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Notre classe

5000 suppressions d’emploi

Airbus poursuit son plan de licenciement historique

Le 30 juin, Airbus confirmait la mise en place du plus grand plan de suppression de postes jamais réalisé par l’avionneur. Sans exclure des licenciements secs, ce plan implique 15.000 suppressions d’emploi à échelle internationale, dont 5000 en France et 3500 sur les sites aux alentours de Toulouse. Les négociations ont repris ce début semaine et les licenciements « secs » ne sont pas à exclure.

vendredi 11 septembre

Le 30 juin, Airbus confirmait la mise en place du plus grand plan de suppression de postes jamais réalisé par l’avionneur. Sans exclure des licenciements secs, ce plan implique 15.000 suppressions d’emploi à échelle internationale, dont 5000 en France et 3500 sur les sites aux alentours de Toulouse. Et cela dans un secteur arrosé par 15 milliards du plan de relance et où, malgré les risques sanitaires, les ateliers n’ont pas fermé pendant le confinement.

Dans la droite ligne du gouvernement et du reste du grand patronat, l’avionneur s’est ainsi mis en marche pour faire payer la crise aux travailleurs. Le 8 juillet suite aux annonces de ce carnage à l’emploi, plus de 7000 salariés rejoignaient l’appel à manifestation et débrayage d’une heure et demie lancé par les syndicats FO, CFE-CGC et CFTC. 

L’énorme cortège défilant sur le site de l’avionneur à Blagnac témoignait de l’inquiétude des travailleurs mais aussi du potentiel du rapport de force que pourraient imposer les salariés d’Airbus et de l’ensemble de l’aéronautique. Par leur nombre d’une part, mais aussi parce que ce sont eux qui font tourner cette industrie : sans eux, pas un avion ne sortirait des hangars, ils peuvent même les empêcher de se poser sur les pistes.

Malgré cette potentialité, le plan de cette intersyndicale pour ces milliers de travailleurs, ouvriers ou ingénieurs, est d’en rester au « dialogue social », de négocier quelques licenciements en moins avec la direction du groupe. Les syndicats qui appelaient à cette journée, l’ont fait en retenant la bride : « Le but de cette manifestation est d’envoyer des messages, ce n’est pas encore de la colère » affirmait Françoise Vallin, coordinatrice CFE-CGC chez Airbus.

Deux mois sont passés : ce lundi 7 septembre les négociations ont repris à Toulouse entre Airbus et les syndicats et tel que le relève Les Echos, l’offensive patronale n’a évidemment pas bougé d’une ligne avec la journée d’action isolée du 8 juillet : « l’objectif affiché par la direction est toujours de supprimer près de 15.000 emplois dans le monde, dont environ 5.000 en France […] - départs volontaires, préretraites, chômage partiel de longue durée -, pour limiter au maximum les départs contraints ». Et ajoute : « mais pour l’heure, le nombre des candidats au départ en France est encore très loin de pouvoir équilibrer celui des suppressions de postes prévues ».

Face à ce fait, les syndicats n’ont pas non plus revu leur stratégie. Tel que l’expliquait Jean-François Knepper, délégué central FO chez Airbus dans une interview pour France Bleu, le but du syndicat majoritaire est « d’arriver par la négociation à 0 licenciements secs ». Et cela alors que les attaques patronales dans la sous-traitance anticipent le carnage qui vont subir les salariés du donneur d’ordre, et malgré le fait que les salariés ayant subi des APC comme ceux de Derichebourg ou DSI, où font face à une PSE comme AAA, ont déjà averti du danger d’épuiser le temps qui devrait être consacré à la construction du rapport de forces, dans la table de négociations.

La passivité de la direction du syndicat majoritaire devant l’offensive patronale et son adaptation aux cadres et aux rythmes du « dialogue social » n’est pas fortuite, elle découle des objectifs que FO, la CFE-CGC et la CFTC se sont fixés : tout accepter sauf les licenciements dits « secs » ou contraints. Ce qui dans les faits veut dire adapter les conditions de vie et de travail de salariés à la soif de profit du patron. Rien d’étonnant donc que Jean-François Knepper espère – tel qu’il le relevait lors de son interview sur France Bleu – que « les dirigeants reviennent à la raison » plutôt que de faire confiance à la force des travailleurs en lutte et de commencer à préparer un plan de bataille pour défendre les emplois et les salaires coude-à-coude avec les salariés de la sous-traitance.

