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Guerre en Ukraine

Difficultés sur le front ukrainien : vers une percée russe ?

Le blocage de l’aide militaire des États-Unis inverse lentement la situation sur le front ukrainien. Face à l’ampleur croissante des attaques russes, la pénurie d’obus et l’insuffisance de sa défense aérienne, l’Ukraine se retrouve dans un moment de fragilité importante.

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Difficultés sur le front ukrainien : vers une percée russe ?

Crédit photo : Police nationale d’Ukraine, Wikimedia commons

Les deux premières semaines d’avril ont été marquées par des réussites militaires considérables pour la Russie, combinant les bombardements du système énergétique ukrainien avec des avancées de troupes sur le front et la capture de nouvelles positions. Cette situation n’est pas anodine car un changement significatif du rapport de force dans la guerre en Ukraine pourrait accélérer l’implication des États impérialistes dans le conflit, ainsi que l’allure de leur marche vers la militarisation et l’économie de guerre. Ces derniers mois, les hauts responsables britanniques, français et allemands ont présenté la guerre en Ukraine comme le premier pas de Vladimir Poutine avant qu’il ne se tourne vers la Pologne, la Roumanie, la République tchèque et les pays baltes : la guerre changerait donc d’enjeux et nécessiterait la préparation militaire de tous les pays européens. Comme la perspective d’une guerre régionale au Moyen-Orient, ouverte par les provocations d’Israël contre le Liban, la Syrie et l’Iran, la guerre en Ukraine est un des principaux nœuds de la situation géopolitique mondiale. Des nœuds reliés entre eux par l’implication des États impérialistes dans ces conflits, à commencer par les États-Unis.

Sur le front ukrainien, le principal facteur d’évolution est le blocage d’aide militaire dans le parlement états-unien, retenue par le bloc trumpiste depuis plus de six mois. Par le passé, Démocrates et Républicains s’accordaient dans un consensus bipartisan pour un investissement massif dans la guerre en Ukraine. Deux ans plus tard, la composante trumpiste du Parti Républicain est en train de changer de ligne, avançant que la guerre est ingagnable et qu’il faudrait pousser l’Ukraine à la table des négociations. J.D. Vance, un sénateur trumpiste influent d’Ohio, a argumenté dans le New York Times que l’aide fournie par les États-Unis ne suffira pas pour garantir la victoire de l’Ukraine et que le complexe militaro-industriel états-unien n’a tout simplement pas les capacités de produire assez d’obus pour l’Ukraine. Si le speaker de la Chambre des représentants, le Républicain Mike Johnson, a enfin promis de tenir un vote sur une enveloppe d’aide militaire à l’Ukraine cette semaine, sa volonté de séparer cette enveloppe de celles destinées à Israël et Taiwan est un appel au pied à l’extrême-droite trumpiste qui souhaite pouvoir voter contre le soutien à l’Ukraine sans retarder le soutien à Israël.

Fragilités ukrainiennes face aux drones et aux frappes aériennes

Même si les États-Unis réussissent à renouveler leur soutien à l’Ukraine, les répercussions du blocage états-unien sont déjà là. A commencer par la pénurie d’obus : le rapport actuel entre tirs ukrainiens et tirs russes est de 1 contre 5, a averti le commandant des forces terrestres des États-Unis en Europe Christopher G. Cavoli. Sans aide supplémentaire, « cela passera à 1 contre 10 dans les prochaines semaines ». Cavoli a affirmé que l’Ukraine « reste presque entièrement dépendante de l’aide militaire extérieure. L’heure est extrêmement grave : si on ne continue pas à soutenir l’Ukraine, l’Ukraine pourrait perdre… Elle pourrait bientôt épuiser ses stocks d’obus et d’intercepteurs de défense aérienne. »

Le déficit de défense anti-aérienne ukrainienne permet à la Russie d’atteindre des cibles stratégiques de l’infrastructure civile et militaire avec ses missiles balistiques, bombes planantes et drones explosifs. Ces dernières semaines, les bombardements russes ont endommagé près de 80% des centrales thermiques d’Ukraine et plus de la moitié de ses centrales hydroélectriques, menant à des coupures d’électricité et des dégâts tellement massifs que certains prendront des années à réparer, ce qui annonce un hiver rude et difficile dans plusieurs régions d’Ukraine.

Cette offensive pousse l’Ukraine à la recherche de systèmes de défense anti-aérienne Patriot, le ministre des affaires étrangères Dimitri Kouleba implorant les pays européens à transférer leurs systèmes à l’Ukraine. A l’heure actuelle, seule l’Allemagne a accepté de donner un seul Patriot à l’Ukraine. Zelensky estime que le pays en a besoin d’au moins 25 pour couvrir l’ensemble du territoire ukrainien des bombardements russes.

