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Politique

OU EST STEVE ?

Disparition de Steve. La police se protège des poursuites en portant plainte contre les fêtards.

Depuis la fête de la musique à Nantes où des policiers étaient venus déloger des participants réunis sur les bords de Loire, dont 14 avaient été repêchés dans le fleuve, Steve n’est toujours pas réapparu. Entre participants et policiers les versions des faits s’opposent …

mercredi 17 juillet

Les policiers prennent les devants

La première enquête annoncée par le procureur de la République à Nantes, le mardi 16 juillet, répond, selon sa déclaration à l’AFP, à « dix plaintes de policiers qui ont été blessés lors des évènements de la Fête de la musique et qui ont déposé plainte pour des violences sur personne dépositaire de l’autorité publique ». Ces plaintes ont été prises en compte par le Parquet et transmises à la police judiciaire pour enquête.

Face à une intervention très controversée et qui fait désormais l’objet de nombreux tags et affiches à Nantes réclamant la vérité sur la disparition de Steve, la meilleure défense est bien évidemment l’attaque. En portant plainte, chacun de manière individuelle, les 10 policiers accréditent la thèse d’une légitime riposte face à des agresseurs dont ils auraient été victimes, blessés pour 5 d’entre eux et « roué de coups à terre » pour un autre. Ils ont d’ailleurs pour soutien de cette posture de défense, le chef adjoint de la direction départementale de la sécurité publique qui estime « qu’il s’agissait d’une riposte qui s’inscrit dans le cadre de la loi ». On sait, d’autant plus depuis la mobilisation des Gilets Jaunes, que les forces de police n’hésitent pas à porter plainte, parfois préventivement, parfois de manière défensive, lorsqu’elles veulent se dédouaner des violences commises, quitte, en certaines occasions, à inventer des prétextes de poursuites fallacieux…

La plainte collective des participants

De leur côté, pas moins de 89 participants à ces évènements se sont associés pour déposer, le 3 juillet, une plainte collective auprès du Parquet pour « mise en danger de la vie d’autrui et violences volontaires par personnes dépositaires de l’autorité publique ».

Le procureur, après avoir annoncé l’enquête diligentée en réponse à la plainte des policiers a également déclaré avoir saisi l’IGPN (Inspection générale de la police nationale) pour une enquête concernant cette plainte collective. Il a précisé qu’il s’agissait d’une saisine dans un cadre « judiciaire ».

Finalement, les procédures se multiplient autour de la disparition de Steve : une information judiciaire a été confiée à un juge d’instruction et les recherches pour retrouver éventuellement son corps dans la Loire se poursuivent. Par ailleurs, deux autres enquêtes sont en cours, l’une de l’IGPN et l’autre du défenseur des droits afin d’éclaircir les circonstances de l’intervention de la police.

L’avocate des participants, Maître Marianne Rostan, ne manque pas de rappeler que « ce n’était pas l’intention de départ du procureur que d’ouvrir une enquête » mais déclare se réjouir de la suite donnée aux deux plaintes et de l’ouverture de plusieurs champs d’enquête : « Plus il y a d’enquêtes, plus il y a d’investigations, plus on espère avoir des résultats satisfaisants ». Une manière convaincue d’affirmer implicitement que la vérité est du côté des participants et qu’elle n’a rien à redouter des enquêtes fussent-elles en réponse à la plainte des policiers.

A la recherche de la vérité entre des versions contradictoires

Car ce qui est en jeu, et ce que réclament les 89 et tous ceux, nombreux, qui les soutiennent, c’est l’émergence de la vérité entre deux versions qui s’opposent, celle des participants et celle des policiers.

Seul le point de départ est commun : dans la nuit du 22 au 23 juin, nuit de la Fête de la musique, les policiers sont intervenus vers 4 h 30 pour faire cesser la musique sur le quai Wilson qui borde la Loire et qui ne comporte aucun parapet à cet endroit. A partir de là les points de vue divergent.

Les policiers affirment avoir subi des jets de projectiles et s’être légitimement défendus. Les participants de leur côté dénoncent une intervention disproportionnée, un abus d’usage de gaz lacrymogène qui les aurait aveuglés générant une panique et entraînant la chute de 14 d’entre eux dans la Loire où ils ont été repêchés par les secours.

Les policiers devraient pourtant être avertis des dangers de ce type de situation qui ne se produit pas pour la première fois. On ne peut s’empêcher, devant la disparition de Steve, d’évoquer le souvenir de Gilles Tautin en juin 1968, lycéen de 17 ans venu soutenir les grévistes de Renault Flins et mort noyé dans la Seine pourchassé par les forces de police.

Cette fois-là, les versions avaient également divergé entre la police et les participants et c’est en masse qu’hommage avait été rendu à Gilles, victime de la violence de la police.




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