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Monde

Sommet de Bamako

Françafrique. Quel bilan pour Hollande ?

Quatre ans après le déclenchement de l'opération Serval, le Mali accueille, les 13 et 14 janvier, le 27e sommet Afrique-France, réunissant plus d'une trentaine de chefs d’États, dont François Hollande. S'il est nommé « Sommet de Bamako pour le Partenariat, la Paix et l’Émergence », les questions de sécurité et d'économies seront en réalité au centre des discussions. Ce sommet symbolique, le dernier de François Hollande, servira de vitrine au bilan de la politique africaine du quinquennat. Le bilan d'une politique impérialiste et guerrière visant à maintenir les intérêts de la France sur le continent africain, en continuité avec la politique de son prédécesseur Nicolas Sarkozy, et en rupture avec son discours tenu en 2012 à Dakar dans lequel ce dernier promettait de rompre avec la Françafrique, ces réseaux politiques et économiques qui entretiennent l’influence néocoloniale de la France. Lili B.

jeudi 12 janvier 2017

Lieu symbolique, c’est le Mali qui accueillera cette année le 27e sommet Afrique-France, rencontres diplomatiques organisées pour la première fois en 1973, afin d’offrir un « nouveau cadre de dialogue entre la France et l’Afrique » dans un contexte post-colonial, de renforcer leur coopération et de repenser les rapports entre les métropoles et les anciennes colonies, ainsi que les pays africains plus généralement. Si les rapports sont différents que ceux qui structuraient le contexte colonial, les intérêts et privilèges de l’État français et des multinationales hexagonales sont protégées par cet autre système de domination qu’est la Françafrique. La politique africaine menée par Hollande ainsi que ces sommets diplomatiques n’en sont que l’expression.

En 2012, François Hollande, qui souhaitait un « renouvellement des relations avec le continent », assurait, à Dakar, qu’il « romprait avec la Françafrique en proposant une relation fondée sur l’égalité, la confiance et la solidarité », discours en nette opposition symbolique et sémantique avec son prédécesseur Nicolas Sarkozy et son discours sur l’homme africain qui ne serait pas encore entré dans l’histoire. Cependant le bilan de sa politique étrangère témoigne du contraire. Ami des autocrates et véritable chef de guerre, François Hollande n’a fait qu’œuvrer au maintien et au renforcement des intérêts français sur son pré-carré et au-delà, avec la volonté d’étendre les relations économiques par-delà le périmètre des anciennes colonies.

Hollande a en effet très vite su endosser les habits de chef de guerre, détenant le record du nombre d’interventions militaires sur le continent africain sous la Ve République, que ce soit sous mandat onusien ou à travers l’Union africaine. Ainsi l’ère de la France « gendarme de l’Afrique », censée être révolue – le président français ayant affirmé qu’il incombait désormais aux africains « d’assurer la sécurité de leur continent » – est en réalité toujours d’actualité. Ce 27e sommet aura notamment pour objectif de consolider un peu plus la coopération sécuritaire entre la France et les pays africains.

Toutes ces interventions militaires, opérées au nom de la lutte contre le terrorisme et vendues comme des « opérations humanitaires », ont bien évidemment toutes été déclenchées afin de préserver les intérêts économiques de la France et de sa bourgeoisie.

Ainsi, les opérations Serval et Barkhane opérées sur le sol malien, au nom de la lutte contre la montée du terrorisme, conséquence de l’intervention armée de la France dans la Libye de Kadhafi, étaient en réalité motivées par le désir de préserver l’accès à des ressources premières, tel que l’or et l’uranium, et celui d’éviter une déstabilisation générale de l’Afrique subsaharienne et centrale, stratégique pour l’État français pour l’accès à des matières premières. De plus elle a permis à l’armée française d’être désormais durablement implantée au Burkina Faso et au Niger, troisième producteur mondial d’uranium, matière stratégique exploitée par le français AREVA. Le combat de l’armée de François Hollande contre les groupes islamistes armés s’est également poursuivi en Libye, en Syrie, en Irak, mais aussi autour du lac Tchad, où Paris appuie les armées de la région en lutte contre Boko Haram.

L’opération Sangaris opérée en République Centrafricaine afin « d’apaiser » la situation de guerre civile entre rebelles de la Séléka et milices anto-Balaka, a elle aussi été motivée par des raisons économiques : maintenir l’accès aux matières premières et les implantations françaises en RCA : Total, Bolloré, Air France…

La militarisation française de toute la zone sahélienne, vouée à durer, la bande sahélienne comportant des territoires avec des ressources stratégiques importantes, est un véritable désastre pour les populations locales. Cette militarisation sème en effet le chaos et nourrit les groupes terroristes. Gouvernée par des intérêts économiques et géopolitiques, elle est un réel désastre pour les populations locales, engendrant misère et mort. Violence supplémentaire perpétrée par l’armée française : les nombreux viols commis par des soldats français.. Plusieurs enquêtes avaient en effet été ouvertes en 2014, mettant en cause des soldats français déployés dans le cadre de la mission française Sangaris, dans de sordides affaires de viols, tolérés par les institutions de l’impérialisme français qui ne les ont pas condamnés.

Ces crimes commis contre les populations locales sont indissociables de la politique française étrangère d’oppression et de spoliation. Le quinquennat d’Hollande en matière de politique africaine ne constitue pas une rupture avec les quinquennats précédents mais bien une continuité. À la différence que ces interventions impérialistes et meurtrières sont présentées comme des « opérations humanitaires ». Mais ces interventions militaires ne servent qu’à l’État français et ses multinationales, c’est pourquoi il est nécessaire de les dénoncer et d’exiger le retrait des troupes françaises de l’Afrique. Ainsi que de dénoncer ces sommets diplomatiques, composés de chefs d’États et de patrons, qui ne servent en rien les intérêts de la population, ce qui suscite d’ailleurs contestations et résistances : un contre-sommet a été organisé afin de dénoncer ces politiques la persistance de la Françafrique




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