Avancées russes sur le front de l’est

Les avancées de l’infanterie russe sont relativement lentes, car l’usage des drones explosifs low-cost est devenu constant de deux côtés, leur permettant de surveiller le champ de bataille. Cela a pour conséquence de dissiper le brouillard de guerre, car chaque mouvement est instantanément repéré par l’adversaire. Tout déplacement d’un groupe de soldats l’expose à une forte probabilité d’attaque. Malgré ce facteur, l’armée russe dispose d’une supériorité numérique et d’un grand nombre de colonnes blindées qu’elle a hérité de l’Union soviétique et qu’elle utilise activement pour ses offensives. Cela lui permet de grignoter les territoires sur la ligne de front et d’avancer sur les directions de Bakmout (vers la ville minière Tchassiv Yar) et d’Avdiivka vers les points d’approvisionnement logistique de l’armée ukrainienne situés dans les villages de Karlovka, Selidovo et Kourahovo. Même si on est loin de la vitesse des offensives éclairs du début de la guerre, il faut prendre mesure de ces avancées qui sont en train de changer les lignes du front y compris dans les endroits où elles étaient pratiquement figées depuis 2022, l’armée russe ne disposant pas d’un rapport de force suffisant jusque-là.

Les hauts responsables ukrainiens, à commencer par Zelensky, affirment que la Russie se prépare à une offensive terrestre de grande ampleur pour conquérir Kharkiv, la deuxième ville de l’Ukraine avec un million et demi d’habitants. Les autorités locales ont déjà entamé la construction des fortifications, tout en niant publiquement la perspective de l’offensive russe. La bataille pour Kharkiv nécessiterait d’immenses ressources humaines et technologiques pour la Russie, qui a déjà manqué son offensive contre la ville au printemps 2022 et a été repoussée de la région à l’automne de la même année. Il n’est donc pas certain que la Russie ose prendre sa revanche, mais l’assaut pourrait se passer différemment cette fois-ci, en raison du grand déséquilibre aérien qui s’est creusé au fil des derniers mois : les bombardements des dernières semaines ont déjà laissé Kharkiv sans lumières de rue et sans chauffage.

L’Ukraine face à une pénurie d’hommes et d’obus

Frappes contre les infrastructures énergétiques, attaques de l’artillerie sur Kharkiv et avancée des troupes russes sur la ligne de front... En 2024, l’optimisme passé d’une possible reconquête des territoires Ukrainiens perdus cède à des pronostics beaucoup plus sombres, voire catastrophistes. « La situation sur le front de l’est s’est considérablement détériorée dans les derniers jours », a déploré le 13 avril Aleksandr Syrsky, le chef d’état-major ukrainien. « Sans aide militaire de nos alliés occidentaux, on aura des difficultés critiques face à l’offensive russe », a reconnu Kirilo Budanov, chef de service du renseignement militaire de l’Ukraine. Un représentant des États-Unis chargé du dossier ukrainien, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a confié à Bloomberg que la défense ukrainienne risquait de s’effondrer. Sans assistance, l’Ukraine « perdra la guerre », affirme tout simplement Zelensky.

Face à ces sombres perspectives, l’Ukraine multiplie ses efforts pour réduire le déséquilibre qui ne cesse de se creuser entre ses forces et l’armée russe. Au-delà des armes, ce sont les ressources humaines qui manquent. Le 11 avril, le parlement ukrainien a voté une loi pour baisser l’âge de conscription de 27 à 25 ans, renforcer les peines pour l’évasion du service militaire et interdire la démobilisation des soldats actifs, alors que certains se battent déjà depuis plus de deux ans avec très peu de répit. La diplomatie ukrainienne est devenue plus agressive ces derniers mois alors que l’effort de recherche d’armes s’intensifie. Aujourd’hui, le ministre des affaires étrangères Dmytro Koleba et Zelensky lui-même critiquent ouvertement les pays européens et les États-Unis pour leur manque de volonté sur l’envoi de systèmes de défense anti-aérienne.

Contre les dettes, contre les annexions, pour une Ukraine indépendante, ouvrière et socialiste !

Depuis le début de la guerre, Révolution Permanente défend une position « ni Poutine, ni OTAN », n’acceptant ni la guerre d’invasion que livre le régime de Poutine à la population ukrainienne, ni la participation de l’OTAN au conflit qui utilise les combattants ukrainiens comme chair à canon pour affaiblir son adversaire russe. Deux ans après le début de la guerre, on a vu le résultat des politiques des impérialistes qui ont poussé le gouvernement de Zelensky à poursuivre la guerre : des territoires annexés et dévastés, des millions des réfugiés dont les maisons ont été détruites, des centaines de milliers de soldats morts de chaque côté, des régions entières couvertes de mines et des bombes à sous-munitions attendant d’exploser.

Aujourd’hui, une partie des dirigeants du bloc impérialiste commence à vouloir conditionner l’aide à l’Ukraine à son endettement, ce qui la transformerait définitivement en un État vassal de l’OTAN, ou la pousserait à des négociations de paix avec des annexions. Une situation qui met à nue l’absence d’un troisième camp, celui des masses ouvrières ukrainiennes et russes mais aussi des classes populaires dans les pays impérialistes, qui lutterait pour une rupture révolutionnaire avec cette guerre. Sans cela, il n’existe aucune alternative progressiste pour les habitants de la région. Il faut un camp qui lutterait résolument pour une Ukraine libérée de la dette, indépendante à la fois de la Russie mais aussi des États impérialistes, une Ukraine ouvrière et socialiste.


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