Le fait que la direction d’Airbus et les directions syndicales mettent en avant les « suppressions de postes », les « départs volontaires » ou encore les « mesures de retraite anticipée », n’est que de la poudre aux yeux pour donner l’impression de faire le choix du « moindre mal » et retarder l’explosion de la colère en dissimulant la réalité d’un large plan de précarisation. En effet, la direction a déjà averti qu’elle n’écartait pas des mesures forcées et comme on pouvait le lire dans Les Echos. La direction a aussi déjà limité l’accès aux départs en préretraite à 690 salariés sur l’ensemble du groupe. La raison : s’épargner le coût de « l’allocation mensuelle de l’entreprise représentant entre 50 et 65 % de la rémunération brute, assortie d’une indemnité de départ pouvant représenter jusqu’à dix-huit mois de salaire »

Ce qu’il reste donc à négocier d’ici la mi-octobre – où les négociations devraient se conclure – ce sont les « départs anticipés » sous forme de reconversion professionnelle alors que le chômage explose, et des baisses de salaire sous forme d’Accord de Performance Collective (APC). Pour comprendre ce que peut être un APC, rien de plus parlant que le cas Derichebourg. Dans cet entreprise la direction s’est servie d’un APC pour baisser les salaires et par ce moyen-là, pousser des salariés à la porte. La forte baisse de salaire de l’APC, combinée à la baisse due au chômage partiel, 163 salariés ont dû partir de l’entreprise

Ce carnage sur les salaires et l’emploi est d’autant plus scandaleux qu’Airbus et le secteur de l’aéronautique ont cumulé des milliards de bénéfices ces dernières années. Même avec une réduction de 40% de l’activité, tel que le relevait le délégué central de FO, l’avionneur n’a même pas eu à puiser dans sa trésorerie. Et le cas n’est pas isolé. Pour AAA, qui compte licencier le 45% de ses effectifs le cabinet d’expertise considérerait que l’entreprise n’est pas en difficulté et que le PSE n’est pas nécessaire, selon une source syndicale. Cela montre bien que face à l’argument de difficultés financières ou risques de faillite, les travailleurs devraient toujours revendiquer la possibilité de pouvoir regarder les comptes de leurs entreprises, les profits et les bénéfices engrangés lors des dernières années, et ne pas adapter leur niveau de vie à la soif de rentabilité du patronat comme le prétendent les directions syndicales de FO, CFE-CGC et CFTC.

Actuellement le secteur aéronautique, en mettant de côté les APC, est frappé par une trentaine de PSE. Dans certaines entreprises la moitié des salariés est concernée. Comme dit plus haut, AAA a annoncé 719 licenciements après avoir mis fin au contrat de plus de 800 intérimaires. Mais ce qui pour les directions syndicales comme FO métallurgie est pris comme un sacrifice qui doit se négocier sous prétexte de la crise, ne sont que les mesures dont se sert le patronat pour garder sa marge de profit sur le dos des salariés. Et cette attitude conciliatrice des directions syndicales face à la destruction de postes – car les postes supprimés ne sont pas renouvelés – n’affecte pas seulement les salariés de l’entreprise et leurs familles, mais aussi toute la jeunesse finissant leurs formations et cherchant des débouchés dans le monde du travail. Dans un contexte où la vague de licenciements va coïncider avec l’arrivé de 700.000 jeunes sur un marché du travail sans débouchés et que le MEDEF et le gouvernement comptent nous faire « travailler davantage » dans des conditions plus précaires, les syndicats doivent lutter pour zéro suppressions d’emplois (comme le fait la CGT Airbus, en revendiquant une embauche pour un départ, au lieu d’une embauche pour 2 départs comme le propose FO), mais aussi commencer à avancer la revendication du partage du temps travail entre tous et toutes avec maintien de salaire. Il n’est pas question que les travailleurs payent la crise avec la montée du chômage et du temps travail en échange de salaires misérables pour maintenir les profits d’une minorité.

La régression sociale ne peut pas être un sujet mis sur la table de négociations. Face à la crise et à l’offensive combinée du patronat et du gouvernement pour la faire payer aux travailleurs, la seule issue favorable aux salariés va passer par la lutte. Les travailleurs de Derichebourg ont fait déjà une première expérience riche d’enseignements pour construire un vrai rapport de forces : l’importance de l’unité entre les travailleurs syndiqués et non-syndiqués, de construire des assemblés de salariés où décider des suites de la mobilisation, de lutter par la grève et de se coordonner avec les autres boites. Dans ce sens, le devoir des directions syndicales n’est pas de faire valoir les intérêts patronaux sous couverture de « départs volontaires » ou autre, mais de ne pas perdre du temps dans le « dialogue social » et de commencer à préparer un plan de bataille pour l’ensemble des salariés de l’aéronautique, donneur d’ordre et sous-traitants. Un plan de bataille qui dénonce clairement l’offensive patronale, qui refuse de « négocier le poids des chaînes » qui ne cède pas un pouce dans la défense des intérêts fondamentaux des travailleurs et qui vise à construire la grève en coordonnant les usines pour imposer 0 suppressions d’emploi et 0 baisse de salaire. 




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