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Politique

Casse du ferroviaire

Fermetures de petites lignes : Macron veut faire porter le chapeau à ses complices de la SNCF 

Macron en pleine reconquête de légitimité cherche à trouver des fusibles pour payer le coût de l'impopularité de ses politiques. Aujourd’hui il se tourne vers la direction de la SNCF profitant de la fermeture temporaire d’une petite ligne pour se dédouaner d’avoir massacré le rail au printemps dernier (en collaboration active avec les pontes de la SNCF bien entendu) : Jupiter veut continuer à donner des coups mais veut cesser d’en recevoir.

samedi 2 mars

Pris dans l’étau d’un mouvement des Gilets Jaunes qui ne s’arrête pas, Macron tente aujourd’hui de casser l’image de Président des riches qui lui colle très justement à la peau et de se faire le Président de l’intérêt général. Un Président qui retrousse les manches, va de grand débat en grand débat, se paye des coups de com’ faciles en se rendant auprès de SDF et s’offusque lorsque la petite ligne qui relie Saint-Dié à Epinal (Vosges) ferme.
 
Après la réforme ferroviaire, Macron cherche des responsables pour sa politique
 
Le rapport Spinetta qui a introduit les mesures prises dans le Pacte ferroviaire préconisait de supprimer un grand nombre de petites lignes, celles-ci n’étant pas assez rentables d’un point de vue capitalistique. Pourtant, sachant qu’il s’agit d’une mesure particulièrement impopulaire, le gouvernement avait laissé de côté ces suppressions préférant jouer sur le long terme et arriver à leur fermeture par la force des choses, et les déléguer aux collectivités locales. Par des politiques conscientes de sous-investissement ou de quasi-sabotage des lignes (en changeant les horaires pour empêcher des correspondances ou en rendant la ligne moins attractive), la désertification de ces lignes est organisée depuis des années au profit des lignes de cars ou du recours, en dernière instance, à la voiture.

A la suite de la réforme du printemps, la SNCF prévoyait déjà de surutiliser certaines lignes de TGV et les services low-cost (comme les OUIGO qui sont en pleine expansion, et qui sont aussi une porte vers la privatisation de pans entiers de la SNCF) pour vider les petites lignes et justifier d’autant plus leur fermeture. Si le gouvernement pouvait alors affirmer que formellement, le projet de loi ne s’attaquait pas aux petites lignes et ne baisserait pas la fréquentation de certaines dessertes, la réalité a rattrapé les usagers et les collectivités locales (comme en Occitanie ou dans les Hauts de France) et est venue alimenter la colère face à l’exécutif.
 
C’est dans ce contexte, où le pouvoir veut faire son mea culpa, qu’Emmanuel Macron, face aux élus du Grand-Est, a attaqué Guillaume Pépy, et le reste de la direction de la SNCF. En avril, Macron avait promis, pour calmer les inquiétudes que la ligne ne fermerait pas. Depuis la fin décembre, la ligne est fermée pour rénovation, le tunnel de Varémont menaçant de s’effondrer. Macron a sauté sur l’occasion pour se dédouaner de la politique qu’il mène envers le rail.
 
« Saint-Dié - Epinal rouvrira, c’est une bonne mesure de santé publique, parce que j’en ai assez que les gens ne se sentent pas concernés par ce qui est dit, y compris quand le président de la République dit des choses »
 « Jusqu’à preuve du contraire, c’est le contribuable, l’actionnaire de la SNCF. Et donc les engagements du président de la République sont aussi ceux des dirigeants de la société ».
 
Ces phrases illustrent la stratégie de l’exécutif qui veut faire porter le chapeau à des fusibles, ici Guillaume Pépy, lui aussi grand « fossoyeur du rail », mais qui a l’avantage d’avoir mené à bien toutes les contre-réformes voulues par les différents gouvernements depuis Sarkozy. Des rumeurs laissent circuler que celui-ci laisserait sa place à la tête de la SNCF à la mi-2020 (Elisabeth Borne, ministre des Transports qui a mené le Pacte ferroviaire pourrait être candidate à sa succession).

Ainsi Macron compte faire oublier que c’est bien lui qui a acté la mort du rail en tant que service public et qui a fait tant d’efforts pour attaquer les cheminots dans les médias mais aussi dans la rue avec ses forces de répression et en justice avec un certain nombre de cheminots qui ont été mis en cause après la grève du printemps. Si c’était bien le contribuable qui était l’actionnaire de la SNCF, les réformes de la boîte ne se feraient pas au profit des capitalistes qui vont pouvoir se jeter sur les lots les plus intéressants lors de l’ouverture à la concurrence mais seraient au service des travailleurs, pour de meilleures conditions de travail et offriraient en somme de meilleures conditions de voyage et à moindre coût pour les usagers.




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