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Politique

Ecoles et reconfinement : la garderie du MEDEF, deuxième round

Débordé par l’épidémie de Coronavirus, le président de la République a annoncé la mise en place d’un nouveau confinement. Reconfinement total ? Non ! Si les commerces et les lieux accueillant du public vont devoir fermer, les établissements scolaires vont rester ouverts pour permettre à tout un chacun de continuer à travailler. Si ce n’est pas une surprise, l’annonce reste brutale alors que, depuis la rentrée, les écoles sont devenues des lieux centraux dans la propagation du virus. Eludant la question, Emmanuel Macron s’est ainsi contenté de promettre le « renforcement » d’un protocole sanitaire déjà quasi-inexistant.

mercredi 28 octobre

Blanquer à l’université d’été du MEDEF
Crédit Photo : DR

Une reprise de l’école nécessaire, mais criminelle sans un protocole sanitaire efficace !

Les « dégâts » que la fermeture des écoles de mars à mai a provoqué pour les élèves et les familles les plus modestes : c’est le prétexte retenu par Emmanuel Macron pour justifier de la réouverture des écoles dès la fin des vacances scolaires, rejetant la possibilité d’un décalage de la rentrée qui aurait pu être une solution pour répondre à l’urgence sanitaire. L’argument est fondé, car les répercussions du précédent confinement, notamment dans les milieux les plus précaires, ont montré le rôle essentiel que joue l’école dans le maintien du lien social, un lien qu’il est impossible de maintenir à distance. Déjà évoquée en septembre pour justifier de faire de la réouverture totale des écoles une priorité absolue, cette constatation reste toutefois, hier comme aujourd’hui, du domaine de l’hypocrisie de la part d’Emmanuel Macron. Et pour cause, le gouvernement n’a, de par sa politique, démontrée que son mépris pour les plus précaires. En définitive, le maintien ouvert des écoles relève de la seule nécessité de maintenir l’économie.

Pour Emmanuel Macron comme pour Jean-Michel Blanquer, la rentrée de septembre se devait d’être « la plus normale possible » pour pouvoir faire fonctionner l’économie – comprendre, maintenir les profits du grand patronat et les bénéfices des actionnaires – le tout sans investir un centime pour éviter la propagation du virus à l’école. Une logique qui a conduit à ce que la seule mesure concrète mise en place pour les établissements scolaires soit le port obligatoire du masque pour les personnels et pour les enfants à partir du collège. Avec, pour les personnels, des masques inefficaces et soupçonnés d’être toxiques, et, pour les élèves, le soin laissé de payer leurs propres masques… Le discours prononcé mercredi soir par le Président de la République reste dans la même veine. Si la protection de la santé des jeunes, des vieux, des personnes les plus fragiles est soi-disant la priorité du gouvernement, elle reste conditionnée au « juste équilibre » qui n’a pour but que de protéger l’économie, cette dernière ne devant « ni s’arrêter, ni s’effondrer ».

Alors qu’une étude israélienne conclut sans ambages que dans le pays, « la réouverture des écoles est bel et bien responsable d’une reprise de l’épidémie », en France, les conséquence de cette politique qui place l’économie au-delà de toute considération sanitaire et sociale ont fait des écoles, dès la fin du moins de septembre le deuxième réservoir pour la propagation du virus, avec plus d’un tiers des clusters en cours d’investigation. Une situation que le gouvernement a laissée pourrir, se refusant à prendre toute mesure qui aurait pu impliquer des dépenses supplémentaires ou éloigner les parents de leur travail : limitation du nombre d’élèves par classe et embauche de personnels pour alléger les groupes, locaux supplémentaires pour permettre la distanciation sociale et empêcher le brassage, embauche d’infirmières et de médecins scolaires pour éviter que les élèves ne s’entassent dans les infirmeries, contrôle systématique des élèves et des enseignants cas-contacts… Pire, face à la recrudescence des cas, la notion de cas-contact a progressivement disparu dans l’Education Nationale pour éviter d’avoir à fermer les classes. Ainsi, contrairement à ce qu’a pu faire croire le gouvernement, blâmant les soirées étudiantes, c’est dans le secondaire (collège et lycées) que se sont développés la majorité des clusters.

En septembre, rien n’était prévu… En novembre non plus ?

Les établissements scolaires avaient été les premiers à fermer au mois de mars dernier. A l’époque, l’école était perçue – à juste titre, on l’a vu plus haut – comme un vecteur important de circulation au virus par le gouvernement. Mais cette fois-ci, le gouvernement a retenu la leçon de la crise : hors de question que les travailleurs ne puissent pas aller travailler, même au mépris de leur santé et de celle de leurs proches. Emmanuel Macron n’est donc pas à un paradoxe près. Tout en reconnaissant que « si le virus tue les plus âgés, il tue aussi les plus jeunes » et qu’il « développe aussi des formes graves chez les plus jeunes », il maintient qu’il faut que les écoles restent et que les parents « participent en travaillant » (!) à l’effort commun contre le virus. Les enseignant.e.s sont ainsi à nouveau ramené à leur rôle premier du point de vue de l’Etat, celui de garderie pour le MEDEF.

