune montrent que les soins portés aux personnes malades seraient alors réalisés dans l’urgence, trop tardivement, « avec des hospitalisations complexes et prolongées, (…) et à des coûts finalement bien plus élevés pour la collectivité ».

Autant de raisons qui montrent que les motivations de la droite et de l’extrême droite se fondent sur l’unique volonté de stigmatiser et de s’attaquer aux étrangers. Il y a urgence à ce que les directions syndicales participent activement à construire un front large contre les attaques autoritaires et xénophobes du gouvernement. De ce point de vue, la lutte de plus de 800 travailleurs sans-papiers pour exiger leur régularisation en Île-de-France montre la voie pour construire une alternative et instaurer un rapport de force face au gouvernement, tout comme la grève coordonnées de plusieurs sites Emmaüs dans la nord de la France.

Contre la suppression de l’AME et contre la loi immigration dans son ensemble, rendez-vous lundi 6 novembre à 13h devant le Sénat, à l’appel du collectif UCIJ. Contre toutes les attaques racistes du gouvernement et pour la régularisation de tous les travailleurs sans-papiers, le mouvement ouvrier doit réagir !


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