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Politique

Scandale humanitaire

Derrière l’expulsion de l’Eclaircie-La Vie est belle, un projet d’aménagement pour gentrifier Gradignan

Alors que l’expulsion du squat de l'Éclaircie/La vie est belle par la Mairie de Bordeaux devrait intervenir avant le 10 juillet, et qu’une douzaine de familles et une soixantaine d’hommes n’ont toujours aucune perspective de relogement, retour sur le projet d’aménagement qui motive la destruction du lieu de vie. Au programme de la ZAC Centre-ville Gradignan -sous la coupe de la FAB de Bordeaux Métropole- des logements de luxe et centres commerciaux qui devraient contribuer à faire grimper les prix de l’immobilier dans la commune.

jeudi 24 juin

Crédits photo : Juliette / Collectif Partout Chez Elle

Interrogé à de nombreuses reprises, Pierre Hurmic justifie l’impossibilité de repousser ou d’annuler l’expulsion des squats de l’Eclaircie et La vie est belle, dont la Mairie de Bordeaux est propriétaire du terrain, en raison du calendrier de la ZAC Centre-ville Gradignan.

Logements de luxe et centres commerciaux

La Fab, service d’urbanisme de la métropole, concessionnaire public en charge de la construction de la ZAC, détruit 11 hectares d’équipements publics, dont les terrains devraient servir à la construction de logements de luxe et centres commerciaux.

Selon les défenseurs de l’expulsion, le groupe scolaire qui sera construit à la place de l’ancienne maison de retraite, abritant 150 habitants sur l’ensemble des bâtiments, doit absolument être livré dans les temps. Or, ce que Pierre Hurmic omet de préciser c’est que l’urgence de cette livraison est due à la destruction de trois écoles publiques fonctionnelles sur la commune de Gradignan, au profit de ce même projet de ZAC, dont plus de 70% sera revendu à des concessionnaires privés tels que des promoteurs immobiliers ou de grandes enseignes commerciales.

Il est évident que si l’expulsion est si urgente, c’est avant tout parce que la transaction va rapporter une somme importante au CCAS de Bordeaux : la vente du terrain sur lequel se trouve l’Éclaircie et la Vie est Belle lui rapporterait plus de 15 millions d’euros, selon des associations de défense du lieu de vie !

La Mairie de Bordeaux, la Métropole et la Préfecture s’alignent

Pierre Hurmic et Michel Labardin, actuel maire de Gradignan, sont tous deux vice-présidents de Bordeaux métropole et voient un intérêt certain à ce projet d’aménagement. La destruction de ce lieu et l’expulsion de ces 150 personnes devraient contribuer à travers le projet de ZAC à la gentrification de la commune de Gradignan, l’une des rares encore accessible financièrement dans l’agglomération bordelaise.

Le terrain sur lequel se trouve l’Eclaircie et La Vie est Belle est un legs cédé à la Mairie de Bordeaux avec pour conditions de servir à la protection de femmes et d’enfants (rôle que jouent à l’heure actuelle les lieux de vie). Mais toujours avec cette même soif de profit, la Préfecture a accordé une déclaration d’utilité publique afin de permettre la vente du terrain.

Une expulsion qui en annonce d’autres

Dans la continuité de ces accords entre la mairie EELV et la préfecture de Bordeaux, dont la politique raciste et anti-migratoire n’est plus à démontrer, le projet “Mission Squat” dont les deux instances sont cosignataires, annonce certainement une triste série d’expulsions menées conjointement. La plateforme numérique créée par la préfecture permet de recenser les habitants vivant en squat, en récoltant des données personnelles sur le parcours résidentiel ou scolaire des personnes, leur dossier de santé ou encore leur casier judiciaire. Alors que la préfète se réjouissait sur le plateau de France 3 en novembre dernier d’avoir commencé "l’évacuation des squats sur la métropole” en affirmant qu’elle “ne [comptait] pas s’arrêter”, on se doute que toutes ces informations faciliteraient les arrestations au cours des expulsions et les détentions en Centre de rétention Administrative, avant la reconduction aux frontières de ces personnes.

L’expulsion prévue de l’Éclaircie illustre parfaitement les drames humains qui vont suivre. Harmonie LeCerf et Pierre Hurmic n’ont cessé de clamer haut et fort qu’il s’agissait d’une résorption et non d’une expulsion, sous-entendant que toute personne vivant sur les lieux serait relogée. Or, l’arrêté d’expulsion a été prononcé avant que toutes les solutions ne soient proposées et trouvées. Aujourd’hui, à moins de 2 semaines de la date annoncée de l’expulsion, 12 familles dont plus de 60 hommes hommes seuls se retrouvent sans aucune proposition de relogement, dans une situation critique puisque la plupart, notifiés d’une OQTF, sont d’autant plus exposés à un renvoi dans leur pays où ils peuvent être soumis jusqu’à des menaces de mort.

Harmonie Lecerf, adjointe à la Mairie de Bordeaux explique que la Mairie n’a plus de bâtiments à sa disposition pour se disculper, or ces moyens existent et sont présents : il existe, rien que sur la ville de Bordeaux, une dizaine de milliers de logements vacants qui sont disponibles et pourraient être réquisitionnés. Rappelons que le bâtiment de l’Eclaircie appartient au CCAS de Bordeaux dont Pierre Hurmic est le président, que l’acheteur du terrain est également un organisme public de la métropole dont Pierre Hurmic est également vice-président : il s’agit donc avant tout de se donner les moyens de la volonté politique, la liste de tous les leviers d’action que possède la mairie étant longue !

Non à l’expulsion de l’Eclaircie et de La vie est belle !

Le relogement n’est qu’un moindre mal et fait passer la politique de résorption des squats pour un choix plus humain que celui de l’expulsion. Mais il ne s’agit que d’un simulacre quand nous savons que cette politique est menée conjointement avec la préfecture qui se vante dans cette même interview à France 3, d’avoir fait augmenter le nombre d’OQTF délivrés sur le département de Gironde et les reconductions à la frontière de 16% sur les premiers mois de l’année. Or la majeure partie des habitants de l’Éclaircie et de La vie est belle sont notifiés d’une OQTF.

Nous nous opposons fermement à l’expulsion de ce lieu, et demandons la régularisation de tous les habitants, et sans papiers. En effet, reloger sans régulariser est une vaste escroquerie qui ne vise qu’à repousser la misère un peu plus loin et expulser le moment venu.

Le droit à un toit est un droit fondamental qui ne se négocie d’aucune manière, nous revendiquons la réquisition de tous les logements vides afin qu’ils puissent être distribués à toutes les personnes dans le besoin ! Nous ne devons avoir aucune confiance dans les relogements temporaires délivrés habituellement à la suite des expulsions, qui se résument parfois à quelques nuits d’hôtel ou au 115 déjà surchargés, qui ne font qu’isoler et vulnérabiliser encore plus ces personnes.

Enfin, parce que la question des squats n’est que le symptôme d’une politique anti-migratoire menée par le gouvernement français, nous demandons l’ouverture des frontières afin que la demande l’asile ne se fasse plus au périple de sa vie et l’arrêt des opérations militaires extérieures françaises qui ne font que renforcer l’instabilité des pays fuis par ces mêmes personnes !




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