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Politique

Champions de la répression

Gestion catastrophique, supporters gazés : le gouvernement crée le chaos au Stade de France

Depuis samedi soir, les images chaotiques de la finale de la Ligue des Champions font le tour des réseaux sociaux. Après avoir organisé de manière catastrophique l'arrivée des supporters, l'Etat français les a en effet réprimé à coup de gaz lacrymogènes, créant le chaos. Une gestion dans la plus pure tradition macronienne.

lundi 30 mai

Crédits photo : THOMAS COEX / AFP

Depuis samedi soir, le scandale autour de la finale de la Ligue des Champions qui se tenait au Stade de France ce week-end fait les gros titres. La presse et les réseaux sociaux se font l’écho de la situation chaotique qui a marqué cet évènement sportif, pour lequel des dizaines de milliers de supporters s’étaient rassemblés à Paris. Or, alors que le gouvernement français promet une enquête et tente de se déresponsabiliser, c’est bien la stratégie du « maintien de l’ordre à la française » qui est très largement mise en cause par les témoins comme la presse internationale.

Après une gestion chaotique, la police réprime

Samedi soir, avant même le coup d’envoi qui a été retardé de 36 minutes, de nombreuses vidéos ont fleuri sur les réseaux sociaux, montrant la foule de supporters entassée qui tente d’accéder au Stade dans des conditions dangereuses. Une situation mise sur le compte du retard des supporters par le gouvernement et l’UEFA, mais qui est en réalité directement liée à la gestion des flux sur place.

De nombreux témoins rapportent en effet que les différents contrôles de sécurité mis en place en amont ont conduit à des goulots d’étranglements, bloquant dangereusement les supporters qui peinaient à accéder à l’entrée du Stade. Le journaliste Stephane Guy racontait ainsi ce lundi à BFM : « Une fois qu’on avait pénétré le périmètre, on s’est retrouvé devant cette porte R où il n’y avait qu’un seul tourniquet qui fonctionnait sur les 5 ou 6. A un moment donné, j’ai eu peur. Je voyais l’heure tourner, je me suis dit qu’il y aurait un mouvement de panique avec les gens qui voudraient forcer à tout prix l’entrée. Heureusement qu’il y avait une certaine retenue parmi les gens de cette foule, sinon on aurait pu avoir un immense drame. » Un récit similaire à celui de nombre de témoins, et que différents journalistes attribuent à un manque de moyens sur place pour accueillir les supporters.

Or, comme le note le Guardian, au blocage a rapidement succédé la répression policière. Alors que la situation commence à se tendre, la police a en effet décidé de gazer les supporters anglais, dont des enfants. Appliquant des méthodes de « maintien de l’ordre » bien connues des manifestants, les forces de répression de Didier Lallement se sont affairées à créer encore plus de chaos en réprimant les supporters. Sur les réseaux sociaux, plusieurs vidéos montrent certains d’entre eux être gazés à bout portant sans raison, l’un d’entre eux alors qu’il tente de passer au tourniquet, un autre alors qu’il est derrière les grilles.

Un déchaînement de violence de la police relaté par de nombreux journalistes étrangers, à l’image de Paul Machin, journaliste sportif anglais, sur son Twitter qui note : «  J’ai assisté à cinq finales en Europe. Je n’ai jamais vu une telle incompétence dans l’organisation. Mais le pire restera la brutalité horrible de la police française. Gaz lacrymogènes. Armes pointées sur les supporters. » Même son de cloche du côté de Jason Burt, chef de la rubrique football du Telegraph : « J’étais devant la porte Y quand j’ai été pris dans les gaz lacrymogènes utilisés sans discernement par la police antiémeute française au Stade de France ». Des journalistes qui sont par ailleurs plusieurs à rapporter avoir été contraints par les stadiers ou les forces de répression d’effacer les vidéos qu’ils avaient prise, à l’image de Steve Douglas d’AP, interrogé par Libération.

Le frère d’un des défenseurs de Liverpool a déclaré de son côté : « L’organisation autour et dans le stade est indigne d’une finale de CL ! L’utilisation de gaz lacrymogènes dans des zones où se trouvent des enfants et des supporters spectateurs est dangereuse. »

Une répression qui s’est également étendue à Paris, où des supporters réunis pour regarder le match sur écran géant à la terrasse d’un bar ont été matraqués par la police, qui a fini par inonder la place de la Nation de gaz lacrymogènes à la tombée de la nuit.

Au total, lors de cette nuit de violence, ce sont 115 personnes qui auraient été blessées et plus d’une centaine de personnes interpellées selon la Préfecture. Au chaos créé par la police se seraient ajoutées des agressions, que l’extrême-droite s’est empressée d’instrumentaliser à des fins racistes. De son côté, Gérald Darmanin maintenait ce lundi la thèse d’une responsabilité des supporters anglais, évoquant « une fraude massive, industrielle de faux billets » lors d’une conférence de presse.

Des récits, déjà mis en cause par les témoins et journalistes sportifs habitués de tels événements, qui ont en commun de tenter d’exonérer le gouvernement. Pourtant, tout dans les éléments rapportés semblent pointer dans la même direction : une gestion défaillante d’un événement sportif massif dont l’Etat est responsable, et face à laquelle il répond finalement par une répression policière qui mène au chaos. La pure tradition macronienne en somme.



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