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Extrême-droite

Déclaration de candidature : Zemmour met en scène son récit national raciste avec des accents populistes

Ce mardi, Eric Zemmour a finalement annoncé officiellement sa candidature à la présidentielle. Alors que la campagne du polémiste d’extrême-droite a connu récemment des difficultés, il a choisi un retour aux fondamentaux avec une vidéo mettant en scène son récit national raciste et xénophobe, tout en distillant ici et là de probables éléments de réarmement de sa campagne.

mardi 30 novembre 2021

Crédits photo : afp.com/Thomas SAMSON

Avec son texte lu, son micro noir et sa bibliothèque en arrière-plan, la mise en scène de la référence gaullienne par Eric Zemmour à l’occasion de sa déclaration de candidature ce mardi n’aura échappé à personne. Pendant dix minutes, le polémiste d’extrême-droite a mis en image son récit national (et nationaliste) en cherchant à se mettre dans les pas du Général de Gaulle.

Grandeur de la France, xénophobie : Zemmour fait du Zemmour

Mais en 2021, pour Eric Zemmour et comme il l’a répété à maintes reprises, l’occupant ce sont les « immigrés » et leurs descendants. Son récit s’ouvre par des images prétendant donner corps à la théorie complotiste du « grand remplacement ». Images de travailleurs racisés devant des RER de banlieues, vidéos de faits divers violents, affiches du Conseil de l’Europe sur le voile : un amalgame visant à représenter l’ennemi, l’étranger. « Vous avez l’impression de ne plus être dans le pays que vous connaissez » explique-t-il. Et si l’immigration n’est pas la seule cause de la disparition de « notre civilisation », elle « domine » toutes autres.

A contrario, Eric Zemmour a cherché à mettre en image son roman national, tissé d’une multitude de références historiques et culturelles. Longuement, il exalte « le pays des chevaliers et des gentes dames », « le pays de Notre-Dame de Paris et des clochers dans les villages », « le pays des barricades et de Versailles », « le pays de Brassens et de Barbara » … Un récit de la grandeur de la France qui serait en train de « disparaître », et dont les « Français » seraient des « exilés de l’intérieur », conscients de la situation mais trahis par leurs élites.

Contre « les puissants, les élites, les bien-pensants, les journalistes, les politiciens, les universitaires » mais aussi contre « droite et gauche », Zemmour promet de redresser le pays, le réindustrialiser, sauver son patrimoine, lui redonner la gloire en reprenant le pouvoir « aux minorités ». Un programme aux accents populistes, dont la xénophobie et le racisme constituent le pilier, et le « remplacement » de la population de boussole à l’urgence de « sauver » la France.

Racisme et exaltation de la grandeur de la France : pour sa déclaration de candidature, Zemmour aura donc choisi de faire du Zemmour. Un retour aux fondamentaux dans une période marquée par les difficultés traversées par sa campagne : défections au sein de son équipe, stagnation dans les sondages, reproches internes sur son incapacité à dialoguer avec les classes populaires, tensions nées de la confrontation à la réalité, loin des salons parisiens où évolue Zemmour depuis trente ans. Dans ce contexte, le polémiste d’extrême-droite réaffirme sa ligne et tente de se re-présidentialiser, tout en donnant quelques orientations abstraites sur le terrain stratégique, mêlant souverainisme, promesse de réindustrialisation, sans se risquer sur le terrain du programme concret.

Un retour aux fondamentaux aux accents « populistes » pour lisser l’image néo-libérale ?

Si l’essentiel de son propos s’est posé sur le terrain du récit national, avec un « retour aux origines » marquant la volonté de remobiliser son camp, Zemmour a également distillé quelques références populistes.

Ici et là, de manière légère mais certaine, Zemmour a fait référence au « peuple », évoquant le « gouvernement par le peuple pour le peuple », les « fins de mois » et la nécessité de « redonner du travail à nos chômeurs », ou utilisant plusieurs images de Gilets jaunes. Une référence indissociable d’un prisme de conciliation de classe et de « réconciliation nationale », qu’illustre bien l’évocation du « pays des barricades et de Versailles », masquant le conflit mortel qui opposa les deux.

La question européenne a également été l’occasion pour Zemmour de fustiger les « technocrates européens » et « l’Europe qui ne sera jamais une nation » tout en illustrant son propos par une image du référendum sur le Traité constitutionnel européen de 2005. Une critique de l’Europe dont le pendant est la « réindustrialisation » et le souverainisme. « Nous devons protéger nos trésors technologiques et cesser de les brader aux étrangers, (...) permettre à nos petites entreprises de vivre, de grandir et d’être transmises de génération en génération, (...) préserver notre patrimoine architectural, culturel, et naturel » a-t-il lancé, articulant la « souveraineté nationale » et le patriotisme aux questions économiques.

Des éléments disséminés qui pourraient présager d’un début de réarmement de sa campagne sur un terrain sur lequel Zemmour est fréquemment attaqué : le rapport aux classes populaires. Dans le même sens, Zemmour n’a pas évoqué les éléments clés de son projet, esquivant son programme néo-libéral ouvert. Car au nom de l’amour de la patrie, Zemmour veut que les classes populaires acceptent de voir leurs retraites repoussées jusqu’à 65 ans et leurs salaires inchangés tandis que les entreprises doivent pouvoir bénéficier de réduction d’impôts et que le polémiste se soucie du caractère « confiscatoire » de ce qui reste d’impôt sur la fortune.

Derrière l’ode à la patrie, les intérêts des franges les plus réactionnaires des classes dominantes

Malgré ses légères inflexions, le projet de Zemmour ne laisse aucun doute : l’union nationale qu’il promeut, comme tous les projets de ce type, se fera derrière une partie des élites et sur le programme qui permet de défendre leurs intérêts. Tout le discours nationaliste et le roman tissé par le candidat cache mal son ancrage dans la défense des privilèges des franges les plus réactionnaires des classes dominantes. Des classes dominantes qui sont cependant encore loin d’être unies derrière le candidat.

En ce sens, s’il est fondamental de combattre le projet raciste et bourgeois de Zemmour, ce combat implique de lutter dans le même temps contre le gouvernement, la droite et une partie de la gauche dont les politiques sécuritaires et racistes ont ouvert un boulevard à Zemmour. Un discours qu’il faudra notamment porter lors du rassemblement appelé ce dimanche par la CGT, Solidaires et la Jeune Garde à l’occasion du grand meeting de lancement de campagne de Zemmour à Paris.




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