Pire, les enseignant.e.s, qui dénoncent depuis le mois de septembre les conditions sanitaires souvent déplorables dans lesquels ils exercent, seront à tous coups à nouveau renvoyés enseigner sans protection face au virus. Le président annonce des mesures « renforcées »… Mais que peut-on renforcer lorsque l’on n’a déjà rien mis en place ?! Une situation d’autant plus ironique que le gouvernement prétendait il y a encore quelques jours avoir « particulièrement choyée » l’Education Nationale et versait sa dose de larmes de crocodile sur des héros de la République injustement méprisés. Dans un contexte où le gouvernement instrumentalise l’assassinat de Samuel Paty pour défendre ses politiques islamophobes et réactionnaires, on peut rappeler que l’on compte un enseignant parmi les premiers morts français du covid, tandis qu’une AESH, atteinte d’une maladie auto-immune et pourtant exclue des personnels « à risque », en est morte cette semaine. Mais pour eux, pas un mot ni une minute de silence.

Ainsi, si le retour en classe est nécessaire pour nos élèves, il faudra que l’Etat nous donne les moyens qu’il prétend vouloir nous accorder pour que nous puissions enseigner sans contaminer. Dans un contexte de pandémie mondiale, il est scandaleux que le gouvernement ait fait des économies de bout de chandelle sur l’école en maintenant le jour de carence pour les personnels qui tombent malades et refuse pour l’instant de reconnaitre les personnes à risque, pour lesquels les critères se sont progressivement réduits à peau de chagrin. Il est aussi scandaleux que n’aient pas été fournis aux personnels et aux élèves des masques gratuits et de qualité, et qu’aucun investissement n’ait été fait pour permettre d’assurer les cours en groupes restreints. Pour rappel, alors que le gouvernement tente de réduire les réunions privées au maximum, nous accueillons jusqu’à nouvel ordre plus de 30 élèves en classe !

Des moyens pour l’éducation, pas pour les patrons et la répression !

Près de 470 milliards d’euros, aides et prêts européens compris, avaient été débloqués pour les mesures d’urgence suite au premier confinement. Des mesures qui ont profité avant tout aux plus grandes entreprises, qui, pour la plupart, n’ont pas connu de pertes pendant la crise, dont elles ont plutôt profité pour licencier. Alors même que le budget de l’Education National ne se voit accorder que 400 millions] à la rentrée, le gouvernement a annoncé en septembre un plan de relance de 100 milliards d’euros pour l’année 2021-2022, le tout accompagnée de la suppression des impôts de production. Une revendication historique du MEDEF qui prive le budget de l’Etat de 20 milliards d’euros sur deux ans, somme qui aurait pu permettre de créer plusieurs centaines de milliers de postes de soignant.e.s ou d’enseignant.e.s. De même, alors que l’hôpital dénonce le manque de personnel pour gérer la crise et que plus de 8 000 postes seront supprimés dans l’Education Nationale à la rentrée prochaine, Gérard Darmanin et Marlène Schippa se félicitaient, en septembre, du recrutement de 6000 policiers et gendarmes dans le cadre de la loi sur le séparatisme.

Une fois de plus, le gouvernement montre qu’il fait ses choix. Pour les hôpitaux, qui devraient pourtant être une priorité absolue lorsqu’il s’agit de lutter contre une pandémie, des mesures marginales qui n’arrivent que pour masquer le désengagement profond de l’Etat et sont, sous couvert de nouveauté, les mesures annoncées lors du Ségur de la Santé, déjà jugé insuffisant par les soignant.e.s. Pour les mesures sanitaires « renforcées », le président n’a pour l’heure annoncé aucun moyen supplémentaire pour l’école, dont l’Etat ne se soucie que lorsqu’elle peut lui servir de relai idéologique. A l’inverse, c’est toujours plus d’argent qui est versé au grand patronat et de moyens qui sont donnés pour la répression. Dans ce contexte, il est nécessaire que les directions syndicales se mobilisent dès la rentrée et refusent de jouer le jeu du gouvernement, comme elles s’apprêtent à le faire dans le cadre du Grenelle de l’Education ou comme elles ont pu le faire lors de l’hommage rendu à Samuel Paty à Paris, si de véritables mesures de protection des personnels et des élèves ne sont pas mises en place. L’école est essentielle pour nos élèves et pour leurs familles, mais nous ne pouvons pas accepter de retourner en classe sans protections pour nous adapter à la situation sanitaire. Si nous devons « apprendre à vivre avec le virus », comme l’é décrété en août le président de la République », il s’agirait d’abord de ne pas en mourir.




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