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Edito

Déclaration de politique générale de Gabriel Attal : cap sur la « guerre sociale »

Généralisation du RSA, suppression de l’AME, uniforme à l’école et SNU au lycée : Gabriel Attal a annoncé ce mercredi une offensive néolibérale d’ampleur appuyée par une rhétorique conservatrice sur l’autorité et l’identité française.

Antoine Weil

30 janvier

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Déclaration de politique générale de Gabriel Attal : cap sur la « guerre sociale »

Crédit Photo : Assemblée Nationale

On savait le macronisme décidé à lancer une série d’attaques anti-sociales depuis que Macron en avait annoncé les grandes lignes lors de son « rendez-vous avec la Nation » à la mi-janvier. Le premier ministre en a précisé le calendrier ce mardi à l’Assemblée nationale, dans un Paris bloqué par les agriculteurs, à l’occasion de son discours de « politique générale ».

Au programme ce sera donc : la généralisation du RSA conditionné dès janvier 2025, la suppression de l’allocation pour les chômeurs de longue durée, mais aussi la menace d’une réforme du SMIC et du droit du travail dans les prochains mois. Une offensive justifiée par le retour des vieux poncifs néolibéraux sur les « emplois non pourvus » et les « assistés », par un appel de phare en direction des « classes moyennes », et qui consistera dans les faits à « faire davantage d’efforts » dixit le premier ministre. Comprendre : les tentatives de division du gouvernement masquent mal une offensive généralisée contre le monde du travail.

Ainsi, la réforme du code du travail devrait renforcer la négociation entreprise par entreprise, fragilisant donc les salariés, quand celle du SMIC pourrait passer par de nouvelles exonérations des charges patronales pour les rémunérations proches du salaire minimum, dossier sur lequel ont planché deux économistes proche du pouvoir ces dernières semaines.

Avec la généralisation du RSA conditionné, le gouvernement concrétise en outre une offensive d’une brutalité historique. En clair, il s’agira dès janvier 2025 de forcer les bénéficiaires de l’indemnité à des activités contraintes qui pourraient aller jusqu’à du travail gratuit, comme en témoignent les différentes expérimentations de ces derniers mois. Une nouvelle façon d’obliger les chômeurs, dans la droite lignée des réformes du premier quinquennat, à accepter n’importe quel emploi, notamment les plus difficiles, mais aussi de niveler par le bas les conditions de travail de tous les travailleurs sur un marché toujours plus concurrentiel.

En clair, si l’insistance démagogique contre « les normes », mouvement des agriculteurs oblige, et les clins d’oeil appuyés à destination des « patrons de TPE et PME » marquent une nouveauté du style Attal, la politique annoncée veut poursuivre ce qui a été le coeur du projet macroniste : réduire les « charges » et les droits sociaux au service d’une politique pro-patronale pour attirer des investisseurs en faveur de la « réindustrialisation » du pays et surtout de la casse du code du travail. Un discours de « guerre sociale », qui promet en outre de nouvelles offensives autoritaires. Malgré la censure du Conseil Constitutionnel sur la loi Immigration, Attal s’est ainsi engagé à supprimer l’AME, comme promis aux Républicains.

Dans cette droite lignée, l’ancien ministre de l’éducation, qui a su trouver un écho auprès des sympathisants de l’extrême-droite en interdisant l’abaya à la rentrée dernière, veut faire de l’école « la mère des batailles » pour remettre dans le rang une jeunesse « trop indisciplinée ». En plus de la généralisation du SNU à tous les lycéens et de l’uniforme obligatoire à l’école en 2026, déjà annoncés par Macron lors de sa conférence de presse, le renforcement de « l’autorité » passera par une plus forte criminalisation des mineurs, avec des « travaux d’intérêts éducatifs » pour les moins de 16 ans.

Une tentative d’incarner l’autorité et des gesticulations, sur fond notamment d’appels à défendre « l’identité française [avant qu’elle ne] se dissolve » et d’un nationalisme exacerbé, qui peinent cependant à masquer les éléments de fragilité profonde du macronisme. Comme un symbole à quelques dizaines de kilomètres du palais Bourbon et de la « démonstration » du nouveau premier ministre, le périphérique parisien restait bloqué par les agriculteurs. Une réalité que Gabriel Attal s’est tant bien que mal efforcé de ne pas commenter, sinon par l’annonce de quelques nouvelles mesures cosmétiques, mais qui pourrait préfigurer du « choc de réalité » auquel le gouvernement pourrait avoir à s’affronter les prochains mois.

En ce sens, face à un gouvernement fragile, mais déterminé à nous mener une guerre sociale et autoritaire, l’urgence est plus que jamais à la construction d’une riposte d’ensemble. Face aux attaques en séries qui se préparent, cela implique de rompre enfin avec le dialogue social qui a largement laissé passer l’attaque de la loi immigration, mais aussi les brutales réformes du RSA ou de l’assurance-chômage, et d’opposer une réponse par les méthodes du mouvement ouvrier, celles de la lutte de classes. Si les travailleurs, la jeunesse et l’ensemble des opprimés retrouvaient ce chemin, il y aurait fort à parier que Gabriel Attal finisse par perdre le cap.


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