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Politique

Impunité policière

Darmanin qualifie de « délinquants » ceux « qui diffusent les vidéos » de violences policières 

Le ministère de l’intérieur a annoncé vouloir obliger les médias et réseaux sociaux à flouter les visages des policiers, nouveau cadeau de l’exécutif pour une impunité policière toujours plus grande.

vendredi 11 septembre

Crédit photo / DENIS CHARLET / AFP

Gérald Darmanin a annoncé, jeudi 10 septembre à la fin du 9e congrès de l’Unsa Police, sa volonté d’interdire aux télévisions et aux réseaux sociaux de diffuser des policiers en opération sans flouter au préalable leur visage. Ce projet a été soutenu par Marlène Schiappa aujourd’hui lors de la matinale de Franceinfo, arguant qu’il visait « à protéger les policiers qui nous protègent » .

Une mesure presque cynique sachant le nombre de violences policières passées sous silence, que le mouvement antiraciste à l’international et qui a eu un écho important en France est venu mettre en lumière. D’après l’avocat Arié Alimi dans une interview donné à Franceinfo cette annonce visant à faire passer les policiers pour des victimes de violences sur la base de vidéos non flouées est un mythe : « Ça n’a aucun fondement, ni factuel, ni juridique. Je n’ai pas à ma connaissance - il faudrait peut-être que le ministre de l’Intérieur ou madame Schiappa nous donnent des faits - d’exemple de cas où des policiers auraient été persécutés parce qu’ils seraient passés à la télé ou sur les réseaux sociaux. Ça n’existe pas à ma connaissance. »

À l’inverse les violences policières sont quotidiennes, et beaucoup d’entre elles ont pu être dénoncées grâce à ces vidéos témoins. C’est d’ailleurs grâce à des vidéos témoins que les violences policières subies par Cedric Chouviat ou encore Geneviève Legay ont été dévoilées alors même que la police tentait de justifier la brutalité en responsabilisant les victimes. C’est également le cas pour la vidéo publiée par le journaliste indépendant Taha Bouhafs à propos d’Alexandre Benalla le 1e mai 2018 qui a fait la lumière sur ce proche conseiller de Macron qui s’amusait à frapper des manifestants en tout impunité. Une possibilité de faire la lumière via les réseaux sociaux qui serait donc anéantie par cette réforme liberticide. Une décision particulièrement réactionnaire sachant la complicité des institutions telles l’IGPN, ayant systématiquement couvert les policiers comme dans le cas d’Adama Traoré ou celui de Steve. C’est en effet via ces plateformes et grâce aux vidéos de témoins que les brutalités policières sont dénoncées.

Ce projet rentre donc dans la surenchère sécuritaire du ministre de l’intérieur et permettra en réalité de participer encore davantage à l’anonymisation, et donc à l’impunité des policiers, dont beaucoup ne portent déjà pas leur RIO et ne sont que très rarement condamnés même si pris en flagrant délit de violences policières
 
De plus Gerald Darmanin se dit favorable à la présence des caméras-piétons en nombre, et à la possibilité de diffuser leurs contenus afin que les policiers puissent « travailler avec ces images ». En réalité ces caméras ne sont absolument pas fiables, les policiers décident à quel moment l’allumer, ils l’activent donc à leur avantage. De plus l’IGPN a déjà de nombreuses images mais elle ne les utilise pas car celles-ci incriminent les policiers. Ces images sont par ailleurs inaccessibles et il est facile d’imaginer que même dans le cas d’une future présence de caméra piétons, le grand public n’aura toujours pas accès à ces images sauf si elles corroborent la version des forces de répression.
 
La politique de Darmanin est claire : rogner sur le terrain sécuritaire de la droite pour concentrer l’attention ailleurs que sur la crise et inverser la tendance progressiste issue des mouvements antiracistes. En assumant d’oeuvrer à l’impunité policière, le ministre de l’Intérieur tente de se légitimer à l’égard des forces de répression et de leurs soutiens, là où Castaner s’était cassé les dents malgré sa politique ultra brutale. Il se positionne par là-même comme ennemi des mobilisations contre le racisme et les violences policières. Mais cette surenchère sécuritaire ne s’arrête pas là et s’illustre également par les décisions menées pour la ville de Calais. Après un rendez-vous à Beaumont avec la maire les Républicains Natacha Bouchart, Gérald Darmanin a confirmé l’arrivée de trente nouveaux fonctionnaires à Calais se rajoutant à la compagnie de CRS envoyée en plus cet été.

Mais son intervention ne s’arrête pas là, il poursuit avec un discours raciste : sur instruction du ministre le préfet interdira désormais la distribution de repas aux migrants par les associations non mandatées, et ce jusqu’à la fin du mois de septembre. Cela aura comme conséquence d’empirer encore d’avantage les conditions de vie déjà plus qu’inhumaines de ces centaines de migrants, vivant dans des campements de fortunes. Par cette décision le pouvoir va les faire mourir de faim. Ces décisions s’inscrivent dans la rhétorique autour du terme d’"ensauvagement".




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